Dans quelques jours débutera pour la première fois en France la Masterclass de trois jours sur la Mise en Scène avec un réalisateur français prestigieux. Radu Mihaileanu inaugure cet événement, qui se déroulera du 19 au 21 juin à Paris-La Sorbonne et en direct sur internet. CineChronicle – partenaire avec l’ARP, Cineuropa.org, le Bellefaye et La Guilde Française des Scénaristes – s’est entretenu avec le cinéaste multirécompensé pour ‘Train de Vie’, ‘Va Vis et Deviens’, ‘Le Concert’ et ‘La Source des Femmes’ afin d’évoquer son programme et surtout son métier, sa passion et sa vision du cinéma d’aujourd’hui.

 

 

 

 

CineChronicle : Peux-tu brièvement évoquer le programme de cette Masterclass intitulée ‘La mise en scène, une passion totale : de l‘écriture à la sortie en salles’ ? En quoi consiste-t-il ?

Radu Mihaileanu : Le programme sera en quelque sorte la radiographie d’un film à partir de l’idée originale ou de l’adaptation jusqu’à la toute fin du processus d’un film, à savoir la promotion et les ventes internationales. Il couvre essentiellement le domaine artistique entre l’écriture et la mise en scène. Mais j’évoque également les problèmes de production, de distribution, d’exploitation de ventes à l’étranger.

 

CC : Les longues Masterclass sont courantes aux Etats-Unis depuis une dizaine d’années, en revanche ce sera une première en France sur la mise en scène avec un réalisateur français. Et tu ouvres la danse : Qu’en attends-tu ? Que souhaites-tu transmettre ?

RM : J’ai déjà animé des Masterclass à l’étranger mais généralement sur 2/3 heures dans des écoles ou ailleurs. J’attends vraiment ici de pouvoir apporter quelque chose à ceux qui seront face à moi, mais aussi apprendre secrètement d’eux, soit à travers ce qu’ils affirmeront ou à travers leurs interrogations. Parfois les questions sont déjà des réponses intéressantes.

 

 

CC : Penses-tu que trois jours seront suffisants pour aborder ce programme riche ?

RM : Ce n’est jamais suffisant car je vais effectivement évoquer quasiment tous les métiers du cinéma, de la genèse jusqu’à la sortie en salles. C’est ce que fait La Fémis en trois ou quatre ans d’études sur plusieurs domaines. Mais nous nous adressons surtout à des personnes qui ont une petite expérience en tant qu’acteur, metteur en scène, scénariste, producteur ou qui travaillent dans le secteur de l’audiovisuel. Cette première Masterclass n’a pas la prétention de faire le tour de la question, mais nous voulons tenter sur trois jours de leur donner le goût d’aller plus loin dans leur réflexion.

 

CC : Vas-tu insister sur des points particuliers dans chaque domaine ?

RM : Oui bien sûr, je vais insister sur des exemples précis pour l’écriture, la mise en scène, la direction d’acteurs, les mouvements de caméra, le découpage et le montage ainsi que sur la production, la distribution et le marketing. Bien sûr, toujours dans le cadre du temps imparti, à savoir 8 heures par jour environ avec des pauses café. Mais je veux être aussi ludique pour que l’enseignement ne soit pas monotone. Ce sera un exercice intéressant de pouvoir transmettre l’information et ‘l’éducation’ tout en faisant d’une certaine manière du spectacle, ce qui est déjà mon métier.

 

CC : Est ce que cette Masterclass sera basée essentiellement sur ta filmographie ou vas-tu ouvrir le champ sur d’autres films, d’autres genres ?

RM : Non je vais essentiellement donner des extraits basés sur ma filmographie et mon expérience par rapport à ma méthode, ma vision et mon point de vue. A chacun ensuite de trouver ses moyens. Cependant, je me suis proposé dernièrement d’aller dans une école pour analyser pendant une ou deux journées le film iranien Une Séparation d’Asghar Farhadi car il y a de nombreux éléments pédagogiques très intéressants au niveau du scénario et de la mise en scène.

 

CC : Tu as également exploré dans ta filmographie le téléfilm, le court-métrage et le documentaire. As-tu l’intention d’aborder tous ces formats ?

RM : Non il s’agira seulement de longs-métrages de fiction au cinéma. Le sujet serait beaucoup trop vaste s’il fallait également aborder la différence entre un film au cinéma et à la télévision, le format en publicité ou en court-métrage. Bien sûr si certains posent des questions, j’y répondrais mais brièvement.

 

CC : Tu consacres donc une place au marketing et à la distribution. Penses-tu qu’un réalisateur aujourd’hui doit maîtriser également ce terrain ?

RM : Oui c’est mon avis et ce n’est pas innocent si j’ai été président de l’ARP (Société Civile des Auteurs-Réalisateurs-Producteurs). Je ne pense pas que tous les réalisateurs doivent être forcément scénaristes et producteurs de leurs films, mais ils se doivent d’avoir des notions. C’est un métier transversal important, surtout à notre époque.

 

CC : As-tu décidé du plan de ce programme ou en collaboration avec l’organisme de formation Mille Sabords ?

