Paradise Lost de Andrea Di Stefano: critique

Publié par Julie Braun le 4 novembre 2014

Synopsis : Nick pense avoir trouvé son paradis en rejoignant son frère en Colombie. Un lagon turquoise, une plage d’ivoire et des vagues parfaites ; un rêve pour ce jeune surfeur canadien. Il y rencontre Maria, une magnifique Colombienne. Ils tombent follement amoureux. Tout semble parfait… jusqu’à ce que Maria le présente à son oncle : un certain Pablo Escobar.

 

♥♥♥♥♥

 

Paradise Lost - affiche

Paradise Lost – affiche

Acteur à l’origine, Andrea Di Stefano nous livre aujourd’hui son premier long métrage avec Paradise Lost sur l’un des plus imposants barons de la drogue à la tête du cartel de Medellín. Comme ce sujet tourne dans les têtes de certains réalisateurs hollywoodiens depuis quelques années déjà sans jamais vraiment se concrétiser, le cinéaste italien en a fait usage pour faire son entrée. Prenant le parti d’un portrait ‘original’, Andrea Di Stefano nous montre ici un Pablo Escobar sans montagnes de cocaïne et sans véritable violence affichée. Et c’est sans doute là que pêche le récit, à la différence entre autres de Carlos d’Olivier Assayas qui avait su mêler avec brio, thriller tendu au cordeau et aspect documentaire. Di Stefano oriente davantage son personnage dans une mise en scène souvent trop subjective, édulcorée, voire même presque drôle. Et le rythme, qui devrait aller de pair avec la vie trépidante de ce parrain de la drogue, ne se perçoit dès lors qu’en filigrane. Paradise Lost raconte l’issue du règne de Pablo Escobar à la fin des années 80. Il est sur le point de se rendre au gouvernement mais avant de tirer sa révérence, il doit cacher le trésor amassé de ses trafics de drogue et demande alors de l’aide à ses ‘amis’. Dans ce rôle fondamental, le charismatique Benicio Del Toro – héros du Che de Steven Soderbergh – est plus menaçant que jamais. La peur reste sourde, les morts se succèdent mais aucune tuerie n’est filmée. Ce qui est dévoilé pourtant au fur et à mesure, c’est son modus operandi : il tue les personnes auxquelles il a donné toute sa confiance, celles qui sont le plus proches de lui. Et c’est le jeune surfeur canadien Nick, interprété de façon très juste et en retenue par Josh Hutcherson (Hunger Games), malheureusement amoureux de sa nièce, Maria, qui va en faire les frais, trempant malgré lui dans les affaires illégales de sa nouvelle famille.

 

Benicio Del Toro (Pablo Escobar) dans Paradise Lost de Andrea Di Stefano

Benicio Del Toro (Pablo Escobar) dans Paradise Lost de Andrea Di Stefano / Photo © Mika Cotellon

 

Car Paradise Lost est avant tout une histoire d’amour qui tourne mal dans une Colombie dont on ne voit au début que les abords paradisiaques : la mer, le surf, la plage, mais l’Enfer est tapi dans ce luxe et ce calme apparents. Ainsi dans une succession de séquences, Di Stefano installe le cadre et montre un pays en contradiction, entre cette vision idyllique de cartes postales et celle de la misère ambiante et de la violence extrême, dénotant ainsi toute la complexité de Pablo Escobar. Mais dans cette volonté de dresser les deux côtés du miroir de ce narcotrafiquant sanguinaire dans toute sa ‘vérité’, Paradise Lost devient intrinsèquement ce que l’on pressentait déjà : l’histoire d’un monstre, pas moins un homme très attaché à sa famille, qui s’en remet toujours à Dieu. En outre, le thriller s’ouvre et se referme sur l’image d’une vierge, car la religion est également omniprésente. Et si le FBI l’avait étiqueté tueur en série, Andrea Di Stefano y ajoute aujourd’hui l’épithète charmant. Sauf qu’au final Escobar est tellement ‘humain’ que l’ennui pointe l’horizon. Le tempo se perd et les moments de latence omettent de raconter sérieusement la psychologie des personnages et leur interaction.

 

Josh Hutcherson dans Paradise Lost de Andrea Di Stefano

Josh Hutcherson dans Paradise Lost de Andrea Di Stefano / © Mika Cotellon

 

Le plus intéressant finalement est la déconstruction de la temporalité dans la narration. Di Stefano nous entraîne dans un tourbillon de flashbacks et de flashforwards délicieusement maîtrisés et bien agencés. Si au départ les comédiens donnent l’impression de chercher leurs rôles, ils finissent par entrer de plain-pied dans la seconde moitié du récit bien plus prenant. C’est alors qu’on se réveille, comme sous l’effet d’un shoot. La caméra opère une accélération progressive mais certaine, redessinant les facettes d’une autre Colombie, celles de la corruption et des trafics, de la pauvreté et des espoirs déçus, dans des paysages de montagnes où l’on devine l’existence oppressée des cultivateurs. La photographie évolue également avec l’action. Si elle met en exergue de prime abord ces cercles mafieux, elle se recentre progressivement sur ce personnage, nous immergeant plus intimement dans ses émotions. Autre point fort, la bande originale de Max Richter, connu pour avoir signé entre autres celle de Shutter Island et de Valse avec Bachir, qui s’égrène au cours de l’intrigue pour assombrir l’atmosphère, sans jamais être envahissante. Si Di Stefano signe un premier long métrage avec des défauts certains, il réussit néanmoins le pari de montrer à la fois la quête et la perte d’un paradis pour les différents protagonistes…

 

Julie Braun

 

 

  • PARADISE LOST (Escobar: Paradise Lost) de Andrea Di Stefano en salles le 5 Novembre 2014
  • Avec : Benicio Del Toro, Josh Hutcherson, Claudia Traisac, Carlos Bardem, Ana Girardot, Laura Londono, Lauren Ziemski.
  • Scénario : Andrea Di Stefano et Francesca Marciano
  • Producteurs: Dimitri Rassam
  • Photographie: Luis Sansans
  • Compositeur: Max Richter
  • Montage: Maryline Monthieux
  • Décors : Carlos Conti
  • Costumes : Marylin Fitoussi
  • Distribution: Pathé Distribution
  • Durée: 1h54

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