High Life de Claire Denis : critique

Publié par Erica Farges le 9 novembre 2018

Synopsis : Un groupe de criminels condamnés à mort accepte de commuer leur peine et de devenir les cobayes d’une mission spatiale en dehors du système solaire. Une mission hors normes…

♥♥♥♥♥

 

High Life - affiche

High Life – affiche

High Life est une vraie surprise. Après presque cinquante ans de carrière, Claire Denis tourne pour la première fois un long-métrage entièrement anglophone et se lance dans la réalisation d’une science-fiction, un genre que la cinéaste n’avait encore jamais exploré. La longue séquence d’ouverture montre un homme (Robert Pattinson) qui répare la paroi extérieure d’un vaisseau et communique avec un bébé (Scarlett Lindsey) resté seul à l’intérieur. On découvre très vite que les deux êtres humains n’ont pas toujours été seuls à bord, car la navette spatiale est en fait remplie de cadavres. Cette introduction, en éveillant la curiosité par les multiples interrogations qu’elle laisse en suspens, donne lieu à une narration chronologiquement éclatée qui élucide le mystère au compte-gouttes. Sans mentionner une époque précise, quelques scènes dévoilent des moments de l’existence de certains des prisonniers quand ils étaient sur Terre, lieu d’origine dont le lien est maintenu par le jardin de la prison astrale. Cependant, les flashbacks font surtout découvrir aux spectateurs l’ambiance du huis clos interstellaire lorsque tous ses occupants étaient vivants dans une atmosphère digne d’un Solaris plus charnel où l’isolement de plusieurs criminels au sein d’un espace hermétique exacerbe leurs pulsions bestiales. Malgré l’environnement et le sujet principal qui laissent supposer une œuvre cinématographique de science-fiction pure, le long-métrage s’aventure dans une perspective plus large.

 

high Life

high Life

 

Les décors minimalistes et la quasi-absence d’effets spéciaux brisent les codes habituels du film galactique, annonçant ainsi une thématique qui va au-delà de la fantaisie extraterrestre ou de la survie dans l’Espace. En dépit de la présence du capitaine Chandra (Lars Eidinger) et de la doctoresse Dibs (Juliette Binoche) chargée d’appliquer les protocoles expérimentaux, les voyageurs intersidéraux ne sont pas des astronautes ou des agents expérimentés. Comme le témoigne l’intérieur sommaire et négligé aux allures de squat opposé au matériel high-tech habituel, les anciens condamnés à mort se débrouillent comme ils peuvent avec un équipement qui leur était totalement inconnu avant. L’impact provoqué vient plutôt de la tension dégagée par la crudité de la mise en scène que des visuels spectaculaires.   

 

Si High Life utilise une forme originale teintée d’existentialisme pour soumettre une observation intéressante sur l’éthique et la morale, on peut tout de même regretter les passages à la violence parfois un peu trop gratuite, alors que ces séquences auraient pu être l’occasion d’approfondir la psychologie des passagers. Ces derniers semblent avoir abandonné toute trace de personnalité et d’humanité pour accepter de céder simplement à leurs pulsions. Pourtant, ce manque relatif d’informations personnelles concernant les personnages accentue le non-sens de la mission qui devient en quelque sorte le reflet de certaines institutions qui acceptent de sacrifier des individus au nom d’une promesse vaine de progrès scientifiques ou sociaux.

 

À travers une anticipation fictive audacieuse, High Life propose une réflexion insolite sur la condition humaine sous sa forme la plus impulsive et animale, ainsi que sur la signification du libre-arbitre avec ses limites, sans pour autant porter un jugement tranché sur l’humanité.

 

 

 

  • HIGH LIFE
  • Sortie salles : 7 novembre 2018
  • Réalisation : Claire Denis
  • Avec : Robert Pattinson, Juliette Binoche, Mia Goth, André Benjamin, Agata Buzek, Lars Eidinger, Claire Tran, Ewan Mitchell, Jessie Ross, Victor Barnerjee, Scarlett Lindsey
  • Scénario : Claire Denis, Jean-Pol Fargeau, Goeff Cox
  • Production : Claudia Steffen, Christophe Friedel, Laurence Clerc, Olivier Thery Lapiney, Oliver Dungey, Klaudia Smieja, Andrew Lauren, D.J. Gugenheim
  • Photographie : Yorick Le Saux
  • Montage : Guy Lecorne
  • Décors : Bertram Straub
  • Costumes : Judy Shrewsbury
  • Musique: Stuart A. Staples
  • Distribution: Wild Bunch
  • Durée : 1h50

 

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