13 Hours de Michael Bay : critique

Publié par Eric Delbecque le 26 mars 2016

Synopsis : Benghazi (Libye), 11 septembre 2012. Face à des assaillants sur-armés et bien supérieurs en nombre, six hommes ont eu le courage de tenter l’impossible. Leur combat a duré 13 heures. Ceci est une histoire vraie.

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13 Hours - affiche

13 Hours – affiche

13 Hours s’appuie sur l’attaque du siège de la représentation américaine à Benghazi en Lybie le 11 septembre 2012. Lors de cette offensive, Chris Stevens, ambassadeur des États-Unis, ainsi qu’un informaticien, furent tués. La base voisine de la CIA subit un deuxième assaut où périrent deux autres personnes. On tient donc un bon sujet, qui fit l’objet d’un livre de Mitchell Zuckoff paru en 2014, voué à devenir un blockbuster réalisé par Michael Bay, spécialiste du grand spectacle. Si sur le papier, c’est idéal, on a néanmoins un sentiment mitigé sur le film, même si le positif l’emporte quelques heures plus tard. Les quinze premières minutes accumulent les clichés et font hautement craindre l’ennui. Les hommes du GRS (Global Response Staff) posent en vétérans américains caricaturaux, grossiers et lourds. Jack Silva (John Krasinski), Tyrone « Rone » Woods (James Badge Dale), Dave « Boon » Benton (David Denman), John « Tig » Tiegen (Dominic Fumusa), Kris « Tanto » Paronto (Pablo Schreiber) et Max Mark « Oz » Geist (Max Martini) jouent les gros bras sans cervelle, exagérant franchement les comportements des spécialistes de la protection rapprochée. Tout en biceps et barbes fournies, au point de nous rappeler les figurines Big Jim des années 70, le réalisateur semble nous proposer une parodie des films dits de « sécurité nationale », dont raffolent le box-office. Durant une demi-heure, ces 6 anciens des Marines, Rangers et Navy Seals, devenus des « contractors » de la CIA (improprement nommés en français Sociétés militaires privées), incarnent davantage des catcheurs mal dégrossis et faussement virils que d’ex soldats d’élite. Idem pour le chef de poste de la CIA (David Costabile) et l’ambassadeur des États-Unis Christopher Stevens (Matthew Letscher), que l’on pourrait penser directement inspirés d’un médiocre roman d’espionnage ,ne parvenant pas à choisir entre Gérard de Villiers et John Le Carré. Entre un fonctionnaire borné et un politicien idéaliste ou naïf, on juge la partition trop simple ; leurs modèles présentaient davantage de densité. 

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Pourtant, contre toute attente, 13 Hours prend lentement corps et trouve un rythme plaisant. Les scènes d’action se révèlent parfaitement dosées et finement huilées. Les acteurs s’épaississent peu à peu, laissant émerger un John Krasinski et un James Badge Dale particulièrement efficaces. Et l’on se met à croire à ces anciens marines soucieux de retrouver leurs familles, trompant l’ennui via la lecture ou une partie d’échecs, voire en méditant quelques extraits de textes littéraires. On s’approche alors de combattants à la fois plus subtils, et donc réalistes, au fur et à mesure que la tension monte et que les tirs de kalachnikovs s’intensifient. Pablo Schreiber donne le meilleur dans la dernière heure. Décors et musique deviennent lentement moins artificiels et nous emportent dans l’intrigue, notamment à partir de l’assaut qui vise l’implantation de la CIA. Certes, on estime excessif le nombre de fusillades, trop morbides les litres d’hémoglobine déversée, et un poil grotesque la testostérone revendiquée des agents du GRS. Toutefois, mises bout à bout, les composantes isolément dérangeantes s’harmonisent assez aisément dans un spectacle pyrotechnique convaincant. De surcroît, l’histoire repose sur une idée capitale bien explorée par la photographie et la mise en scène des affrontements : la difficulté à identifier l’adversaire. Car c’est bien le cœur narratif qui donne sens à l’ensemble des enchaînements de situations : les membres du GRS ne savent jamais qui s’avance vers eux : ami ou ennemi ? Symbole fort de ce qu’est devenue la guerre depuis vingt ans. Qui combattre, avec quelle stratégie et chemins tactiques ? Voilà la bonne question.

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Autre dynamique intéressante : la cavalerie américaine ne vient jamais. Les secours inattendus finissent par se révéler, mais ils ne portent pas les couleurs officielles de l’Oncle Sam. Comme si Washington se résignait à perdre la partie. Captain America paraît fatigué. Une sorte de désarroi se lit dans l’intrigue et le jeu des personnages, enfermés dans une fausse citadelle devenue Fort Alamo. Au passage, 13 Hours redore le blason des « contractors », durablement ternis par les agissements en Irak de la société Blackwater. Bien entendu, ce film a été rapidement instrumentalisé contre les Démocrates dans la course aux présidentielles américaines, afin de permettre aux Républicains de mettre en cause Hillary Clinton et Barack Obama (jamais nommés, mais chacun y pense) pour leur supposé abandon de citoyens américains. Polémique en tout état de cause moins intéressante que ce que 13 Hours pourrait nous dire de l’âme américaine. Perçoit-elle confusément que la planète se révèle bien plus complexe que ce qu’elle imaginait depuis trop longtemps ? Qui sait… Au final, un film d’action relativement réussi qui aurait simplement pu encore davantage travailler en profondeur ses personnages. 

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  • 13 HOURS (13 Hours : The Secret Soldiers of Benghazi) réalisé par Michael Bay en salles le 30 mars 2016
  • Avec : John Krasinski, James Badge Dale, David Denman, Dominic Fumusa, Pablo Schreiber, Max Martini, Toby Stephens, Matthew Letscher, David Costabile, Alexia Barlier…
  • Scénario : Chuck Hogan, d’après 13 Hours de Mitchell Zuckoff
  • Production : Erwin Stoff, Michael Bay
  • Photographie : Dion Beebe
  • Montage : Pietro Scalia
  • Décors : Jeffrey Beecroft, Karen Frick
  • Costumes : Deborah Lynn Scott
  • Musique : Lorne Balfe
  • Distribution : Paramount Pictures
  • Durée : 2h24

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