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[Copyright©ND – archive web nov 2009] En 2008, l’univers violent et carcéral de ‘Hunger’ de l’anglais Steve McQueen remportait la Caméra d’Or au Festival de Cannes. 2009, le jury a privilégié une histoire d’amour en peu de mots, écrite et réalisée par l’Aborigène Australien, Warwick Thornton.

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Samson & Delilah est une ode à l’amour. Partant de sa définition la plus pure, celui que l’on éprouve et découvre pour la première fois, ce tout jeune scénariste-réalisateur-chef opérateur-compositeur signe une histoire d’amour universelle et lui donne consistance, profondeur et force dans un univers inconnu du grand public, loin des clichés touristiques. Au delà des inévitables maladresses d’un premier film, Warwick Thornton réussit à nous plonger dans son monde, à Alice Springs, situé dans le désert central australien, où il est né et a grandi. Un scénario classique en 3 actes, dénué de tout dialogue, plaçant l’histoire du point de vue d’un garçon de 15 ans incapable de parler.

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Même si le film manque par moment de fluidité par rapport aux pivots et tensions dramatiques successifs (les deux accidents), Warwick montre d’une manière poétique et esthétique la vie et la culture dans ces communautés aborigènes pauvres, qui vivent dans des conditions insalubres, où se mêlent violence et injustice des punitions traditionnelles, et de la difficulté d’y survivre. Samson (Rowan McNamara) et Delilah (Marissa Gibson), comédiens amateurs et véritables aborigènes de la communauté, font leurs premières apparitions dans un premier rôle à l’écran et évoquent dans cette justesse, le rejet de la différence et la ghettoïsation, réalité australienne d’aujourd’hui. Via un casting atypique qui montre des visages burinés, typés et marqués par leurs origines, Warwick se démarque des films américains où les beaux faciès bien lisses sont privilégiés. Cette histoire de survivance révèle la beauté de ces enfants solitaires, leur force et leur vérité qui, face à l’adversité, s’unissent, érigent, renforcent et cristallisent leur amour.

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Les premières scènes, trop souvent répétées, montrent de manière trop prononcée la routine de vie de nos principaux protagonistes et de ses habitants dans la communauté. Toutefois, elles mettent en exergue deux situations dans la constitution du personnage de Samson : son incapacité à exprimer son désir d’ailleurs et son tâtonnement à la conquête de Delilah. Comme une ombre en attente de prendre corps, il la suit, l’observe, la fixe et la contemple, la matérialisant comme le changement possible. Sa seule échappatoire est de sniffer l’essence dans une boite de conserve. Delilah, elle, est plus posée, le visage constamment fermé et tendu, ne se soucie pas de Samson. Elle est très proche de Nana, sa grand-mère, interprétée par la magistrale, touchante et drôle Mitjili Napanangka Gibson, sa grand-mère par alliance dans la vie. Par sa volonté, Delilah installe une distance avec Samson car à aucun moment elle n’envisage une quelconque relation, contrairement à sa grand-mère qui pressent en lui, un bon époux. La mort de Nana, élément déclencheur trop attendu, va rompre ce cycle et cette distance. Les us et coutumes, qui nous sont inconnus, nous montrent que Delilah est tenue pour responsable de ce décès et la punition traditionnelle est brutale. En signe de deuil, elle se cisaille les cheveux, symbole d’une fracture de vie où le changement devient alors nécessaire car à présent, plus rien ne la retient.

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Le voyage initiatique commence et propulse les personnages à l’extérieur de la communauté, sans argent ni direction précise. Après l’immobilisme et la protection dans la communauté, il s’agit maintenant pour eux de survivre à l’extérieur, dans cette nouvelle vie qui les rejette. Warwick met en évidence trois situations : affronter l’inconnu pour deux individus en tant que tels, sans protection ni repère, faire front à leur différence dans la société blanche australienne et s’arracher malgré eux à l’enfance pour pénétrer de force dans le monde adulte. Leur tentative de survie est fracturée par des facteurs extérieurs dramatiques qui font sombrer peu à peu les personnages dans l’inévitable : Samson, le nez rivé dans sa bouteille d’essence, perd peu à peu le contact avec le monde et Delilah, brisée et désespérée, succombe à son tour d’une manière plus dure et tragique.

