Synopsis : Cinq ans avant les événements de Rogue One : A Star Wars Story, Cassian Andor est à la recherche de sa sœur disparue. Ses recherches le mènent sur Morlana One, où il va être confronté aux autorités locales et attirer les projecteurs du redoutable empire sur lui.
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Grâce au rachat de Lucasfilm en 2012 pour un peu plus de quatre milliards de dollars, Disney récupère la poule aux œufs d’or : Star Wars, saga mythique de science-fiction créée par George Lucas. Rapidement, une nouvelle trilogie est mise en chantier, ainsi qu’une série de films spin-off, destinés à explorer des histoires parallèles à la trame principale. C’est ainsi que naît Rogue One : A Star Wars Story en 2016, réalisé par Gareth Edwards (Godzilla, The Creator) et écrit en partie par Tony Gilroy. L’histoire se concentre sur un groupe de rebelles mené par Felicity Jones (The Brutalist) et Diego Luna (Narcos : Mexico) qui vole les plans de l’Étoile de la Mort, l’arme secrète de l’Empire. Cette mission mène ainsi directement au début du film Un Nouvel Espoir (1977). Globalement salué pour son scénario et sa mise en scène jouant sur le gigantisme, Rogue One s’impose, au fil des années, comme le film post-rachat le plus apprécié par les fans. Ce ne sera pas le cas du second opus de cette série, Solo : A Star Wars Story (2018) qui déçoit malgré la présence du célèbre chasseur de primes Han Solo (interprété cette fois par Alden Ehrenreich). Cet échec pousse Disney à revoir sa stratégie et à se tourner vers le lancement prochain de sa plateforme de streaming Disney + en 2019. Dorénavant, l’accent sera mis sur le développement de séries animées (The Clone Wars, Tales of the Jedi) et de séries en live-action (The Mandalorian, Obi Wan, Ahsoka). Parmi ces projets, Tony Gilroy est rappelé pour devenir le showrunner d’une série préquelle à Rogue One, centrée sur le personnage interprété par Diego Luna, Cassian Andor et pour raconter le début de la rébellion.
Cinq ans avant les événements de l’épisode 4, ce dernier, qui recherche activement sa sœur disparue il y a plusieurs années, se rend sur Morlana One. Une altercation éclate avec les autorités locales, ce qui le pousse à tuer accidentellement l’un des agents et à exécuter l’autre. Ces actions vont attirer l’attention sur lui et sa planète Ferrix aux yeux de l’Empire galactique et de Luthen Rael (Stellan Skarsgard), marchand d’art à la tête d’une cellule rebelle. Voyant les talents du jeune Cassian, Luthen décide de le recruter pour mener des actions contre l’Empire et ainsi lancer les prémisses de ce qui aboutira à la création de l’alliance rebelle.
Tony Gilroy, qui avait signé les scénarios des trois premiers épisodes de la saga Jason Bourne, parvient à donner une direction claire à sa série d’espionnage dans l’univers Star Wars, faisant d’Andor un parfait tremplin chronologique et émotionnel vers Rogue One et Un Nouvel Espoir. Grâce à une écriture maîtrisée, elle donne au personnage d’Andor une évolution subtile et intelligente de fugitif solitaire à acteur clé de la rébellion. Construite en plusieurs blocs de trois épisodes, la première saison couvre une année de son parcours, tandis que la seconde, organisée en quatre parties, s’étale sur quatre ans, avec comme toile de fond les événements tragiques de Ghorman et de ses habitants, symboles de l’occupation impériale.
Traitée comme une série d’espionnage, reprenant de nombreux codes du genre, comme le fusil caché au fond d’une valise, les écoutes radio et les fausses identités, Andor ambitionne de montrer également l’oppression des peuples par un pouvoir tyrannique fasciste. Elle est fortement inspirée du contexte de la Seconde Guerre mondiale (tout comme l’était la trilogie originale). Les camps de travaux forcés, les exécutions en pleine rue, le vol de ressources, les assassinats politiques ou encore la police secrète sont utilisés par Gilroy pour illustrer ses inspirations. Le parallèle va même plus loin avec la planète Ghorman, dont l’architecture puise dans les rues de Paris et ses habitants, avec tous des acteurs français ou allemands. Ce qui met l’accent sur une forme de résistance commune face à une plus grande menace.
