Synopsis : À la veille du tournage de son nouveau film, la vie d’un cinéaste est chamboulée par la réapparition d’un amour disparu…

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Les Fantomes dIsmael de Arnaud Desplechin - affiche

Les Fantômes d’Ismaël de Arnaud Desplechin – affiche

C’est avec un plaisir toujours renouvelé que l’on aime s’abandonner dans l’univers fictionnel d’Arnaud Desplechin, car son idée de la fiction, comme monde des possibles, n’a cessé tout au long de sa carrière d’emprunter des voies et des perspectives nouvelles et singulières. Un espace de possibilité, à la fois ludique et imaginaire, fait de variantes narratives et de personnages récurrents (ces fameux Dédalus, Vuillard, Sylvia, Claverie, Ivan souvent interprétés par des habitués du cinéaste) qui s’invitent dans chacune de ses explorations. Cette fraîcheur et liberté qui débordent de son cinéma réside sûrement dans la porosité qu’il a su façonner entre le monde réel et celui de la fiction. Ni pure naturalisme, ni pure fabulation, le charme de ses films tient dans ces jeux de croyances vis-à-vis du récit et de la narration, où Desplechin n’hésite plus à s’émanciper des formules classiques d’identifications (dans quel univers fictionnel est-on ?) pour fignoler un art de l’éloignement et de la fragmentation de plus en plus souverain chez lui. Ses films apparaissent dès lors comme des tourbillons pulsionnels et émotionnels dont le spectateur ne ressort jamais vraiment indemne. Des figures ô combien romanesques s’échangent entre les mondes fictionnels, font irruption sans crier gare dans ce qu’on pense être le « réel » ou bien la « fiction ». On accueille et on aime ces personnages souvent imparfaits, voire forts désagréables, à l’image de la spectrale Carlotta (Marion Cotillard), égoïste et opportuniste à souhait. Mais les sentiments affluent, planent et se renouvellent de manière totalement libre entre les protagonistes, personne n’étant dépositaire de la Jalousie, de l’Amour, de la Colère, etc.

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Les Fantomes DIsmael

Les Fantômes D’Ismaël

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Dans Les fantômes d’Ismaël, qui fait l’ouverture, hors compétition, du 70e Festival de Cannes après avoir fait celle de la Quinzaine en 2015 avec Trois Souvenirs de ma jeunesse, Desplechin traite de la figure archétypale de l’artiste (Mathieu Amalric, plus délabré que jamais) avec ce personnage insatiable de réalisateur-veuf, qui doit faire face à un dilemme existentiel : rester avec Sylvia (Charlotte Gainsbourg, resplendissante) ou retourner avec Carlotta, son amour de jeunesse disparu depuis 21 ans. Mais ses deux femmes, aux cicatrices béantes via des rapports fraternels et paternels compliqués, n’incarnent pas les mêmes aspirations. Si elles désirent la vie – chacune veut un enfant d’Ismaël – Sylvia respire la vitalité et l’espérance tandis que Carlotta émet une aura mortifère et vénéneuse suffocante. Dans cette dialectique ô combien prometteuse et ancestrale, entre l’amour-créateur et l’amour-destructeur, c’est finalement la volonté humaniste du cinéaste qui emporte le tout. À ce titre, l’histoire des fils raccordant les tableaux, et plus précisément les perspectives, de Van Eyck et de Fran Angelico n’est en rien une vision anecdotique. C’est même une ouverture vers d’autres mondes, d’autres histoires, magiques cette fois-ci (la réinterprétation figurative de la peinture de Pollock) auxquelles nous invitent Desplechin. Il ambitionne, à raison, de (re)modéliser le réel, d’adopter de nouvelles perspectives d’ordres fictionnelles, mentales et cinématographiques. Les trois étant liés évidemment.

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Les Fantomes dIsmael

Les Fantômes d’Ismaël

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Ismaël vit ainsi des histoires tragiques, sur fond de deuil ou de veuvage, mais aussi magnifiques, via l’amour, bien avant de les raconter en tant que cinéaste où Desplechin s’amuse à parodier un cinéma de genre qu’il adore, y laissant parfois transparaître les « coutures » (des incrustations de Roubaix sur une vitre de train, un monologue regard-caméra bouleversant de Sylvia, etc.). C’est la vie même d’Ismaël qui lui offre pour ainsi dire ces structures narratives, fragmentées et dispersées, à la manière d’un tableau de Pollock. Regarder un film de Desplechin, c’est pénétrer, sous des faux airs naturalistes, dans un monde intérieur où le maître, omniscient et omnipotent, reste le cinéaste. C’est aussi voyager à travers une vision romanesque et des mondes originaux aux dimensions presque infinies. Et c’est toujours un dialogue subtil et réfléchi avec tous les cinémas et tous les arts qui fascinent et influencent Desplechin, et qui, cherchant, à chaque nouveau film, à discuter de ce lien entre pratiques artistiques – la sienne et celle des autres – et nôtre vie, finit par questionner notre rapport à l’art cinématographique, celui de la (les) fiction(s) et de son déploiement dans le temps.

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  • Notes de la rédaction cannoise
  • Nathalie Dassa : ♥♥♥♥♥
  • Philippe Descottes : ♥♥♥♥♥

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  • LES FANTÔMES D’ISMAËL de Arnaud Desplechin en salles le 17 mai 2017.
  • Avec : Mathieu Almaric, Marion Cotillard, Charlotte Gainsbourg, Louis Garrel, Hippolyte Girardot, Alba Rohrwacher, Samir Guesmi
  • Scénario : Arnaud Desplechin, Julie Peyr, Léa Mysius
  • Production : Pascal Caucheteux, Vincent Maraval
  • Photographie : Irina Lubtchansky
  • Montage : Laurence Briaud
  • Décors : Toma Baqueni
  • Musique : Grégoire Hetzel
  • Distribution : Le Pacte
  • Durée : 1h50

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