Synopsis : Quatre garçons du New Jersey, issus d’un milieu modeste, montent le groupe « The Four Seasons » qui deviendra mythique dans les années 60. Leurs épreuves et leurs triomphes sont ponctués par les tubes emblématiques de toute une génération qui sont repris aujourd’hui par les fans de la comédie musicale…

 

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Jersey Boys de Clint Eastwood - affiche

Jersey Boys de Clint Eastwood – affiche française

Voir Clint Eastwood se lancer dans un biopic musical n’a rien de surprenant. Le réalisateur d’Impitoyable et de Million Dollar Baby a bien poussé la chansonnette dans le très beau Honkytonk Man, et relaté le destin du saxophoniste Charlie Parker joué par Forest Whitaker dans l’excellent Bird. Dans Jersey Boys, la country et le jazz, qui lui sont chers, laissent place au son pop rock du groupe Four Seasons, connu pour ses succès dans les années 1960 avec des titres comme Big Girls Don’t Cry et Sherry. En filmant les traits encore juvéniles du quatuor italo-américain – Bob Gaudio, Frankie Valli, Tommy DeVito et Nick Massi (la star de 84 ans par ailleurs producteur du film) -, donne l’illusion d’un album de jeunesse. La facture classique de ce divertissement plaisant, teinté d’un voyage dans le passé, s’impose sagement de prime abord. Car le metteur en scène présente une adaptation colorée, adéquate à la comédie musicale du même nom créée en 2005. Le contraste avec le cadre très obscur de Million Dollar Baby ou J. EDGAR frappe d’emblée. Et les nombreux clins d’œil à l’univers de gangsters de Martin Scorsese font dès lors sourire comme Joe Pesci, patronyme que partagent le Tommy DeVito de Four Seasons et le personnage dans les Affranchis. Sans oublier les nombreux ‘fuck’ et l’excellent Vincent Piazza dans le rôle de Tommy, rendu célèbre par la série Boardwalk Empire, dont Scorsese est l’un des producteurs.

 

Erich Bergen, John Lloyd Young, Michael Lomenda, Vincent Piazza dans Jersey Boys de Clint Eastwood / Photo © Warner Bros.

Erich Bergen, John Lloyd Young, Michael Lomenda, Vincent Piazza dans Jersey Boys de Clint Eastwood / Photo © Warner Bros.

 

Cependant, Eastwood ne se contente pas de meubler son dernier-né de parenthèses cinéphiliques amusantes et de séquences de show musical récréatives. Il utilise ces références pour faire basculer Jersey Boys de l’autre côté de la pyramide, sur cette pente descendante inéluctable qui succède souvent à l’ascension venue trop tôt et trop vite dans la vie de jeunes artistes aux origines modestes. Face à leur destinée entre grandeur et décadence, semblable à celles des anti-héros de Martin Scorsese, les Four Seasons n’en deviennent pas moins des protagonistes eastwoodiens. S’ils brisent le quatrième mur en s’adressant aux spectateurs à l’instar, entre autres, du Henry Hill des Affranchis, c’est en vérité pour nous renvoyer à la légende de Clint Eastwood et à elle seule. Bien que tout démarre dès la fin des années 1950 – époque où débute l’histoire de ces Beatles new-yorkais -, tout est pourtant déjà fini puisqu’à tour de rôle, Tommy, Frankie, Bob et Nikki s’adressent à nous au passé. La jeunesse des visages s’associe ainsi au temps du récit et des vieux jours déjà annoncés par la présence de Christopher Walken, en patriarche mafieux mi-sage mi-ironique. Ce paradoxe offre autant de limites que de charme étrange à Jersey Boys, qui oscille entre lucidité et insolence sur le rêve américain.

 

Erich Bergen, John Lloyd Young, Michael Lomenda, Vincent Piazza dans Jersey Boys de Clint Eastwood / Photo © Warner Bros.

Erich Bergen, John Lloyd Young, Michael Lomenda, Vincent Piazza dans Jersey Boys de Clint Eastwood / Photo © Warner Bros.

 

En même temps qu’il conte le triomphe et la longue séparation du célèbre quatuor du New Jersey, Eastwood tend également son propre miroir, mettant en scène ses souvenirs. Bob (Erich Bergen) perd sa virginité dans une chambre d’hôtel où la série Rawhide, qui fit d’Eastwood une vedette à la même époque, est diffusée à la télévision. La virilité enfin révélée de Bob s’additionne à celle du grand Clint qui explosa durant ces mêmes années. Plus tard, ce sont les rides de l’acteur-réalisateur qui se devinent derrière le maquillage vieillissant de ses comédiens lorsque la bande se réunit le temps d’une soirée, au début des années 1990. Ce fut déjà le cas dans le moins réussi J. EDGAR, et cette autocitation récurrente risque probablement de desservir le spectacle. Derrière les lumières des projecteurs et les concerts évoqués, l’artiste se complairait-il finalement dans cette obsession de la vieillesse, comme le laisse penser cette scène où le leader et chanteur du groupe Frankie (formidable John Lloyd Young) parle à sa fille de ses erreurs et de ses absences sur fond de notes de piano ? L’instant, bien que touchant, distrait en rappelant Eastwood en cambrioleur repenti face à son enfant dans Les Pleins Pouvoirs ou en vieil entraîneur de boxe cherchant à corriger le sort avec une fille spirituelle dans Million Dollar Baby. Mais si l’ascension collective semble glisser vers la rétrospection personnelle, elle n’en est pas vaine pour autant. Le regard sans concession du cinéaste sur le show-business et ses rois déchus séduit, et sa proposition ne s’avère pas si simple. Dans un ultime tour de piste en bout de course, ce n’est pas tant sa mélancolie habituelle qui domine que l’importance de toujours s’amuser et de ne pas oublier. A chacun de ne retenir que la parenthèse désenchantée ou de donner vie aux images du passé.

 

 

 

  • JERSEY BOYS de Clint Eastwood en salles depuis le 18 juin 2014.
  • Casting : John Lloyd Young, Vincent Piazza, Erich Bergen, Christopher Walken, Michael Lomenda.
  • Scénario : Rick Elice, Marshall Brickman.
  • Producteurs : Tim Headington, Graham King, Robert Lorenz, Clint Eastwood.
  • Photographie : Tom Stern.
  • Directeur artistique : Patrick M. Sullivan Jr.
  • Montage : Joel Cox, Gary Roach.
  • Décors : Ronald R. Reiss.
  • Costumes : Deborah Hopper.
  • Distribution : Warner Bros.
  • Durée : 2h14.


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