Andor ose donc mettre l’accent sur les peuples de la galaxie, leurs traditions, leurs souffrances et leur résistance. Les planètes Ferrix et Ghorman deviennent porteuses de sens et de mémoire. Cette volonté de donner une voix aux oubliés de l’Empire, peu présents dans les films principaux est l’un des grands mérites de la série.
On peut tout de même lui reprocher de parfois trop coller à notre réalité contemporaine. Certains éléments esthétiques comme les costumes ou les accessoires de surveillance semblent tout droit sortis de notre monde. Coruscant, la planète-ville, montrée dans la prélogie comme une ville gigantesque, pleine de vie paraît ici un peu trop propre et lisse. Et certains fans regretteront peut-être un certain éloignement avec l’imaginaire et le bestiaire classique de Star Wars.
Mais en prenant le pari de la sobriété et de la maturité, elle offre une lecture nouvelle de la saga, plus terre à terre, plus humaine, plus politique et aussi plus actuelle. Cette réalité brutale montrée à l’écran et ses personnages moralement ambigus donne un ton plus mature émotionnellement et moins manichéen que les précédentes productions. Les rebelles sont montrés et perçus comme des terroristes par l’Empire, qui de son côté justifie ses actions et son occupation en alimentant ces groupuscules. On y retrouve l’ambiance d’un film d’espionnage tendu, où la survie prime sur l’héroïsme. Le spectateur est plongé dans un quotidien oppressant, entre propagande, surveillance et répression. Les décors blancs et sans vie, la musique angoissante et la mise en scène renforcent cette immersion.
Les personnages introduits par Gilroy resteront comme l’élément central de cette série à dimension humaine. Luthen Rael, incarné par un impressionnant Stellan Skarsgård, illustre parfaitement cette zone grise morale. Prêt à tout pour vaincre l’Empire, il incarne une figure de leader prête à sacrifier son humanité pour une plus grande cause. Ce refus du manichéisme donne à la série une profondeur émotionnelle rare. En s’intéressant aux petites mains de l’empire également, comme Dedra Meero, femme ambitieuse, biberonnée à la propagande impériale, la série explore divers points de vue et nous rappelle qu’une dictature se construit plus subtilement qu’il n’y paraît et dans laquelle chacun est persuadé d’agir pour le bien.
Andor est une réussite incontestable. Grâce à une narration rigoureuse, une atmosphère prenante et une direction artistique ambitieuse, Tony Gilroy redéfinit les contours de l’univers Star Wars. En faisant le pari de l’intelligence et de la nuance, il livre une œuvre à part, qui parlera autant aux fans de longue date qu’aux amateurs de récits engagés et subtils. Une série à la fois complexe et profondément touchante, qui prouve qu’il reste beaucoup à raconter dans cette galaxie lointaine, très lointaine.
Florian Rouaud
- ANDOR
- Diffusion : du 21 septembre 2022 au 13 mai 2025
- Plateforme / Chaîne : Disney+
- Créateur : Tony Gilroy
- Réalisation : Toby Haynes, Susanna White, Benjamin Caron, Ariel Kleiman, Janus Metz Pedersen, Alonso Ruizpalacios
- Avec : Diego Luna, Stellan Skarsgard, Kyle Soller, Adria Arjona, Geneviève O’Reilly, Denise Gough, Elizabeth Dulau, Faye Marsay, Varada Sethu, Ben Mendelsohn, Benjamin Bratt, Alan Tudyk, Anton Lesser, Forest Whitaker, Andy Serkis, Fiona Shaw…
- Durée : 24 épisodes de 40 min
Trailer saison 2
Trailer saison 1



