Synopsis : « Il était une fois un jeune prince que son père, le souverain du royaume d’Orient, avait envoyé en Égypte afin qu’il y trouve une perle. Lorsque le prince arriva, le peuple lui offrit une coupe pour étancher sa soif. En buvant, le prince oublia qu’il était fils de roi, il oublia sa quête et il sombra dans un profond sommeil… » Le père de Rick lui lisait cette histoire lorsqu’il était enfant. Aujourd’hui, Rick vit à Santa Monica et il est devenu auteur de comédies. Il aspire à autre chose, sans savoir réellement quoi. Il se demande quel chemin prendre.

 

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Knight of Cups - affiche

Knight of Cups – affiche

« C’est l’histoire d’un homme dont les rêves et les désirs ont été satisfaits, mais qui éprouve un grand vide intérieur ». En l’absence, inévitable, du mystérieux cinéaste Terrence Malick, c’est en ces mots que Christian Bale décrivait Knight of Cups lors de sa présentation en avant-première à la Berlinale de 2015. Pas de surprise donc du point de vue d’une histoire basée sur les états d’âme et les ressentis des personnages, un motif propre à l’œuvre du réalisateur américain. À l’image de Jack (Sean Penn) dans The Tree of Life, le spectateur découvre Rick (Bale) errant dans un paysage désertique ensoleillé. D’emblée, Malick renoue avec une forme de poésie visuelle traduite par la captation d’images purement contemplatives et symboliques. Telle une âme en peine, Rick se traîne et divague sans but précis en rencontrant une galerie de personnages dont son ex-femme (Cate Blanchett), une amante (Nathalie Portman), son père (Brian Dennehy) et son frère (Wes Bentley). Affublé du statut de scénariste à succès, l’homme en question ne parvient plus à trouver le bonheur dans l’existence qu’il mène. Le titre du film fait référence à une carte du Tarot, une pratique divinatoire basée sur la découverte de l’inconnu. Le chevalier de la coupe caractérise un homme, une situation, dont les sentiments et les émotions prennent le pas sur la logique. Un être qui se laisse guider par son instinct. Rick incarne ce chevalier mais se retrouve dépassé par ses propres idéaux et s’enfonce dans une impasse existentielle. Les cartes du Tarot imposent sa structure et s’illustre ici par des intertitres : La Lune, Le Frère, L’Ermite ou encore La Tour. Le choix de segmenter le récit en différents chapitres pose question car il n’apporte hélas pas d’élan particulier à l’histoire. Au contraire, ces moments de pause attendus, et répétés, ont tendance à alourdir une thématique foncièrement pesante.

 

Knight of Cups de Terrence MalickKnight of Cups de Terrence MalickKnight of Cups de Terrence MalickKnight of Cups de Terrence Malick

 

La quête métaphysique englobe l’ensemble du cinéma de Malick. Que ce soient les soldats de La Ligne Rouge (1998), le couple vagabond et meurtrier de La Balade Sauvage (1973) ou les officiers et autochtones du Nouveau Monde (2005), chacun des personnages malickien se retrouve prisonnier d’une réflexion philosophique profonde sur le sens de son existence. Cette introspection prend symptomatiquement corps au cœur d’une nature sacralisée, magnifiée par la maîtrise totale du steadycam en lumière naturelle, elle-même sublimée à nouveau par le travail d’Emmanuel Lubezki. Le cinéaste originaire du Texas aime filmer les vastes espaces sans avoir recours à l’artifice. Il s’approprie le réel pour le transposer en une fable fictionnelle. Si cette démarche permettait aux premières œuvres de Malick de rayonner d’une fraîcheur visuelle singulière, elle semble aujourd’hui s’épuiser comme en témoignait déjà À la merveille (2012).

 

La force des récits du réalisateur repose sur la multitude de questionnements, d’interrogations qui jaillissent précisément des histoires. La perte d’un être cher, l’exploration des liens affectifs, la remise en question d’une voie, la recherche d’un bonheur idéalisé… Mais à force d’emprunter un cheminement devenu balisé, le style du cinéaste s’essouffle et peine à emporter le spectateur. La prédominance des voix-off et l’absence quasi totale de dialogues alloués à Christian Bale n’égalent, par exemple, jamais les voix susurrées et hypnotisantes qui sublimaient le récit de The Tree of Life (2011). Les mots manquent de consistance, comme si Malick savait pertinemment qu’il s’attardait à résoudre une démonstration déjà résolue. Parsemé de scènes de tendresse, de bonheur, de haine et de larmes, Knight of Cups n’offre jamais de réelles envolées dramatiques qui lui auraient permis de s’étendre au-delà de la retranscription fidèle d’un pitch pour le moins dépressif.

 

Knight of Cups de Terrence MalickKnight of Cups de Terrence MalickKnight of Cups de Terrence MalickKnight of Cups de Terrence Malick

 

Le vide réflexif ici découle probablement du degré d’attente indissociable lié à sa filmographie. En jouant la carte du mystère et de l’absence totale de présence médiatique (la dernière interview du réalisateur remonte à 1975), Malick s’érige lui-même en une figure mythique. Son indépendance totale et sa marginalité au sein du cinéma américain semblent ne jamais pouvoir être égalées, ni même comprises. Comment cet homme parvient-t-il à s’entourer des stars les plus influentes du septième art international sans sembler rencontrer la moindre contrainte ? Des scénarios évasifs, pas de préparation, juste quelques bouquins, de la musique et des indications données sur le vif lors des prises de vue. Une démarche particulière pour un style unique. Il est peut-être toutefois temps de chercher à apporter un nouveau souffle à des codes devenus institués et d’une certaine façon, prévisibles. Les envolées de musique classique sur des plans de coupes, certes sublimes, deviennent un leitmotiv qui n’émet plus les mêmes ondes sensorielles que par le passé. Si la recette a déjà fait des miracles, elle peine aujourd’hui à être dégustée et appréciée à sa juste valeur. À l’instar de la figure du cavalier qu’il évoque dans Knight of Cups, Terrence Malick se laisse submerger par ses propres émotions et semble ne plus parvenir à se mettre en selle.

 

 

 

  • KNIGHT OF CUPS écrit et réalisé par Terrence Malick en salles le 25 novembre 2015.
  • Avec : Christian Bale, Cate Blanchett, Nathalie Portman, Antonio Banderas, Brian Dennehy, Isabel Lucas, Teresa Palmer, Imogen Poots, Wes Bentley, Nick Offerman, Jason Clarke…
  • Production : Sarah Green, Nicolas Gonda et Ken Kao.
  • Photographie : Emmanuel Lubezki
  • Montage : Geoffrey Richman, Keith Fraase
  • Décors : Jack Fisk
  • Costume : Jacqueline West
  • Musique : Hanan Townshend
  • Distribution : Metropolitan Filmexport
  • Durée : 1h58

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