On croyait tout connaître de l’histoire de Jason Bourne et de son passé d’agent tueur malgré lui. Mais l’essentiel restait à découvrir. Le programme Treadstone dont Jason était le cobaye n’était que la partie émergée d’une conspiration plus ténébreuse, ourdie par d’autres branches du gouvernement et mettant en jeu d’autres agences de renseignement, d’autres programmes militaires, d’autres laboratoires secrets… De Treadstone est né « Outcome », dont Aaron Cross est un des six agents. Sa finalité n’est plus de fabriquer des tueurs, mais des hommes capables d’assurer isolément des missions à haut risque. En dévoilant une partie de cette organisation, Jason laissait derrière lui un « héritage » explosif : compromis, les agents « Outcome » sont désormais promis à une liquidation brutale. Effacés à jamais pour que le « père » du programme, le Colonel Byer puisse poursuivre ses sinistres activités. Une gigantesque chasse à l’homme commence, et Cross, devenue sa première cible, n’a d’autre recours que de retrouver et gagner la confiance de la biochimiste d’ »Outcome », Marta Shearing, elle-même menacée de mort…

 

♥♥♥♥♥

 

Le choix judicieux de Jeremy Renner des studios Universal pour élargir la mythologie de Bourne dans un spin-off, tiré de l’une des plus puissantes franchises d’espionnage sur grand écran, représente ici le fondamental. Si les spectateurs sont gavés de remakes, reboots et autres prequels par cette industrie américaine mercantile, force est de constater qu’aucune autre star hollywoodienne en vogue n’aurait pu reprendre dignement le flambeau de Matt Damon dans un nouveau chapitre parallèle. En cela, Jason Bourne – L’héritage séduit déjà par sa tête d’affiche révélée à l’international dans Démineurs et dont la performance s’est confirmée dans The Town, en dépit de ses rôles suivants plus en retrait dans MISSION IMPOSSIBLE 4 (notre critique) et le milliardaire AVENGERS. Matt Damon excellait dans sa radicalité et sa froideur spectaculaires, mais Renner se débrouille bien et s’accapare efficacement ces critères. Il est non seulement l’homme de la situation, mais il en a également le charisme pour incarner de manière crédible l’agent Aaron Cross, unique survivant des six cobayes du programme Outcome dérivé de Treadstone, dont le but est d’améliorer les résistances et les capacités cognitives et physiques des agents pour des missions hautement périlleuses.

 

 

Le second point positif est sa partenaire à l’écran Rachel Weisz dans son rôle de biochimiste. Elle gère plutôt bien à l’écran ses émotions et ses réactions en devenant à son tour pion et victime, prise dans les mailles des dirigeants de cette agence secrète corrompue. On approuve particulièrement le coup de pied phénoménal lors de la course-poursuite en moto. Le troisième avantage est dans la mise en scène de Tony Gilroy qui signe ici son troisième long-métrage après Michael Clayton et Duplicity. Si sa réalisation peut souffrir de la comparaison avec celle de Paul Greengrass, qui a fait exploser le box office avec les deux derniers opus La Mort dans la Peau et La Vengeance dans la Peau, Tony Gilroy s’en sort plutôt bien avec ses prises de vues et mouvements de caméra bien nerveux et intenses. On peut cependant lui reprocher, comme à bon nombre de cinéastes d’aujourd’hui, de rendre souvent illisibles ses scènes d’action, cascades et autres courses-poursuites en plans rapprochés, conçues dans un montage épileptique, et les questions de timings trop bien orchestrés.

 

 

Si dans l’ensemble, Jason Bourne – L’héritage fonctionne plutôt bien sur 2h16, l’une de ses plus grandes faiblesses est cependant dans la conception de la narration souvent alambiquée, pourtant écrite par Tony Gilroy, à l’origine de tous les scénarios de la saga librement inspirée des bestsellers de Robert Ludlum, en collaboration avec son frère Dan Gilroy. Le spin-off propose dans sa finalité une chasse à l’homme non stop, des magnifiques Rocheuses canadiennes aux rues de Manille, menée par le Colonel Byer, dont le personnage antagoniste focalisé sur sa proie, joué par un Edward Norton qu’on a connu plus efficace et féroce, manque de dimension et de profondeur dans ces opérations opaques et meurtrières du gouvernement. S’il donne par ailleurs la réplique à Stacy Keach, interprétant l’un des dirigeants du programme, qu’il retrouve après American History X, on regrette qu’il soit seulement cantonné à donner des ordres dans son QG de crise. L’autre désavantage du film est dans l’utilisation des personnages récurrents de la trilogie comme David Strathairn ou encore Joan Allen qui sont supposés renforcer les liens avec les événements antérieurs. Tout comme la présence brève d’Albert Finney qui n’apparaît à l’écran que quelques secondes. Nonobstant ces défauts certains et l’objectif un peu faiblard du héros qui veut se libérer de ses pilules stimulant ses performances tout en le conduisant à sa perte, le spin-off de Tony Gilroy est un bon thriller d’espionnage mené tambour battant qui parvient néanmoins à renforcer le spectre de notre espion amnésique mythique toujours en vie. Le résultat est plutôt probant, à tel point que les studios Universal ont confirmé récemment la mise en route d’une suite. On s’imagine à croire d’ailleurs que ce serait retentissant si ces deux machines à tuer étaient amenées à s’entrecroiser sur grand écran face au gouvernement…

 

 

 

 

 

JASON BOURNE : L’HÉRITAGE (THE BOURNE LEGACY) de Tony Gilroy en salles le 19 septembre, avec Jeremy Renner, Rachel Weisz, Edward Norton, Stacy Keach, Dennis Boutsikaris, Oscar Isaac, Joan Allen, Albert Finney, David Strathairn, Scott Glenn. Scénario : Tony Gilroy, Dan Gilroy inspiré par la série de roman Jason Bourne de Robert Ludlum. Producteurs : Frank Marshall, Patrick Crowley, Jeffrey M. Weiner, Ben Smith. Photographie : Robert Elswit. Décors : Kevin Thompson.Montage : John Gilroy/ Costumes : Shay Cunlife. Compositeur : James Newton Howard. Distribution : Universal Pictures. Durée : 2h16.

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