Synopsis : Eleanor aime Conor, et Conor aime Eleanor. Que se passe-t-il lorsqu’un couple vivant en parfaite harmonie se retrouve soudain confronté à un événement tragique? Les deux films composant The Disappearance of Eleanor Rigby racontent la même histoire d’amour, adoptant le point de vue de Conor dans Him et celui d’Eleanor dans Her, se renvoyant l’un à l’autre et s’emboîtant comme les pièces d’un puzzle.

 

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The Disappearance of Eleanor Rigby Him et Her - affiche

The Disappearance of Eleanor Rigby Him et Her – affiche

The Disappearance of Eleanor Rigby repose sur un récit structuré selon trois points de vue distincts. Si cette conception scénaristique tendait à évoquer une œuvre homogène, à la manière d’un film chorale, Ned Benson a étonnement pris le parti de réaliser trois longs métrages en se focalisant sur Lui, Elle et Eux. Bien que liés par leur instance narrative, cette trilogie peut être vue en toute indépendance. Les plus curieux choisiront naturellement de découvrir le destin de chaque personnage, traité avec beaucoup d’affection et de subtilité. Loin d’être pensé selon un jeu de raccord-mouvement et de continuité narrative, le récit de The Disappearance of Eleanor Rigby, dont un versant a été présenté à Un Certain Regard au Festival de Cannes 2014, s’épanche sur les ressentis de ses protagonistes. Il n’est jamais question de retrouver à l’identique des dialogues et des gestuelles apportées par Eleanor (Jessica Chastain) et Connor (James McAvoy). Chaque histoire réserve un lot d’intentions qui sont propres aux émotions de nos personnages, ouvrant ainsi la porte à de nombreuses pistes de réflexion. Sans avoir la prétention de masquer ses intentions, Ned Benson ne se contente pas de ceinturer son spectateur, sans lui laisser la moindre marge de liberté. Plus que des réponses, ce sont de nouvelles interrogations qui jaillissent sans cesse de la confrontation permanente entre les deux points de vue amoureux.

 

James McAvoy et Jessica Chastain dans The Disappearance of Eleanor Rigby de Ned Benson

James McAvoy et Jessica Chastain dans The Disappearance of Eleanor Rigby de Ned Benson

 

L’intensité masculine dans la trajectoire de Connor brille d’une férocité émotionnelle troublante et déchirante. Perdu par l’absence de deux êtres tant désirés, son bébé et sa femme, il ne semble pas en mesure de contrôler ses actes (la séquence de filature, la bagarre entre meilleurs amis). S’il reçoit bel et bien l’opportunité de se livrer, Connor galvaude maladroitement sa chance après un accident dont il est victime. A l’inverse, Eleanor semble plus volatile que jamais. Elle apparaît toujours comme un animal sauvage voué à prendre la fuite. Traquée par Connor, elle n’a d’autres choix que de migrer vers un cadre différent afin de s’émanciper. Et plus qu’une fugue insouciante, Eleanor entreprend un véritable périple initiatique qui s’établit par le déni de soi. Après tout, ce ne sont pas les actes de son mari qui la révulsent mais bien sa propre perception du réel. Elle le confesse d’ailleurs indirectement lorsqu’elle rejoint son mari endormi dans leur appartement vidé et empaqueté. Incapable de surmonter l’évènement tragique qui a précipité sa fuite, Eleanor cherche avant tout à transcender une perception de la vie dont elle était prisonnière. Une routine torturée dont elle attribue la responsabilité à son mari, mais qui s’inscrit indéniablement, comme chez Richard Linklater, dans l’ordre naturel des choses.

 

Jessica Chastain et James McAvoy dans The Disappearance of Eleanor Rigby de Ned Benson

Jessica Chastain et James McAvoy dans The Disappearance of Eleanor Rigby de Ned Benson

 

Si The Disappearance of Eleanor Rigby semble être une œuvre énigmatique et envoutante, chaque film le doit en grande partie à l’interprétation de James McAvoy et la lumineuse Jessica Chastain qui ne cesse d’éblouir l’écran de toute sa grâce mystérieuse. Les deux acteurs donnent une véritable profondeur à leur personnage, ne tombant jamais dans un registre mélodramatique qui aurait alourdi le récit. La mise en scène du cinéaste témoigne également d’un geste artistique sincère, révélateur d’une catharsis. La caméra épouse les émotions des personnages en étant au plus près des corps ou en retrait, postée en embuscade derrière un lampadaire.

 

Plus qu’un exercice de style remporté haut la main, l’oeuvre de Benson s’inscrit comme une tranche de vie dépeinte avec une authenticité délectable. Le risque encouru par le réalisateur consistait probablement à prendre parti pour l’un ou l’autre personnage. Mais son approche minimaliste (pas d’exubérance ni d’exagération) démontre qu’il fait preuve d’une impartialité appropriée à l’aboutissement de son projet. C’est probablement de cette neutralité que découle la sincérité poignante dont bénéficie Eleanor Rigby. Empruntée à la chanson des Beatles, Eleanor Rigby reste cependant bien vivante chez Ned Benson. Mais comme cherchait à le comprendre Paul McCartney « Regarde tous ces gens seuls. D’où viennent-ils ? », Ned Benson y apporte une réponse bercée par un message optimiste, toutefois déclenché par une phase d’autodestruction. Une véritable déclaration d’amour à la vie, à l’autre, nécessaire en ces temps obscurs…

 

 

 

  • THE DISAPPEARANCE OF ELEANOR RIGBY – HIM & HER écrit et réalisé par Ned Benson disponible en France seulement sur Netflix en VOD depuis le 1er Novembre 2014.
  • Avec : Jessica Chastain, James McAvoy, William Hurt, Isabelle Huppert, Viola Davis, Jess Weixler, Bill Hader, Ciarán Hinds, Archie Panjabi, Katherine Waterston, Nina Arianda…
  • Production : Cassandra Kulukundis, Todd J. Labarowski, Emanuel Michael
  • Photographie : Christopher Blauvelt
  • Montage : Kristina Boden
  • Décors : Kelly McGehee, Sheila Bock
  • Costumes : Stacey Battat
  • Musique : Jason Jordan, Isac Walter
  • Distribution US : The Weinstein Company
  • Diffusion France : Netflix
  • Durée: 1h29 (Him), 1h40 (Her), 2h02 (Them)

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