RM : Laurent de Mille Sabords m’a proposé d’aborder essentiellement la mise en scène et je lui ai demandé d’élargir le périmètre de la Masterclass en fonction de ma spécificité. J’essaie toujours d’avoir une vision et une réflexion globales sur le cinéma. Je suis très impliqué dans ma société Oï Oï Oï Productions par exemple. Pour moi ce n’est pas tellement une question de produire ou de coproduire des films car de nombreux réalisateurs le font, mais d’une manière souvent passive. Je le fais d’abord par passion. Cela me permet aussi d’être au courant de tout ce qui se décide sur mes films car ils viennent de mes expressions, qui sont influencées par tous ces éléments.

 

CC : Justement… Es-tu producteur seulement de tes propres films ?

RM : Oui mais si j’ai produit tous mes films jusqu’à présent, bientôt je produirai ceux des autres. C’est très fréquent aux Etats-Unis. Martin Scorsese, Francis Ford Coppola produisent depuis 30 ou 40 ans leurs projets et ceux des autres. Ils ont cette passion globale du cinéma, un peu comme moi. Car en produisant d’autres films, ils vivent le cinéma différemment et découvrent d’autres auteurs, comprennent d’autres histoires, apprennent d’autres méthodes et rencontrent d’autres cultures. Ce n’est plus seulement un regard tourné vers soi, c’est également un regard tourné vers l’autre à travers cet outil de production. En France, c’est arrivé tardivement même si Claude Berri et Claude Lelouch l’ont fait depuis toujours. Cela reste encore rare. Mais le cinéma est d’abord pour moi une aventure humaine. C’est aussi la raison pour laquelle je m’intéresse à tous les métiers du cinéma. Cela permet de rencontrer de nouvelles personnes. J’aime le scénario et la réalisation, mais je me sentais un peu claustrophobe à ne faire que cela sans m’intéresser au reste. Je suis cependant très vigilant car lorsque j’étais assistant-réalisateur, j’ai rencontré des réalisateurs dont les capacités de réalisation ont été diminuées justement à cause de la production. Je reste donc très attentif et je veille à m’entourer de très bons producteurs car c’est un métier. Il faut apprendre à leurs côtés et ne pas tout faire tout seul non plus. Alain Attal des Productions du Trésor et Pierre-Ange Le Pogam de Stone Angels, qui produisent mes projets, sont d’ailleurs des amis. Pierre-Ange a distribué mes deux derniers films Le Concert et LA SOURCE DES FEMMES (notre critique) lorsqu’il était chez EuropaCorp.

 

CC : Quels sont alors aujourd’hui tes projets à venir ?

RM : Je suis actuellement en écriture avec mon scénariste Alain-Michel Blanc sur mon prochain long-métrage en langue anglaise, Petit Lion. Je suis coproducteur minoritaire en collaboration avec Pierre-Ange Le Pogam et Alain Attal avec un budget qui s’élève pour l’instant à 15M€. Ce sera une comédie dramatique entre Le Concert et Va, Vis et Deviens qui suivra un Tanzanien d’origine Massaï qui va à Los Angeles. On espère tourner l’année prochaine. En production, je vais bientôt travailler sur le long-métrage Vivant(e) de Marc-Henri Dufresne, dont l’écriture s’est achevée et qui entre en phase de casting et de financement. Je vais produire également un documentaire Les Fantassins de la Démocratie sur les caricaturistes du monde avec comme guide Plantu. Nous sommes en discussions avec des chaînes de télévision pour le financer et lancer le tournage.

 

TOUT SAVOIR SUR LES 3 JOURS DE MASTERCLASS AVEC RADU MIHAILEANU

>>> (PROGRAMMEINSCRIPTIONS – TARIFS ET FINANCEMENTS) <<<

 

 

Bio express de Radu Mihaileanu (via Mille Sabords) : Ancien acteur dans un théâtre yiddish de Bucarest, Radu Mihaileanu fuit la dictature de Ceausescu en 1980. Emigré en France, le fils de Mordechaï Buchman, journaliste juif et communiste déporté en camp de travail durant la guerre, s’inscrit à l’IDHEC (aujourd’hui la Fémis) dans l’espoir de pouvoir s’exprimer à travers le septième art. Il débute par la voie classique : en tant qu’assistant réalisateur. Il travaille ainsi notamment avec Marco Ferreri, Nicole Garcia, Jean-Pierre Mocky, Alain Tasma.

 

En 1993, après plusieurs courts, il signe son premier long-métrage, Trahir, portrait d’un poète roumain confronté à l’autoritarisme stalinien. Mais c’est en 1998, avec Train de vie, film sur la Shoah, qu’il perce et se voit récompensé, entre autres, à la Mostra de Venise et à Sundance. Sa reconnaissance critique ne s’arrête pas là. Son œuvre-phare, Vas, vis et deviens remporte en 2005 le César du meilleur scénario ainsi que plusieurs prix au Festival de Berlin. Centré sur les juifs d’Ethiopie, le film confirme la volonté de Radu Mihaileanu de témoigner d’un versant de l’histoire qui le touche particulièrement.

 

En 2009, il sort Le concert, tragi-comédie dans laquelle il dirige Mélanie Laurent, François Berléand et Miou-Miou. La source des femmes, son cinquième film, est sélectionné en compétition officielle au 64e festival de Cannes en mai 2011, sort sur les écrans français en novembre de la même année et connaît depuis une importante carrière internationale.

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