Jon Banks est un psychiatre ambitieux. Quand une jeune femme, Emilie, le consulte pour dépression, il lui prescrit un nouveau médicament. Lorsque la police trouve Emilie couverte de sang, un couteau à la main sans aucun souvenir de ce qui s’est passé et l’accuse de meurtre, la réputation du docteur Banks est compromise…

 

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Steven Soderbergh n’a jamais été aussi présent sur grand écran ces deux dernières années depuis qu’il a annoncé vouloir prendre sa retraite anticipée. Il est certainement l’un des cinéastes américains les plus prolifiques derrière Woody Allen. Après avoir exploré le film de virus (Contagion), l’univers du strip tease (Magic Mike) et le thriller d’espionnage (Piégée), le cinéaste éclectique de Sexe, Mensonges et Vidéo (lauréat de la Palme d’Or à Cannes), d’Erin Brockovich ou encore de Traffic pour lequel il a remporté l’Oscar du meilleur réalisateur, reprend l’affiche avec un thriller psychologique efficace, qui devrait être donc son dernier long-métrage. Mais rassurons les fans, s’il dit vouloir se retirer pour se consacrer à d’autres centres d’intérêts, il ne souhaite pas pour autant abandonner la mise en scène, comme notamment à la télévision avec BEHIND THE CANDELABRA pour HBO. Bref. Effets Secondaires (Side Effects) est de ces films qui renouent avec la texture et l’atmosphère des thrillers captivants des années 1980-90. Sur un scénario de Scott Z. Burns – collaborateur du cinéaste après The Informant! et Contagion -, le récit est une plongée dans l’univers pharmacologique et les dédales des psychotropes, bêta-bloquants et autres antidépresseurs tout en offrant plusieurs rebondissements narratifs intéressants. Soderbergh et Burns jouent d’ailleurs astucieusement avec le titre puisque l’histoire amorce une première direction dans l’intrigue, avant de prendre de nouvelles tournures jusqu’à la révélation finale, hélas embrouillée et cousue de fil blanc. Le film se plaît donc à subir intentionnellement les effets secondaires de son propre état telle une machine à retardement. En cela, Soderbergh réussit brillamment son œuvre à l’influence hitchcockienne, tant dans le style qu’en substance, et même de palmienne.

 

 

Effets Secondaires nous entraîne ainsi sur le terrain de l’irresponsabilité des entreprises que Steven Soderbergh avait intelligemment traitée dans Erin Brockovich, récompensant Julia Roberts par l’Oscar de la meilleure actrice. Il confirme cette propension à savoir sonder les angoisses de la société contemporaine tout en renforçant son analyse sur les pressions financières, notamment des sociétés pharmaceutiques qui confortent les individus dans cet état d’anxiété et d’angoisse tandis qu’en parallèle les stratégies publicitaires promeuvent ces pilules comme l’antidote miraculeux. On a donc à faire à un jeu de machination dont le principal attrait est Rooney Mara. Après THE SOCIAL NETWORK (notre critique) et MILLENIUM (notre critique), elle se glisse ici dans la peau d’Emilie, une jeune femme dépressive et perturbée par la libération de prison de son mari – incarné par Channing Tatum qui retrouve le cinéaste après Magic Mike et Piégée -, quatre ans après avoir purgé une peine pour délit d’initié à Wall Street. Des retrouvailles entraînant sa tentative de suicide au volant de sa voiture qu’elle encastre dans le mur d’un parking. Aux Urgences, elle est confiée au psychiatre Dr. Jonathan Banks (Jude Law) qui lui prescrit des antidépresseurs pour que son ‘cerveau cesse de lui dire qu’elle est triste’. Elle accepte de prendre le traitement et d’entamer une psychothérapie. Mais ces nouvelles pilules ingurgitées n’ont pas les effets positifs escomptés. Si certaines lui retirent tout désir physique et provoquent des sautes d’humeur et la perte de la perspective, d’autres lui donnent l’effet inverse avec en sus des crises de somnambulisme inquiétantes, lesquelles sont déterminantes dans la suite du récit qui emprunte un premier virage narratif plus obscur et cynique.

 

 

Frêle, apathique et pâle, Rooney Mara incarne tout en nuances les différentes facettes de son personnage névrosé et au comportement instable, perdu dans son brouillard de dépression. Face à elle, le personnage de Jude Law est tout aussi passionnant dans son interprétation sous pression. Il renvoie l’image d’un psychiatre aisé, ambitieux et égocentrique dont les objectifs professionnels semblent aussi douteux qu’honnêtes. Son cabinet fonctionne très bien et il travaille en parallèle pour une société pharmaceutique qui le rémunère allègrement en espèces sonnantes et trébuchantes afin de tester de nouveaux médicaments qu’il n’hésite pas à prescrire à sa patiente. Il refuse de reconnaître ses torts. Il est sûr de lui et confiant dans ses méthodes comme celle de conseiller naturellement à sa femme de prendre des bêta-bloquants pour affronter sereinement une réunion d’affaires importante. Mais dépassé par les événement lorsque sa carrière et sa réputation de médecin sont remises en question, il met tout en œuvre pour retrouver sa vie d’avant, jusqu’à mener lui-même sa propre enquête. C’est avec l’arrivée du Dr Victoria Siebert (Catherine Zeta-Jones), une psychiatre qui traitait Emilie au moment de la condamnation de son mari, que l’intrigue prend à nouveau une nouvelle direction.

 

 

Si le prologue démarre comme une critique bien ancrée dans la réalité sur le pouvoir, le comportement et la manipulation de l’industrie pharmaceutique, ainsi que sur les conséquences insidieuses et criminelles de la prise excessive des antidépresseurs délivrés sur ordonnance, Effets Secondaires est une œuvre en trompe-l’œil qui bifurque d’abord habilement vers le thriller juridique et médical au suspense haletant, avant de se transformer malheureusement dans le troisième acte en un imbroglio scénaristique livré avec un twist final convenu et attendu. Certains ressortent probablement enthousiasmés par cette mécanique de l’intrigue tandis que d’autres voient dans le rôle de Catherine Zeta-Jones – pourtant superbe -, un personnage mal exploité voire inutile dans ce récit pourtant bien ficelé qui perd en crédibilité. C’est dommage car Effets Secondaires est non seulement mis en scène par un cinéaste à la filmographie ouverte à tous les genres cinématographiques mais aussi conçu impeccablement. L’excellente bande son anxiogène de Thomas Newman et le rendu photographique de Peter Andrews, avec des teintes bleu-gris et des nuances de lumière, intensifient la confrontation entre Rooney Mara et Jude Law dans cette ambiance opaque, erratique et dépressive de ce thriller noir paranoïaque et cachetonné à haute dose.

 

 

 

EFFETS SECONDAIRES (Side Effects) de Steven Soderbergh en salles le 3 avril avec Rooney Mara, Channing Tatum, Jude Law et Catherine Zeta-Jones. Scénario : Scott Z. Burns. Producteurs : Lorenzo di Bonaventura, Gregory Jacobs, Scott Z. Burns. Photographie : Peter Andrews. Musique : Thomas Newma. Montage : Mary Ann Bernard. Décors : Howard Cummings. Costumes : Susan Lyall. Distribution : ARP Sélection. Durée : 1h46.

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