Le site Megaupload a été fermé par le FBI et son fondateur Kim Schmitz arrêté, quelles en sont les raisons et quels sont les mécanismes du système ?

 

 

 

Jeudi 19 janvier 2012, la justice américaine fermait Megaupload.com, le plus gros site de téléchargement et d’hébergement de fichiers au monde, et arrêtait le lendemain le fondateur allemand de 38 ans Kim Schmitz (pseudonyme Kim Dotcom), qui s’était barricadé avec une arme à feu dans sa somptueuse villa d’Auckland (appelée Dotcom Mansion) en Nouvelle Zélande pour violation des droits d’auteur, racket, association de malfaiteurs et blanchiment d’argent. Surveillés depuis un an, sept autres individus ont été également inculpés des mêmes chefs d’accusations aux Etats-Unis, ils encourent une peine de 20 années d’emprisonnement. D’autres responsables également mis en accusation courent encore. Lors de l’arrestation de Schmitz, des voitures de luxe pour 6 millions d’euros ont été saisies par la police : 14 Mercedes immatriculées ‘CEO’,MAFIA’, ‘GUILTY’ ou encore ‘HACKER’, une Lamborghini, une Cadillac Rose de 1959, une Maserati et une Rolls-Royce Phantom immatriculée ‘GOD’. Une vingtaine de mandats d’arrêt (dont huit à l’étranger) ont été émis et 64 comptes bancaires ont été saisis. Les Etats-Unis demandent son extradition. Cette opération fracassante intervient alors que la polémique est forte dans les débats au Congrès sur les lois antipiratages américaines SOPA (Stop Online Piracy Act) et PIPA (Protect IP Act).

 

Né en Allemagne et avec la double nationalité finlandaise, Schmitz a tout d’abord été arrêté à Berlin pour piratage informatique, puis il monte en 2001 une arnaque en rachetant une société en faillite et annonce sa remise à flot à grand renfort de millions. Une fois les actions remontées en Bourse, il revend ses parts et empoche 1,5M$. Il ne sera sanctionné de que deux ans avec sursis et une amende de 100.000 €. En mars 2005, il s’installe à Hong Kong et fonde Megaupload.com. Le site, devenu aujourd’hui l’un des empires les plus fructueux de l’histoire du piratage virtuel organisé, était une plateforme de partage où chacun avait la capacité de stocker des fichiers qui pouvaient être des documents personnels, mais sur laquelle majoritairement étaient mis en ligne illégalement des films, séries TV, émissions de TV, musiques… Or il est strictement interdit de mettre à disposition des documents, sans être détenteur des droits, car c’est une atteinte aux droits d’auteurs, mais qui reste encore impuni. Grâce à des mails retrouvés, il est apparu évident que les dirigeants du site avaient pleinement conscience de ce qu’ils faisaient, mais auraient en plus exploité le filon en instaurant une formule de récompenses financières aux internautes les plus actifs.

 

Le site était financé à la fois par la publicité en ligne via la régie Megaclick.com et, les abonnements proposés allant de 9,99 € par mois, à 79,99 € pour deux ans, jusqu’à même 260€ pour une souscription à vie. Cela a rapporté plus de 175 M$, Megaupload recevant 50 millions de visites uniques par jour. Par contre l’estimation du manque à gagner pour les ayants droit a été estimé à 500 M$, c’est la raison pour laquelle la justice américaine l’a qualifiée d’« entreprise criminelle internationale organisée ». Quelques jours avant ces évènements, le directeur technique du site soutenait dans une interview au Nouvel Obs « Nous ne sommes pas un site pirate, seulement un prestataire de services ». En tout 17 autres sites de la galaxie Mega dépendant de Megaupload sont aujourd’hui fermés, en particulier Megavideo.com et Megaporn.com. Depuis la création de la plateforme en 2005, avec son siège à Hong Kong, il n’a été procédé à aucun tri entre les contenus légaux et illégaux entreposés par les utilisateurs. D’autres sites, qui devraient profiter pleinement des conséquences de la fermeture de Megaupload et dont le fonctionnement est similaire, pourraient à terme être inquiétés (tels RapidShare ou Mediafire).

 

Si les internautes n’ont plus la possibilité de visionner des films ou des séries c’est un moindre mal ; le problème est plus inquiétant pour ceux qui l’utilisaient honnêtement pour stocker des œuvres personnelles, telles des démos musicales, car ces données ont disparu. En effet les serveurs ont été saisis brutalement et de façon peu transparente par le FBI, ne donnant aux utilisateurs aucune possibilité de réagir et, il sera hautement improbable de pouvoir rentrer à nouveau en possession de ces documents. Les conditions d’utilisation de Megaupload précisaient que les utilisateurs ne pouvaient exiger un droit de propriété sur une copie stockée. Les risques de perte ou d’indisponibilité étaient soulevés ainsi que le fait que la plateforme pouvait s’arrêter sans avertissement. Tous ceux qui ont payé leurs abonnements n’ont pas vraiment de possibilité de recours, d’une part parce qu’ils savent que l’activité était illégale, ensuite le siège social est à Hong Kong et enfin un certain nombre de responsables sont emprisonnés. De plus à terme, les plus gros utilisateurs de la plateforme seront probablement inquiétés au même titre que les dirigeants. Pour l’internaute lambda, la procédure étant uniquement américaine, il n’existe pas de risque.

 

La réplique ne s’est pas fait attendre de la part du collectif de hackers Anonymous un quart d’heure après l’annonce de fermeture du site, qui a lancé l’opération opMegaupload par représailles et menacé et bloqué quelques heures plusieurs sites gouvernementaux (la justice, le FBI, la Maison Blanche), ceux des ayants droit (Motion Picture Association of America [MPAA], Recording Industry Association of America (RIAA) et ceux d’Universal et de Warner. Vendredi soir, Anomymous a aussi riposté sur les sites de l’Hadopi (non protégé) et de l’Elysée en protestant contre le communiqué de soutien de la Présidence envers l’opération américaine. Ils ont utilisé leur petit logiciel qui envoie des milliers de requêtes sur les cibles finissant par saturer le système. Les sites français ont donc été hors service quelques minutes pour se rallumer avec la devise des hackers inscrite We are legion.La revendication des contestataires est de « protester contre la censure sur le Net » et non de défendre le site Megaupload qui était « super mercantile et un peu mafieux »

 

[Sources : Deadline, Le Figaro, Nouvel Obs, Les Echos, Le Parisien, 20 Minutes]

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