Sortie DVD/ Vengeance à l’aube de George Sherman: critique

Publié par Franck Brissard le 8 octobre 2015

Synopsis : Brett Wade, joueur et fine gâchette, est blessé dans un règlement de comptes contre le clan Ferris ; dans la diligence qui le conduit à Colorado Springs où il va se soigner, Brett s’arrête à Socorro, New Mexico, où il va essayer de changer de vie en aidant une jeune fille, Rannah Hayes, à sortir de sa vie de fille de saloon. Malheureusement il devra encore affronter ses vieux démons…

 

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Vengeance à l'aube - jaquette

Vengeance à l’aube – jaquette

Vengeance à l’aube est un western sombre, atypique et mélancolique à réhabiliter de toute urgence. Réalisateur prolifique et éclectique, George Sherman demeure célèbre pour ses histoires du grand Ouest américain, genre avec lequel il se fait la main au début de sa carrière à la fin des années 1930. Le western prend alors de l’ampleur et Sherman parvient à mettre en scène une dizaine de films par an jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, dont le plus célèbre reste Big Jake (1971) avec John Wayne, Richard Boone et Maureen O’Hara. Au milieu des années 50, le western est à son apogée et pléthore de cinéastes de renom s’y adonnent. Vengeance à l’aube ne fait pas exception à la règle puisque l’histoire est écrite par George Zuckerman, à qui l’on doit le seul western de l’immense Douglas Sirk, Taza, fils de Cochise, mais aussi Ecrit sur du vent et La Ronde de l’aube adapté de William Faulkner. Bien qu’inégal, George Sherman a toujours œuvré comme un artisan perfectionniste, aimant mettre en valeur ses comédiens. Toujours soucieux de respecter une bonne histoire proposée, le cinéaste, considéré à juste titre comme un maître du genre, sait alors qu’il possède un script en béton avec Vengeance à l’aube. On assiste à une nouvelle lecture de la célèbre fusillade d’O.K. Corral, huit ans après La Poursuite infernale de John Ford avec Henry Fonda dans le rôle de Wyatt Earp. Seulement dans Vengeance à l’aube, les personnages ne s’appellent pas Wyatt Earp ou Doc Holliday et la ville où se situe l’histoire n’est pas celle de Tombstone. Pourtant, tous les éléments y sont réunis. George Sherman matérialise à l’écran ce récit grâce à un casting très attractif et au travail du chef opérateur Carl E. Guthrie qui signe l’une de ses plus belles photographies en Technicolor. Dans le rôle de Brett Wade, Rory Calhoun (Comment épouser un millionnaire, Rivière sans retour) s’avère magnétique, ambigu et attachant.

 

Vengeance à l'aube (Dawn at Socorro)Vengeance à l'aube (Dawn at Socorro)Vengeance à l'aube (Dawn at Socorro)Vengeance à l'aube (Dawn at Socorro)

 

George Sherman le montre en ancienne gloire de l’Ouest, meilleur joueur de poker et séducteur aux mille conquêtes. Les tempes grisonnantes, Brett, souffrant de tuberculose mais encore rapide au pistolet, doit se rendre à l’évidence, il doit aller se ressourcer là où l’air est moins sec et le plomb moins menaçant. Mais voilà, il ne s’attendait pas à ce que les ennuis l’accompagnent dans la diligence supposée l’éloigner de ses ennemis. S’il fait le voyage avec un cowboy, qui a juré de le descendre une fois arrivés à bon port, une jeune passagère, interprétée par la mythique Piper Laurie (L’Arnaqueur, Carrie au bal du diable) prend également place à leurs côtés. Elle semble perdue et destinée à rejoindre « son futur époux » à Soccoro au Nouveau Mexique. En réalité, répudiée par son père pour avoir péché, elle rejoint un tenancier de casino, qui fait parfois office de bordel, où elle doit devenir « hôtesse » et arborer une robe rouge qui en dit long. Mais Brett se prend immédiatement d’affection pour elle et décide de passer la nuit à Soccoro, dans l’espoir de l’arracher à ce destin funeste.

 

C’est là tout le talent de George Sherman. Après avoir créé un suspense autour d’un règlement de comptes à l’ouverture, avec une apparition de Lee Van Cleef, il laisse les tensions se relâcher durant ce voyage en diligence, avant de retendre les liens au cours d’une nuit dans un lieu unique. Tous les personnages déambulent d’une table à l’autre du casino, se confrontent et s’observent, tandis que le vieux shérif ne pense qu’à une chose, que tout ce petit monde au bord de l’implosion déguerpisse le lendemain matin à l’heure du premier train. Magistralement montée et cadrée, cette seule longue séquence mérite d’être inscrite comme anthologique, tout comme les scènes de gunfights, en tout point remarquables. Distribué par Universal accouplé avec un autre western, d’où sa courte durée d’1h15, Vengeance à l’aube mérite amplement d’être redécouvert.

 

 

 

Vengeance à l'aube (Dawn at Socorro)

Vengeance à l’aube (Dawn at Socorro)

TEST DVD : Cette édition est un rendez-vous incontournable et c’est aussi un immense plaisir de retrouver ici Patrick Brion (11’), Bertrand Tavernier (22’) et Yves Boisset (9’) parler du cinéma qu’ils aiment avec une passion contagieuse. Les propos de ces trois intervenants parviennent à se compléter sans être redondants, ou très peu. Ainsi, chacun replace le film de George Sherman dans son contexte, évoque la carrière prolifique du réalisateur, le casting, les partis pris, les thèmes abordés. Le catalogue de Sidonis s’enrichit ainsi avec l’édition de Vengeance à l’aube et se revêt d’un beau master restauré. La photo et les partis pris esthétiques originaux sont superbement conservés, les contrastes certes un peu légers et les couleurs volontairement ternes, mais le générique affiche d’emblée une stabilité bienvenue. La définition ne déçoit jamais, les poussières n’ont pas survécu au lifting numérique (hormis quelques points et raccords de montage). Les scènes sombres et nocturnes (aux noirs solides) sont logées à la même enseigne que les séquences diurnes, la profondeur de champ est appréciable, le grain cinéma est conservé sans lissage excessif, et le piqué demeure vraiment agréable. L’éditeur nous propose ici seulement la version originale anglaise. Le mixage s’avère propre, dynamique, et restitue solidement les voix, fluides, sans souffle. Le confort acoustique est largement assuré. Les sous-titres français sont imposés.

 

 

 

  • VENGEANCE A L’AUBE (Dawn at Socorro) réalisé par George Sherman, disponible en DVD depuis le 28 septembre 2015.
  • Avec : Rory Calhoun, Piper Laurie, David Brian, Kathleen Hughes, Alex Nicol, Edgar Buchanan, Lee van Cleef, Roy Roberts, Skip Homeier, Stanley Andrews…
  • Scénario : George Zuckerman
  • Production : William Alland
  • Photographie : Carl E. Guthrie
  • Montage : Edward Curtiss
  • Décors : Russell A. Gausman, Ruby R. Levitt
  • Costumes : Jay A. Morley Jr.
  • Musique : Frank Skinner, Herman Stein
  • Editeur : Sidonis Calysta
  • Tarif : 16,99 €
  • Durée : 1h17
  • Distribution salles : Universal Pictures
  • Date de sortie initiale : 27 août 1954 (Etats-Units), 1er octobre 1955 (France)


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