Manifesto de Julian Rosefeldt : critique

Publié par Erica Farges le 22 mai 2018

Synopsis : Manifesto rassemble aussi bien les manifestes futuriste, dadaïste et situationniste que les pensées d’artistes, d’architectes, de danseurs et de cinéastes tels que Sol LeWitt, Yvonne Rainer ou Jim Jarmusch. A travers 13 personnages dont une enseignante d’école primaire, une présentatrice de journal télévisé, une ouvrière, un clochard… Cate Blanchett scande ces manifestes composites pour mettre à l’épreuve le sens de ces textes historiques dans notre monde contemporain.

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Manifesto - affiche

Manifesto – affiche

À l’origine Manifesto de Julian Rosefeldt est une installation multi-écrans réalisée pour une commande de l’Australian Center for the Moving Image Melbourne, de l’Art Gallery of New South Wales de Sydney, de la Nationalgalerie-Staatlich Museen zu Berlin et du Sprengel Museum d’Hannovre. Inaugurée en 2015, elle se compose de treize courts-métrages synchronisés avec autant de personnages, tous interprétés par Cate Blanchett, qui déclament des extraits de manifestes du XXème siècle. La première projection de sa version long-métrage a eu lieu en janvier 2017 pendant le Festival de Sundance. À travers leurs monologues, chacun des personnages exprime un aspect de la société contemporaine et un point de vue. Les textes écrits il y a plusieurs dizaines d’années sont extraits de leur contexte d’origine afin d’être introduits dans l’époque présente. Une réactualisation qui interroge leur sens et leur utopisme dans le monde actuel. Ces manifestes passés sont invoqués pour remettre en cause les croyances et les coutumes. Il s’agit de reprendre des discours visionnaires à portée universelle afin de rappeler la signification et l’importance de l’art sous toutes ses formes pour l’humanité. Manifesto montre des êtres humains engloutis par leur environnement quotidien dans lequel la création s’intègre, représentant une possibilité d’échappatoire, de libération, un désir exprimé dans les paroles reprises par les personnages. Les bâtiments écrasent les individus, comme si ces derniers étaient dépassés par leurs propres réalisations. Les nombreux plans généraux mettant en évidence des constructions imposantes qui altèrent les paysages rappellent la formation d’architecte du réalisateur.

 

Cate Blanchett - Manifesto

Cate Blanchett – Manifesto| photo Barbara Schmidt

 

Le travail de transformation fait sur Cate Blanchett, souvent méconnaissable, est impressionnant. La comédienne n’en est pas à sa première performance multiple. En effet, dans l’un des courts-métrages constituants Coffee and Cigarettes réalisé par Jim Jarmusch en 2003, elle avait joué son propre rôle et celui de sa cousine anonyme fictive. Toujours aussi talentueuse, elle offre dans Manifesto une incarnation de plusieurs personnages encore plus grandiose. L’actrice est habitée par chacun de ses treize rôles, passant de l’un à l’autre avec une fluidité déconcertante, au point de s’effacer pour les laisser s’exprimer pleinement dans toute leur théâtralité. Les manifestes ne sont pas tout simplement récités, ils deviennent vivants, prennent souvent une dimension poétique, en s’intégrant totalement au jeu d’acteur. Il est également intéressant de noter que l’artiste-réalisateur a choisi une femme pour prononcer ces textes écrits, pour la plupart, par des hommes.

 

À la fois installation artistique et œuvre cinématographique, Manifesto affiche une volonté de s’affranchir des catégories habituelles. L’intention de briser les frontières se ressent, ne serait-ce que par la présence de Cate Blanchett, actrice de renommée internationale, dans ce film expérimental. Son format convoque non seulement la diversité des perspectives qu’il intègre, mais aussi une réception variée du public, composé à la fois de visiteurs d’expositions et de spectateurs de cinéma. La singularité de Manifesto appel à une introspection personnelle sur la civilisation, l’art et la politique, en proposant des pistes de réflexion aussi variées qu’originales. N’ayant pas de fil narratif linéaire pour guider et servir de repère au spectateur, ce dernier est obligé de créer sa propre narration par des associations d’images et d’idées.

 

Erica Farges

 

 

 

  • MANIFESTO
  • Sortie salles : 23 mai 2018
  • Réalisation : Julian Rosefeldt
  • Avec: Cate Blanchett, Ruby Bustamante, Ralf Temple, Andrew Upton, Carl Dietrich, Hannelore Ohlendorf, Ea-Ja Kim, Marina Michael, Erika Bauer, Marie Borkowski Foedrowitz
  • Scénario: Julian Rosefeldt
  • Production: Julian Rosefeldt
  • Photographie: Christoph Krauss
  • Montage: Bobby Good
  • Décors : Erwin Prib
  • Costumes : Bina Daigeler
  • Musique : Nils Frahm, Ben Luas Boysen
  • Distribution : Haut et Court
  • Durée : 1h38

 

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