Good Kill de Andrew Niccol: critique

Publié par Arnold Petit le 16 avril 2015

Synopsis : Le Commandant Tommy Egan, pilote de chasse reconverti en pilote de drone, combat douze heures par jour les Talibans derrière sa télécommande, depuis sa base, à Las Vegas. De retour chez lui, il passe l’autre moitié de la journée à se quereller avec sa femme, Molly et ses enfants. Tommy remet cependant sa mission en question. Ne serait-il pas en train de générer davantage de terroristes qu’il n’en extermine ? L’histoire d’un soldat, une épopée lourde de conséquences.

 

♥♥♥♥

 

Good Kill - affiche

Good Kill – affiche

Basé sur des faits réels, Good Kill, présenté à la Mostra de Venise 2014, marque le retour du prodigieux Andrew Niccol derrière la caméra moins de deux ans après Les Ames Vagabondes, d’après le roman de Stéphanie Meyer (Twilight). Les critiques mitigées de ce dernier projet ont renforcé cette impression que le réalisateur néo-zélandais n’allait rester que l’homme d’un seul film : le fabuleux Bienvenue à Gattaca, fable de science-fiction culte qui l’a rendu célèbre. Si Good Kill se veut un projet plus sage qu’un film de guerre, il n’en reste pas moins qu’il peut se targuer d’être l’un de ses meilleurs exploits, avec Lord of War. Andrew Niccol écrit et met en scène ici une œuvre poignante, réaliste et engagée. Un drame post-11 septembre qui devrait entériner la douloureuse thématique des attentats terroristes et de la suprématie de l’armée américaine. Good Kill se veut aussi violent dans le propos que nihiliste dans son parti pris. Niccol filme sans complaisance des groupes de supposés Talibans pulvérisés à distance par des bombes américaines, pilotées depuis le palier d’une base au quotidien tranquille. À l’aide de pénibles – mais nécessaires – répétitions de bombardements en Afghanistan, ce drame de guerre confronte jusqu’à l’écœurement le spectateur dans ce qu’il voit, par le prisme de ce que vit chaque jour le personnage incarné par Ethan Hawke. Une analogie qui n’est pas sans rappeler celle que les médias actuels font avec les jeux vidéos, en particulier les licences de guerre comme Call of Duty ou Battlefield et qui sont en outre cités par le personnage joué par Bruce Greenwood. Belle – et peu fine – façon de faire du placement de produits à outrance pour des fabricants vidéoludiques.

 

Ethan Hawke et Bruce Greenwood dans Good Kill de Andrew Niccol

Ethan Hawke et Bruce Greenwood dans Good Kill de Andrew Niccol

 

Le récit peut sembler passif de prime abord, tant les évènements s’enchaînent avec un certain ennui, mais c’est sans compter sur la thématique du cloisonnement qui éloigne Good Kill d’une intrigue à tiroirs. La grammaire visuelle, dont fait preuve Niccol est l’une des fondamentales de son cinéma, atteint ici de vrais sommets. Du container dans lesquels travaillent les soldats, à la salle de bain dans laquelle s’enferme Ethan Hawke pour donner libre cours à son alcoolisme, jusqu’aux militaires butés dans leur certitude, le découpage narratif et visuel est un vrai jeu de poupées russes, fascinant à manipuler. Sans être une œuvre choc, les scènes difficiles ne manquent pas, comme le viol plusieurs fois subis par une jeune femme afghane, montrant par là-même l’impuissance des militaires à l’empêcher malgré leur force de frappe. Le jeu habité des acteurs rend le tout complètement crédible et tétanisant : Ethan Hawke prouve encore une fois qu’il est capable de tout jouer, Bruce Greenwood fait un mentor à plusieurs facettes très convaincant, et January Jones, sublimée par la caméra de Niccol, est authentique en jeune épouse esseulée dont la « cellule » familiale est sur le point d’éclater.

 

Ethan Hawke et January Jones dans Good Kill de Andrew Niccol

Ethan Hawke et January Jones dans Good Kill de Andrew Niccol

 

Traumatisé par sa terrifiante besogne, le personnage de Hawke fait exploser son quotidien privé pourtant idyllique. Il le démontre derrière une console, rêvant de prendre de nouveau son envol, loin de toute la violence désincarnée, portée par la voix de Langley, dirigeant de la CIA qui instaure une menace insidieuse et froide, comme dans certains films de Polanski. Good Kill pourrait être d’ailleurs la « cible » d’une certaine polémique par ce côté américain autocentré, écueil dommageable mais qui découle de la thématique centrale et paradoxale de l’histoire : l’éloignement géographique et l’enfermement sur soi. Drame psychologique sur le monde de la guerre, Good Kill prend ainsi à contrepied le thème du soldat traumatisé. Il permet à Andrew Niccol de manipuler sa caméra de manière sobre mais visionnaire pour livrer un portrait glaçant, moderne et cynique sur la guerre contre le terrorisme qui hante toujours notre quotidien.

 

 

 

  • GOOD KILL écrit et réalisé par Andrew Niccol en salles 22 Avril 2015
  • Avec : Ethan Hawke, Bruce Greenwood, January Jones,Zoé Kravitz, Jake Abel, Fatima El Bahraouy, El Khttabi Abdelouahab, Ryan Montano…
  • Production : Mark Amin, Nicolas Chartier, Zev Foreman
  • Photographie : Amir Mokri
  • Montage : Zack Staenberg
  • Décors : Wendy Ozols-Barnes, Rachid Quiat
  • Costumes : Lisa Jensen
  • Musique : Christophe Beck
  • Distribution : La Belle Company
  • Durée : 1h47


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