La Source des Femmes : critique

Publié par Nathalie Dassa le 2 novembre 2011

Cela se passe de nos jours dans un petit village, quelque part entre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Les femmes vont chercher l’eau à la source, en haut de la montagne, sous un soleil de plomb, et ce depuis la nuit des temps. Leila, jeune mariée, propose aux femmes de faire la grève de l’amour : plus de câlins, plus de sexe tant que les hommes n’apportent pas l’eau au village.

 

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Après avoir retracé le tragique destin juif dans Trahir, Train de Vie, Va, Vis et Deviens et seulement deux ans à peine après le succès critique et public de la comédie dramatique Le Concert qui nous transportait à Moscou et dans la culture russe, le cinéaste français d’origine roumaine Radu Mihaileanu revient avec une cinquième œuvre tout aussi bouleversante. Avec La Source des Femmes, il se tourne vers une histoire inspirée de faits réels qui prend vie sous la forme d’un conte oriental, féministe et militant. Celui qui célèbre le meilleur de l’âme humaine, jalonnée bien souvent de bons sentiments et de symboles, nous entraîne dans le cœur désertique du Maghreb. Il nous livre un véritable plaidoyer sur les femmes et la condition féminine, la tolérance, la liberté, la dignité, le courage, le respect et surtout l’Amour. Toujours fidèle à lui-même, Mihaileanu aborde certains de ses thèmes de prédilection sur l’identité et le combat incessant pour tenter d’exister et retrouver l’estime de soi et de l’autre. Le spectateur est plongé dans le quotidien d’une bourgade, qui vit depuis la nuit des temps sans électricité ni eau courante. Les femmes sont chargées au quotidien de gravir la montagne rocailleuse sous une chaleur torride pour aller puiser l’eau à la source, pendant que les hommes – auparavant à la guerre – se retrouvent désormais dans l’unique vieux comptoir du village pour se désaltérer, discuter et jouer entre eux. Mais un jour, l’une d’entre elle fait une chute et perd son bébé in utero. Dès lors, Leila (Leila Bekhti), une jeune femme différente et au statut d’étrangère – n’appartenant donc pas à la communauté -, décide de faire la grève de l’Amour et du sexe et d’entraîner les autres femmes pour faire changer les mentalités, tant que les hommes n’apporteront pas l’eau au village.

 

 

Si le traitement de La Source des Femmes a une approche parfois didactique, le film parvient à s’extraire de ce carcan pour élargir son champ d’analyse au-delà d’un unique conflit opposant les femmes et les hommes. Plusieurs personnages viennent briser ainsi le manichéisme du récit, avec en premier partisan de la cause, son mari (Saleh Bakri, vu dans La Visite de la Fanfare), qui exerce le métier d’instituteur au sein de la communauté et lui apprend en parallèle à lire et à écrire. Ce personnage devient le représentant de ce que devrait être un homme et un mari attentionné. L’autre exception est le retour d’un ex-amoureux journaliste venu étudier l’infiniment petit, c’est-à-dire les insectes de la région. Les conséquences de cette grève mettent en lumière les infamies des hommes et leurs comportements en redoublant de brutalités, les violant et les menaçant de les répudier, face à la volonté des femmes de se réapproprier leurs corps et leur existence. Radu Mihaileanu et son scénariste attitré Alain-Michel Blanc posent les fondements de leur argument et en tirent la force motrice, émotionnelle et intimiste. Car si certains y voient une fable naïve et faiblarde ou de la dénonciation, il est avant tout question de paix, d’égalité et de l’évolution d’une communauté villageoise, pour faire renaître des sentiments disparus sous le poids rocheux des traditions ancestrales et de la religion. C’est d’autant plus fort que La Source des Femmes fait écho aux révoltes actuelles qui se sont déclenchées dans le monde arabe.

 

 

A l’instar des précédentes œuvres du cinéaste, La Source des Femmes prend son souffle dans une mise en scène au service de l’émotion et de l’affectif tournée en décors réels, qui capte l’atmosphère cloisonnée, la sécheresse des sentiments, et les non-dits des personnages. Elle est teintée d’une photographie lumineuse et matinée des couleurs chaudes et terreuses de l’Orient qui sublime les visages cuivrés des personnages. Le tout rythmé par une bande son d’Armand Amar et les traditionnels chants et danses des femmes du village qui leur permettent d’exprimer leurs sentiments. Si le conte est porté par une fabuleuse distribution féminine avec Hafsia Herzi (LE CHAT DU RABBIN), Hiam Abbas et Sabrina Ouazani, c’est sans conteste le jeu de Leïla Bekhti, fragile, déterminée et convaincante avec des silences éloquents, confirmant après Tout ce qui brille ses talents de comédienne de premier plan et celui de la magistrale Biyouna, dans le rôle d’une veuve nommée Vieux Fusil aux monologues et répliques acérés, qui renvoient toute l’énergie du film, tourné en langue arabe marocaine (le darija).

 

 

 

‘La Source des Femmes’ de Radu Mihaileanu en salles le 2 novembre avec Leila Bekhti, Hafsia Herzi, Biyouna, Sabrina Ouazani, Saleh Bakri, Hiam Abbass, Mohamed Majd, Amal Atrach. Scénario : Radu Mihaileanu, Alain-Michel Blanc avec la collaboration de Catherine Ramberg. Production : Mélanie Karlin, Denis Carot, Marie Masmonteil, Radu Mihaileanu. Musique : Armand Amar. Photographie : Glynn Speeckaert. Montage : Ludo Troch. Son : Henri Morelle, Selin Azzazi, Burno Tarrière. Décorateur : Christian Niculescu. Costumes : Viorica Petrovici. Distribution : EuropaCorp. Durée : 2h04.

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