La place de Bob Marley dans l’histoire de la musique, son statut de figure sociale et politique et l’héritage qu’il nous laisse sont uniques et sans précédent. Ses chansons délivrent leur message d’amour et de tolérance, de résistance à l’oppression, et transcendent les cultures, les langues et les religions aujourd’hui encore, avec la même force que lorsqu’il était en vie. En collaboration avec la famille de l’artiste – qui a ouvert ses archives privées pour la première fois – Kevin Macdonald a réuni une mine d’informations, des images d’archives rarissimes et des témoignages poignants qui interrogent le phénomène culturel tout en dessinant le portrait intime de l’artiste, depuis sa naissance jusqu’à sa mort en 1981, faisant définitivement de MARLEY le film documentaire de référence, au moins pour les 30 années à venir.

 

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Le cinéaste écossais Kevin Macdonald possède deux œuvres empiriques dans son excellente filmographie qui mêle longs-métrages de fiction et documentaires : Un jour en septembre, qui relate la prise d’otages de 11 athlètes israéliens lors des jeux olympiques de Munich en septembre 1972, et Le Dernier Roi d’Ecosse, qui retrace la relation entre un jeune médecin écossais et le dictateur Idi Amin Dada en Ouganda. Le premier a remporté l’Oscar du meilleur documentaire et le second celui du meilleur acteur pour Forest Whitaker. Aujourd’hui, si Kevin Macdonald revient avec un sujet phare bien plus conséquent dans son ampleur médiatique, il parvient à aborder avec force et intelligence l’histoire d’un homme qui a vécu une vie extraordinaire tout en préservant un profond mystère pour devenir l’un des artistes les plus emblématiques et précusreurs dans le monde, jusqu’à sa mort le 11 mai 1981, emporté par un cancer à l’âge de 36 ans. Marley – The Definitive Story a la particularité d’être le premier et le seul documentaire, parmi les nombreux films qui ont circulé sur lui, à être approuvé par la famille. En cela, Macdonald signe une œuvre chronologique de référence de 2h24, produite par l’un de ses fils Ziggy Marley et le créateur du Label Island Records Chris Blackwell, qui aborde comme une hagiographie le parcours de ce fondateur mythique du reggae et du mouvement rastafari, qui a laissé son empreinte dans l’histoire de la musique.

 

Marley est un puissant film hommage, honnête et respectueux dans son approche politique, spirituelle et musicale sur l’une des plus grandes icônes du XXe siècle. Il fourmille d’informations avec des images d’archives personnelles, des enregistrements de concerts, des photographies inédites, des interviews fortes de Bob Marley lui-même qu’il a donné tout au long de sa carrière, Chris Blackwell, Rita Marley (son épouse et choriste), Neville ‘Bunny Wailer’ Livingstone (demi-frère de Bob et l’un des membres Wailers), Cindy Breakspeare (une de ses amantes qui fut élue miss Monde en 1976 et avec laquelle il a un enfant Damian) ou encore Neville Garrick (directeur artistique des Wailers). Kevin Macdonald a su se réapproprier tout ce matériel pour redonner vie en demi-teinte à cet artiste, né d’une mère afro-jamaïcaine et d’un père blanc d’origine anglaise, capitaine de la Royal Navy, qu’il a à peine connu. Il mêle ainsi avec talent les réminiscences des uns et des autres qui se contredisent encore aujourd’hui, sa grande passion pour le football en dehors de la musique et ses nombreuses relations amoureuses avec lesquelles cet homme plutôt timide et réservé a reconnu 11 enfants de 7 femmes différentes dont son épouse Rita Marley. Toutes ces informations sont intégrées intelligemment dans un récit baigné de paysages splendides de la Jamaïque, de la capitale Kingston et du bidonville de Trench Town où il a grandi avant de devenir une légende internationale, en créant ses premiers liens très forts avec des musiciens tels Desmond Dekker ou Bunny Wailer qui nous offre d’ailleurs ici une démo avec les pieds sur le rythme quatre sur quatre, principale caractéristique du reggae et du ska.

 

Car Macdonald élargit son sujet en installant Bob Marley au cœur d’un récit bien plus vaste qui conte l’histoire de la Jamaïque avec ces luttes intestines et ces conflits politiques. On découvre ainsi un homme qui s’est efforcé de bâtir un avenir entre ses racines métisses et ses exils aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne tout en instaurant la paix au travers de sa musique, ses profondes croyances et sa représentation iconique. C’est ainsi que Bob Marley est parvenu à réunir pendant un concert gratuit le Premier Ministre socialiste Michael Manely et le chef du Parti Conservateur Edward Seaga qui se sont serrés la main en public sur scène. L’intérêt de Marley est également dans le choix judicieux du cinéaste sur la discographie – qui reste pourtant étrangement en arrière plan – ne se contentant pas seulement d’utiliser les tubes planétaires mais en intégrant également celles qui font avancer son récit et son personnage dans sa trajectoire de vie. De sa première chanson Judge Not enregistrée en 1962 en passant par Cornerstone, SimmerdownWar, Exodus, Concrete Jungle ou encore No Woman no Cry dans un superbe extrait inédit avec Peter Tosh au piano, il retrace la création de Bob Marley & The Wailers et les fondements du reggae à la fin des années 1960 où le groupe a atteint la consécration en Jamaïque jusqu’à parvenir à la célébrité mondiale avec le majestueux producteur Chris Blackwell en 1973. On retrouve également des images de la visite de Haïlé Sélassié, dernier Empereur d’Ethiopie descendant du roi Salomon et de la reine de Saba, vénéré par les rastafaris et principalement connu grâce à la chanson culte War qui reprend son discours prononcé aux Nations Unies en 1963.

 

Si avec Marley, nous n’arrivons toujours pas à percevoir réellement la véritable personnalité de l’homme, Macdonald pose un regard intime bien documenté dans une atmosphère toujours détendue qui permet de mieux cerner pourquoi cet homme, qui a souvent regretté que sa musique soit essentiellement adulée par les blancs, a été considéré comme une figure messianique en Afrique et dans les Caraïbes pour son combat pacifique contre la corruption et l’oppression (Redemption Song). Kevin Macdonald parvient à montrer toute la force spirituelle de Bob Marley brillamment illustrée par l’une de ses citations représentatives de son individualité et qui restera gravée dans nos mémoires «Tu ne sais jamais à quel point tu es fort, jusqu’au jour où être fort reste ta seule option ».

 

 

 

 

 

Documentaire MARLEY réalisé par Kevin Macdonald en salles le 13 juin 2012 avec Bob Marley, Ziggy Marley, Rita Marley, Cedella Marley, Cindy Breakspeare, Neville ‘Bunny Wailer’ Livingstone, Dudley Sibley, Neville Garrick, Chris Blackwell. Production : Steve Bing, Charles Steel. Montage : Dan Glendenning. Photographie : Alwin Kûchler BSC, Mike Eley BSC. Son : Glenn Freemantle. Distribution : Wilde Side Films/Le Pacte. Durée : 2h24.

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