Sortie DTV/ Tusk de Kevin Smith: critique

Publié par Arnold Petit le 18 mars 2015

Synopsis : Un célèbre podcaster américain, connu pour ses sujets farfelus, se rend au Canada pour interviewer un vieil homme totalement fasciné par les morses. Leur rencontre va très vite dégénérer…

 

♥♥♥♥♥

 

Tusk - jaquette

Tusk – jaquette

Pape du cinéma indépendant, Kevin Smith est l’un de ces réalisateurs dont on se réjouit de voir naître les projets, aussi farfelus soient-ils. Après s’être essayé à la satire religieuse et violente avec l’incroyable Red State, le cinéaste des bijoux comme Clerks ou Dogma revient aujourd’hui avec Tusk. Aussi surprenante que cruelle, cette dernière création improbable, vendue comme une comédie horrifique assez dérangeante, confirme un changement assez radical de ton. Généralement inclassable, il fût souvent considéré comme un habile faiseur de comédies empreintes d’un soupçon de drames et de délires. Les années Jay & Silent Bob, ses personnages créés, sont désormais bien loin, et Tusk le prouve en plaçant en avant une horreur lorgnant du côté du torture-porn grotesque façon The Human Centipede. Si le scénario de base promet un face à face dantesque entre Justin Long et Michael Parks, les événements s’enveniment bien vite au profit d’une révélation très surprenante à ne pas mettre entre toutes les mains. Le jeu des acteurs reste toutefois exceptionnel mais présente également des limites. Justin Long, souvent abonné aux rôles de bons gars, se glisse dans la peau – et la moustache – de l’idiot américain insensible, lâché en territoire canadien potache. Une facilité comique assez déconcertante dont on a pourtant vite fait le tour. Le numéro de flic de Guy Lapointe (Johnny Depp) a beau être tordant, il ne rattrape pas non plus la partie inquiétante et gore du récit, portée par l’impeccable Michael Parks. Nouvelle égérie de Smith depuis Red State, l’acteur endosse un rôle de psychopathe qui lui va un peu trop à ravir. Figure fétiche de Quentin Tarantino et de Robert Rodriguez, Parks incarne un personnage à sa folle démesure, qui a hélas aussi tendance à cloisonner le comédien, qui mérite probablement de plus grands éloges depuis longtemps.

 

Justin Long et Michael Parks dans Tusk de Kevin Smith

Justin Long et Michael Parks dans Tusk de Kevin Smith

 

Cependant, l’étonnant face à face qu’il se livre avec Justin Long fournit au spectateur un croustillant – néanmoins trop bref – dialogue de sourds entre deux générations azimutées, coincées entre les écrits fatalistes d’Hemingway et la fausse gouaille libertaire de l’ère d’Internet. Avec Tusk, Smith est loin de nous offrir un travail de tâcheron. L’emploi judicieux de la musique, des inserts et sa juste direction d’acteurs prouvent encore qu’il est un auteur consciencieux et sans aucune limite, comme en témoigne la crise de fou rire enregistrée dans le générique de fin où il raconte, hilare, la fin grotesque de son histoire improbable. Et c’est là que le bât blesse : le mélange des genres, si prisé ici, se déséquilibre. Il manque cruellement la patte inhérente de Smith avec son côté touchant et doux-amer. La thématique propre de son cinéma est celle des rapports humains, et plus volontiers de l’indécision amoureuse que l’on retrouve dans les couples dysfonctionnels de Méprise Multiple, Zack et Miri font un Porno ou des deux volets de Clerks. L’homme cherche dans son rapport à l’autre ses propres limites et constate son manque d’ouverture d’esprit en étant confronté à de dures réalités.

 

Haley Joel Osment et Genesis Rodriguez dans Tusk de Kevin Smith

Haley Joel Osment et Genesis Rodriguez dans Tusk de Kevin Smith

 

Dans Tusk, la seule réalité est celle de l’horreur indicible dont est capable l’être humain, partant cette fois-ci en quête de son animal intérieur. En l’occurrence, un morse. Toute la partie concernant la petite amie du héros kidnappé (la très belle Genesis Rodriguez) et de son meilleur ami (Haley Joel Osment, qui voit cette fois des « morses » partout après Le Sixième Sens), pourrait contenir plus de symbolisme smithiens qu’aucun des autres films de l’auteur. Mais son côté inclassable empêche une trop grande introspection et ne permet que de frôler la surface de ce qui fait le piquant ordinaire de sa filmographie. Pur délire, Tusk pourrait bien devenir une série b culte pour ses dix dernières folles minutes. Hélas, dans ce grand désordre, elle ne se hisse pas au rang des chefs-d’œuvre de ce créateur déjanté pourtant bien présent ici dans des myriades d’éléments distillés en filigrane…

 

 

DVD/ Les bonus offrent un contenu léger mais utile : commentaire éclairé de Kevin Smith, de vrais podcasts délirants enregistrés par les acteurs et quelques – passables – scènes additionnelles.

 

 

  • TUSK écrit et réalisé par Kevin Smith disponible uniquement en DVD/Blu-ray depuis le 11 mars 2015.
  • Avec : Justin Long, Michael Parks, Haley Joel Osment, Genesis Rodriguez, Johnny Depp, Harley Morenstein, Ralph Garman, Jennifer Schwalbach Smith…
  • Production : David S. Greathouse, William D. Johnson, Sam Englebardt, Shannon McIntosh
  • Photographie : James Laxton
  • Montage : Kevin Smith
  • Décors : Luci Wilson
  • Costumes : Maya Lieberman
  • Musique : Christopher Drake
  • Editeur vidéo : SPHE (Sony Pictures Home Entertainment)
  • Durée : 1h42

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