Locke de Steven Knight: critique

Publié par Nathalie Dassa le 28 juin 2014

Synopsis : Promis à un futur brillant, Ivan Locke voit sa vie basculer le jour où un coup de téléphone menace sa famille et sa carrière.

 

♥♥♥♥♥

 

Locke de Steven Knight - affiche

Locke de Steven Knight – affiche

Scénariste entre autres de Dirty Pretty Things de Stephen Frears et des Promesses de l’Ombre de David Cronenberg, Steven Knight réaffirme aujourd’hui son potentiel de réalisateur, après un premier lancement mitigé l’année dernière avec le drame d’action policier Crazy Joe avec Jason Statham. Locke s’avère assez étonnant à différents niveaux et a d’ailleurs fait sensation aux derniers festivals de Venise, Londres et Toronto. Outre son concept à huis clos mettant en scène un unique personnage à l’écran, immobilisé dans un espace exigu, c’est bien par son absence d’enjeux mortels, violents ou dangereux généralement alliés à un compte à rebours haletant que l’œuvre se démarque véritablement. Steven Knight esquisse avec intelligence le portrait d’un homme normal, confronté à une tragédie rien de plus ordinaire. Il s’agit ici d’explorer la portée des ‘décisions’ prises et leurs conséquences inhérentes. ‘Savoir conduire sa vie’ est aussi un peu la symbolique de cette oeuvre originale. On apprécie d’autant plus ce tour de force que Tom Hardy parvient à consolider le tout en exécutant une performance authentique et sobre avec son accent gallois, dans le rôle d’Ivan Locke, un contremaître du bâtiment respecté, dont la vie bascule lors d’une nuit, suite à un coup de téléphone qui bouleverse non seulement son existence familiale mais aussi la construction la plus décisive de sa carrière. Dès lors Locke se déroule en temps réel et uniquement dans l’habitacle d’une voiture où la ville vespérale, les rues, l’autoroute avec les lumières omniprésentes – ici floutées tels des ‘lens flares’ -, se reflètent à travers le pare-brise sur le visage de cet homme droit, alors promis à un avenir brillant, qui s’est écarté de son chemin l’espace d’une soirée…

 

Tom Hardy dans Locke de Steven Knight

Tom Hardy dans Locke de Steven Knight

 

Dès lors la virtuosité de Steven Knight est de savoir balader avec brio sa caméra pour jouer avec l’espace restrictif tout en ponctuant l’action par des appels téléphoniques avec les voix d’Andrew Scott (son collègue Donal), Ruth Wilson (sa femme Katrina) et Olivia Colman (l’autre femme Bethan), et par des soliloques avec son défunt père. Il parvient ainsi à capter sous tous les angles la gamme d’émotions de Tom Hardy, dépeignant cet homme qui tente de gérer une situation difficile sur la distance, de Brimingham à Londres, tout en gardant un calme permanent. Si la tension dans le déroulement du récit parvient à nous maintenir dans ce cadre restreint, on ressent toutefois une certaine longueur au cours des 90 minutes. Ce n’est pas tant la narration relativement fluide mais plutôt ses défauts d’écriture dans le manque de cohérence des personnages féminins liés à leurs réactions, notamment celui d’Olivia Colman, qui incarne cette autre femme s’apprêtant à donner naissance à un enfant, curieusement confuse et incapable d’être en accord avec son choix.

 

Tom Hardy dans Locke de Steven Knight

Tom Hardy dans Locke de Steven Knight

 

Celui qui donne véritablement de l’élan est Andrew Scott (le Moriarty dans la série Sherlock), dans le rôle du collègue contraint de reprendre les rênes d’un projet au-delà de ses compétences et qui, de fait, le dépasse complètement. Il suit ainsi comme un ami fidèle les directives de Locke pour éviter que la mise en travaux de la construction ne s’écroule le lendemain comme un château de cartes. C’est également l’un des atouts appréciables de ce drame à huis clos ; le point de vue de ce corps de métier rarement exploité au cinéma. Il rentre toutefois dans les thématiques récurrentes de Steven Knight qui explore souvent les problématiques sociales comme les deux œuvres précitées qu’il a scénarisées. Mais Locke offre ici une lecture plus personnelle puisqu’il met justement en évidence l’importance des positions dans les conflits sociaux, et les valeurs morales. Si elle n’est pas exempte de certains défauts, Steven Knight renvoie néanmoins une œuvre conceptuelle minimaliste, immersive et authentique, tournée en moins de deux semaines et dans des conditions réelles, qui tient de bout en bout grâce à un Tom Hardy toujours aussi charismatique.

 

 

  • LOCKE écrit et réalisé par Steven Knight en salles le 23 juillet 2014.
  • Casting : Tom Hardy avec les voix de Ruth Wilson, Olivia Colman, Andrew Scott, Tom Holland et Bill Milner.
  • Production : Paul Webster, Guy Heeley
  • Photographie : Haris Zambarloukos
  • Son : John Casali
  • Musique : Shaheen Baig
  • Costumes : Nigel Egerton
  • Coiffures et Maquillages : Aydrey Doyle
  • Distribution : Metropolitan FilmExport
  • Durée : 1h30

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