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Cette quête d’un bonheur dans un monde meilleur devient alors un retour personnel à la vie où chacun tente de sauver l’autre. C’est la dernière partie qui prend enfin la direction qu’ils avaient espéré. La caméra à l’épaule, brute et directe, les gros plans, la bande originale rock, la ritournelle reggae et tous les sons musicaux, qui se fondent et accompagnent l’image tout au long du film, renforcent cette réalité difficile. Pour atteindre ce résultat accompli, Warwick Thornton n’a utilisé ni machino, ni électro, ni grues, ni rails de travelling et très peu de lumière additionnelle. Il a cadré le film lui-même pour ne rien avoir entre les acteurs et lui… sauf la merveilleuse caméra 35mm de Panavision. Selon une analyse faite par Atmosphères53, plus d’une vingtaine de films de fictions et documentaires recensés ont trait aux Aborigènes. Cette étude indique que les « plus connus et les plus brillants sur la question Aborigène ne sont pas des films d’Aborigènes, mais des plaidoyers de whitefellas, de réalisateurs blancs ».

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Behind the scene avec Warwick Thornton

Le cinéaste, présent lors d’une avant-première du film au Cinéma du Panthéon, indique que Samson & Delilah est devenu le plus gros succès de l’année pour un film australien, avec plus de 3M$ au Box-office. Il se place juste derrière Australia de Baz Luhrmann et Happy Feet, avec un budget bien inférieur. Selon lui « un film de 2 heures au cinéma a plus de pouvoir de changer les mentalités que plus de 10 ans de reportages dans les journaux télévisés australiens ».

Avant son film, le cinéma aborigène était comme empoisonné, il fallait des fonds et un public, mais personne ne voulait investir. Samson & Delilah a été financé par des fonds publics. Ils ont eu moins d’argent, mais pas d’obligation de rembourser. Une liberté fondamentale car le cinéma est une arme et un combat culturels. Le fait que les films australiens soient vus est une lutte cruciale, car il s’agit de parler de l’Australie dans un marché cinématographique envahi par le cinéma américain. Warwick Thornton précise que « la citoyenneté australienne a été donnée aux Aborigènes à la fin des années 60, début 70 et aujourd’hui la plupart vit à côté de la société blanche ; certains s’en sortent bien et d’autres choisissent de vivre en dehors ».

De son côté, la productrice, Kath Shelper, indique qu’il existe depuis quelques années une prise de conscience croissante concernant la situation des Aborigènes. La sortie du film a, de surcroît, pu bénéficier d’un bon timing politique et social. Début 2008, le nouveau gouvernement travailliste a, pour la première fois, présenté des excuses officielles aux Aborigènes pour les « générations volées » (occidentalisation et évangélisation forcées des populations aborigènes entre 1870 et 1970).

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La place du scénario vue par Warwick Thornton

Sa réflexion sur Samson & Delilah est née de Danse avec les Loups en 1990, film aux 7 oscars dont Meilleur Scénario Adapté, écrit par Michael Blake et réalisé par Kevin Costner. Déçu et choqué par la façon dont l’histoire fut racontée par rapport à cette réalité mal montrée et peu crédible, notamment l’histoire d’amour entre l’indienne et l’homme blanc, le cinéaste s’est alors mis à réfléchir sur sa propre identité d’aborigène. Tout comme les films sur les Aborigènes, l’histoire de Danse avec les Loups ne rend pas compte du peuple indien. L’Australie a fait aux aborigènes ce que l’Amérique a fait aux indiens. Pour lui, le fait d’écrire lui est pénible car il n’est pas allé à l’école. En revanche, il a adoré penser et réfléchir le film pendant un an. Ce scénario se lit comme un roman où il parle de paysages, de soleil, de la distance entre Samson & Delilah : « le scénario dicte toujours au réalisateur comment le film doit être mis en scène. Il doit s’adapter à son histoire et non l’inverse. Et ce scénario commandait de collaborer avec une petite équipe et des acteurs non professionnels qui travaillent avec le cœur ».

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Samson & Delilah est sorti en salles le 25 novembre 2009

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