Le Gang des Antillais de Jean-Claude Barny : critique

Publié par Erwin Haye le 26 novembre 2016

Synopsis : Dans les années 70, le BUMIDOM promettait de favoriser l’insertion en métropole des français des DOM-TOM et de la Réunion. Jimmy Larivière, arrivé à Paris pour refaire sa vie, ne parvient pas à trouver sa place dans la société. Sa rencontre avec un groupe de trois jeunes antillais va l’entraîner dans une série de braquages retentissants.

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Le Gang des Antillais - affiche

Le Gang des Antillais – affiche

Adapté librement de l’autobiographie éponyme de Loïc Léry, Le Gang des Antillais retrace le parcours de quatre jeunes braqueurs de bureaux de postes à la fin des années 1970 à Paris. Jean-Claude Barny, directeur de casting sur La Haine et réalisateur de la série télévisée Tropiques Amers diffusée sur France 3, signe ici son deuxième long métrage, après Nèg Marron (2004). D’origine guadeloupéenne, ce réalisateur s’engage à une plus grande représentation de l’homme noir dans l’histoire de France. Un nom accrocheur, une histoire méconnue, voire oubliée, et pourtant vraie, une affaire plongée au cœur d’un contexte socio-politique tendu et sensible à évoquer, Le Gang des Antillais est à la base un film qui a tout pour réussir. L’introduction nous fige. On y voit des images d’archives du Général De Gaulle lors de sa visite en Martinique s’écriant à la foule « Mon Dieu, comme vous êtes français ! ». Mais aussi quelques photos relatives au BUMIDOM (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer) créé par Michel Debré pour « favoriser » ces populations à s’installer en métropole afin d’améliorer leurs conditions de vie. Enfin, des images de ce même BUMIDOM saccagé, où des inscriptions « On veut rentrer chez nous ! » règnent sur les murs des locaux. Cette séquence pré-générique glaciale sonne comme une promesse, elle nous montre que ce qui va suivre n’est que le produit d’une politique identitaire très discutable. Mais à l’instar de ces hommes et femmes arrachés de leur foyer, assurés par leur patrie qu’une vie meilleure les attendaient en métropole, la suite est un total désenchantement. Car c’est bien ici, juste après le générique, que le discours politique s’achève pour laisser place à un film de braquages sans réelle ambition et visiblement, sans braquage non plus. La logorrhée force ici le silence des armes et on attend encore le croisement entre le cinéma d’Yves Boisset et celui de Melvin Van Peebles revendiqué dans les colonnes de So Film en juillet dernier.

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Le Gang des Antillais

Le Gang des Antillais

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Avec un sujet pareil, le film de Jean-Claude Barny pouvait acquérir une résonance très forte vis-à-vis des nombreux débats identitaires éclatants çà et là de nos jours. Ressortir un fait divers oublié, du fait de sa proximité avec les décisions politiques de l’époque est plus que louable. Le Gang des Antillais est donc pavé de bonnes intentions, tout comme l’Enfer. Mais le film perd sa veine politique et s’engouffre dans une histoire de gangsters trop classique. Jimmy Larivière, présenté comme un héros, prend malheureusement trop de place et vole la part du butin à tous ses comparses du gang ; ces derniers se transformant en simples figurants dans l’action. Le film devient alors « Jimmy Larivière et le Gang des Antillais ». Le reste du casting forme une multitude de personnages inachevés. Le rôle du tenancier du bar, incarné Mathieu Kassovitz, est indéfini, tout comme celui tenu par Romane Bohringer qui, en se murant dans le silence, approuve simplement les mauvais gestes de Jimmy. Le réalisateur ne semble intéressé que par Loic Léry, les autres personnages errent sans avoir un quelconque poids dans le récit. Avec un découpage trop haché, on saute d’époque en époque sans jamais pouvoir s’attacher au présent de l’action.

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De plus, Jean-Claude Barny se prive des scènes plus haletantes, comme les braquages, pour noyer le spectateur dans un flot de paroles pseudo-conscientes entre les différents protagonistes. Les dialogues ont d’ailleurs un problème de ton. On passe sans aucune transition du sérieux à la gaudriole, d’un langage basique à la gouaille de gangsters, ce qui discrédite fortement le caractère des personnages. Ces derniers évoluent dans les mêmes lieux, on ne sort que très rarement des immeubles parisiens miteux. La faute sans doute à un budget trop serré pour reconstituer les décors d’époque. Mais L’Affaire SK1 ou encore J’ai vu tuer Ben Barka s’en sortent d’une manière plus remarquable. Le plus malencontreux, c’est qu’avec tous ces petits manques, Le Gang des Antillais s’éloigne de son sujet, de son propos, de son époque et se mue en pastiche des seventies totalement décontextualisé, mettant ainsi hors de portée tout ce qu’il souhaite dénoncer.

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Erwin Haye

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  • LE GANG DES ANTILLAIS réalisé par Jean-Claude Barny en salles le 30 novembre 2016.
  • Avec : Djedje Apali, Eriq Ebouaney, Adama Niane, Vincent Vermignon, Djibril Pavadé, Zita Hanrot, Romane Bohringer, Lucien Jean-Baptiste, Mathieu Kassovitz…
  • Scénario : Jean Claude Barny, Philippe Bernard, Thomas Cheysson, Yves Nilly adapté du livre Le Gang des Antillais de Loic Léry 
  • Production : Serge Lalou, Sébastien Onomo
  • Photographie :  Claude Garnier
  • Montage : Svetlana Vaynblat
  • Décors : Philippe Lacomblez
  • Costumes : Veronique Gely
  • Musique : Thibault Kientz-Agyeman, James « BKS » Edjouma
  • Distributeur : Happiness Distribution
  • Durée : 1h30

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