Poltergeist de Gil Kenan: critique

Publié par Charles Amenyah le 22 juin 2015

Synopsis: Lorsque les Bowen emménagent dans leur nouvelle maison, ils sont rapidement confrontés à des phénomènes étranges. Une présence hante les lieux. Une nuit, leur plus jeune fille, Maddie, disparaît. Pour avoir une chance de la revoir, tous vont devoir mener un combat acharné contre un terrifiant poltergeist…

 

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Poltergeist - affiche

Poltergeist – affiche

Tiré de l’œuvre mythique réalisée en 1982 par Tobe Hooper et produite par Steven Spielberg, ce remake de Gil Kenan est une grande déception. Les symboles qui ont marqués les esprits ont certes été conservés, comme la télévision perçue comme une fenêtre sur l’enfer, les objets en lévitation, le clown effrayant. Cependant, tout l’aspect viscéral a ici disparu. Difficile d’égaler l’original, même avec la présence à la production de Sam Raimi via sa société Ghost House Pictures. L’instant mémorable où un protagoniste voit son reflet partir en lambeaux est remplacé par la vision horrifique surfaite de Sam Rockwell avec sa bouteille de whisky. Exit la côte de bœuf parasitée par des vers ou encore l’apparition finale d’un poltergeist à tête d’oryx. Gil Kenan propose ici une œuvre visuellement propre mais sans âme et avec peu de valeur ajoutée. La raison principale en est que le remake se veut trop démonstratif. Il perd ainsi en profondeur tout en se révélant moins familial que l’original. L’écriture des personnages des parents était plus imposante et crédible. Craig T. Nelson et JoBeth Williams étaient marqués par la douleur suite à la disparition de leur fille Carol-Anne (Heather O’Rourke). Sam Rockwell et Rosemarie deWitt provoque moins d’empathie en étant davantage en retrait. On regrette notamment que la relation fusionnelle entre la mère et sa fille – l’un des principaux ressorts dramatiques d’origine – s’efface totalement dans cette version contemporaine. Cela au profit d’une approche plus globale de la famille Bowen mais au détriment de relations fouillées entre les protagonistes.

 

Remake Poltergeist

Remake Poltergeist

 

Le remaniement de l’équipe de parapsychologues, à la fois rajeunie et féminisée, est également très contestable. La voyante si déjantée et inquiétante du premier Poltergeist, campée par feu l’extravagante Zelda Rubinstein, a quant à elle littéralement disparu. Jared Harris reprend le flambeau et campe un chasseur de spectres au look de rockeur qui a des problèmes conjugaux. Encore une fois, on perd en mystère et en tension au profit d’une tendance cinématographique, celle de séduire la jeune génération adepte des récents films de possession. Malheureusement, Jared Harris, vu dans Les Âmes Silencieuses où il incarne un professeur en parapsychologie, ne rend pas l’ensemble plus crédible ou consistant. Bien évidemment, les effets spéciaux d’aujourd’hui sont plus efficaces que ceux de 1982. On peut apprécier l’animation de l’ « arbre tueur » qui nous fait frissonner lorsque ses branches rayent avec avidité la fenêtre des Bowen. Comme on pouvait s’y attendre, les nouvelles technologies apparaissent dans le remake : on retient notamment l’utilisation pathétique d’un drone par les protagonistes pour voyager en toute sécurité dans le monde des esprits.

 

Remake Polergeist

Remake Polergeist

 

On regrette également que le plan thématique ait été parasité par trop de légèreté et d’humour rarement bien gérés. Le film initial pointait du doigt l’embrigadement des ménages américains par la télévision. Déjà à l’époque, le petit écran se substituait aux babysitters et aux parents. L’emprise des écrans sur notre économie psychique demeure l’un des principaux thèmes du remake. Leur multiplication au sein des foyers y est visible. L’occasion pour le réalisateur de rendre compte de toute l’ambivalence des nouvelles technologies : elles isolent dans sa chambre l’aînée Bowen mais l’informent en même temps, elles aveuglent Maddie mais révèlent clairement le monde des morts. L’œuvre de Tobe Hooper s’achevait sur un geste très symbolique du père de famille : il débranchait la télévision et la déposait sur le perron d’une chambre de motel. Cette dimension satirique est totalement absente dans le remake qui propose une fin « carte postale » sans réel questionnement.

 

Remake Polergeist

Remake Polergeist

 

Un autre thème, lui aussi intimement lié à la question de la modernité, est maladroitement traité dans l’œuvre : l’essor de l’urbanisation. Dans le Poltergeist original, le personnage du promoteur immobilier véreux permettait de rendre compte du côté sombre de la modernité ; son inéluctabilité vorace. La question n’est pas éludée dans le remake mais abordée de manière bien trop expéditive. Ainsi, la découverte du passé funeste de la maison se fait de manière abrupte tandis que l’original l’amenait graduellement et de manière bien plus fine. Une autre énormité : cette obsession de la rationalité, hélas bien trop présente dans le cinéma d’horreur contemporain. Tout doit être verbalisé ou expliqué. L’immersion au cœur du monde tourmenté des esprits ne fait qu’alourdir le propos de l’œuvre et lui fait perdre son charme initial. L’outre-monde était en effet bien plus terrifiant lorsqu’il n’apparaissait pas à l’écran. Car l’horreur doit prendre sa source dans l’inexpliqué, la suggestion de l’invisible. Ici, Gil Kenan semble plutôt nous servir une pâle copie d’Insidious.

 

Enfin, l’ambiance sonore est sans doute l’élément le plus profané : on oublie presque instantanément après la séance la musique du film. À l’inverse, la composition magistrale de feu Jerry Goldsmith résonne encore dans nos oreilles plus de trente ans après. Le rendu général est finalement celui d’une œuvre uniquement fonctionnelle sans aucun engagement thématique ni aucun parti pris visuel. Toute la dimension critique, sanglante et mystérieuse a été supprimée. Finalement, la seule excentricité du remake est déjà présente dans l’œuvre originale : un montage chaotique et très nerveux destiné à faire perdre ses repères au spectateur.

 

 

  • POLTERGEIST réalisé par Gil Kenan en salles le 24 juin 2015.
  • Avec : Sam Rockwell, Rosemarie DeWitt, Jared Harris, Jane Adams, Saxon Sharbino, Kyle Catlett, Kennedi Clements, Susan Heyward…
  • Scénario : David Lindsay-Abaire
  • Production : Sam Raimi, Robert G. Tapert, Nathan Kahane, Roy Lee
  • Photographie : Javier Aguirresarobe
  • Montage : Jeff Betancourt
  • Décors : Martin Gendron
  • Costumes : Delphine White
  • Musique : Marc Streitenfeld
  • Distribution : 20th century Fox
  • Durée : 1h34

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