Selma de Ava DuVernay: critique

Publié par Nathalie Dassa le 28 février 2015

Synopsis : Selma retrace la lutte historique du Dr Martin Luther King pour garantir le droit de vote à tous les citoyens. Une dangereuse et terrifiante campagne qui s’est achevée par une longue marche, depuis la ville de Selma jusqu’à celle de Montgomery, en Alabama, et qui a conduit le président Jonhson à signer la loi sur le droit de vote en 1965.

 

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Selma - affiche

Selma – affiche

Avec déjà à son actif un documentaire et deux longs métrages de fiction, Ava DuVernay continue de franchir des étapes importantes dans sa carrière de réalisatrice. Après avoir été la première Afro-Américaine à remporter le trophée du meilleur réalisateur à Sundance pour son précédent film, Middle Of Nowhere, elle impose aujourd’hui son nom au grand public avec Selma. Nommée aux Golden Globes pour sa mise en scène, constituant également une première dans l’Histoire du cinéma afro-américain, elle est parvenue à hisser aux Oscars ce semi-biopic et rare portrait sur Martin Luther King dans les catégories meilleur(e)s film et chanson. Si à ce titre la grand-messe cinématographique, au centre d’une polémique, fut considérée comme ‘trop blanche’ ne laissant que peu de place à la communauté afro-américaine dans les sélections, Selma est toutefois reparti avec la statuette pour le morceau phare Glory. Common et John Legend ont en outre livré sur scène un poignant plaidoyer contre la discrimination qui s’est conclu par une standing ovation. Dans les quelques projets en développement sur ce défenseur emblématique de la cause des noirs, assassiné le 4 avril 1968 à Memphis (Tennessee), Selma est le premier à voir le jour. À l’origine Lee Daniels, réalisateur du Majordome, était prévu derrière la caméra avant que Ava DuVernay ne reprenne les rênes, avec Plan B, la société production de Brad Pitt, et une Oprah Winfrey, également productrice et actrice. Cette dernière se révèle d’ailleurs bien plus convaincante ici en activiste opiniâtre que dans le drame précité où elle incarnait l’épouse de ce majordome ayant servi sous huit présidents à la Maison Blanche, de 1952 à 1986, et qui a vu les changements politiques mettre fin à la ségrégation.

 

David Oyelowo en Martin Luther King dans Selma de Ava Duvernay

David Oyelowo en Martin Luther King dans Selma de Ava Duvernay

 

Avec son scénariste Paul Webb, Duvernay revient donc ici sur la longue marche historique de Martin Luther King, au départ de cette ville d’Alabama lors du fameux ‘bloody Sunday’ du 7 Mars 1965. Six cents individus, manifestant pour les droits civiques, avaient été attaqués par la police, à coups de matraques et de gaz lacrymogènes. Son œuvre met ainsi en lumière la lutte stratégique de ce militant pacifiste, parvenu à forcer le président Lyndon B. Johnson, emmené avec justesse par Tom Wilkinson, à promulguer la loi sur le droit de vote aux citoyens afro-américains. Le récit démarre après son fameux discours I Have a Dream, lors de sa remise du Prix Nobel de la Paix en 1964. Tout en force tranquille, David Oyelowo, vu dans A MOST VIOLENT YEAR (notre critique) ou encore dans LINCOLN (notre critique), tire son épingle du jeu, exprimant des sentiments contrastés dans une contenance remarquable, à travers un visage attristé, un regard fixe et réfléchi et un timbre de voix pondéré et homogène.

 

David Oyelowo et Tom Wilkinson (Lyndon B Johnson dans Selma de Ava Duvernay

David Oyelowo et Tom Wilkinson (Lyndon B Johnson dans Selma de Ava Duvernay

 

Si l’acteur cité aux Golden Globes ne transfigure pas son rôle, il parvient toutefois à dépeindre la détermination, la patience et l’éloquence de ce symbole des droits de l’Homme. Celui qui a su déclencher un mouvement national en drainant la masse pour la justice, le respect et l’égalité, sans jamais flancher face à la violence crasse et haineuse, à l’abus de pouvoir des forces de l’ordre et aux basses manœuvres des politiciens. Car la force de Selma est d’explorer la stratégie mise en place de MLK, concentrée sur le pouvoir des médias (télévision et presse) afin d’éveiller et de scandaliser les consciences devant la répression violente de cette marche pacifique de mars 1965. Tactique clairvoyante pour déjouer les stratagèmes des haut-responsables, comme George Wallace (Tim Roth), membre du parti démocrate favorable à la ségrégation, ou encore le belliqueux Hoover à la tête du FBI, campé par un Dylan Baker moyennement crédible.

 

Selma de Ava Duvernay

Selma de Ava Duvernay

 

Le récit expose ainsi les différents points de vue, tout en esquissant au second plan la relation de MLK avec sa femme. La mise en scène de DuVernay relève souvent du téléfilm luxueux et s’exprime essentiellement entre plans rapprochés face caméra et plans d’ensemble. Elle parvient cependant à nous immerger dans la bataille de ce révérend baptiste, qui a protesté contre le déni des droits de votes, protégés par la Constitution pour les Afro-Américains. La cinéaste met ainsi l’accent sur cette discrimination raciale qui fut reconnue illégale par le président des Etats-Unis mais encore largement appliquée dans les États du Sud. Dès lors, Selma évite de tomber dans l’écueil trop didactique pour nous envahir d’un flot d’émotions devant l’intolérance et l’injustice encore loin d’être résolus aujourd’hui. Une œuvre militante dans l’air du temps dont l’issue favorable consolide nos luttes pour les valeurs de la liberté et la démocratie.

 

 

  • SELMA de Ava DuVernay en salles le 11 Mars 2015.
  • Avec : David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo, Giovanni Ribisi, Lorraine Toussaint, Oprah Winfrey, Common, Alessandro Nivola, Cuba Gooding Jr., Tim Roth, Tessa Thompson, Andre Holland, Wendell Pierce, Nigel Thatch, Dylan Baker…
  • Scénario : Paul Webb
  • Production : Oprah Winfrey, Dede Gardner, Jeremy Kleiner, Christian Colson avec entre autres Brad Pitt comme producteur exécutif.
  • Photographie : Bradford Young
  • Montage : Spencer Averick
  • Décors : Elizabeth Keenan
  • Costumes : Ruth E. Carter
  • Musique : Jason Moran
  • Distribution : Pathé Films
  • Durée : 2h08

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