Alexandre Desplat à l’honneur à la Philharmonie de Paris

Publié par Jérôme Nicod le 21 décembre 2015
Alexandre Desplat - Philharmonie de Paris novembre 2015 / Photo Jérôme Nicod

Alexandre Desplat – Philharmonie de Paris novembre 2015 / Photo Jérôme Nicod

Dimanche 22 novembre 2015, en clôture des Audi Talents Awards, Alexandre Desplat a investi la nouvelle Philharmonie de Paris avec un concert d’une richesse émotionnelle inattendue. Parfois contestable sur le fond, la sélection a été sublime dans sa forme.

 

 

C’est une première pour le plus actif des compositeurs français du moment. Après Athènes, voici Alexandre Desplat à Philharmonie de Paris pour diriger le London Symphony Orchestra. Deux villes de cœur pour lui ; ses parents portent cette double origine. Étrange de voir ce héros très discret diriger un aussi grand orchestre dans une aussi grande salle. C’est dans le cadre des Audi Talents Awards, qui fait chaque année une place de choix à la musique de films, qu’est présentée la soirée. L’habituelle mais indispensable Isabelle Giordano a introduit la soirée avec classe, épreuve souvent tragique lorsqu’il convient de remercier un bataillon d’inconnus avant que le spectacle ne commence. Alexandre Desplat a su, au fil de la centaine de films auxquels il a contribué, se lier d’amitié professionnelle avec Jacques Audiard (6 films), Roman Polanski (3 films) ou encore Wes Anderson (3 films). Un joli palmarès dont l’éclectisme est à l’image de son compositeur, même s’il tombe parfois désormais dans la convenance hollywoodienne quant à la créativité de ses compositions ; il travaille trop.

 

 

UNE RÉPONSE MUSICALE À LA TRAGÉDIE DU BATACLAN

 

Philharmonie de Paris - Photo photo © William Beaucardet

Philharmonie de Paris – Photo photo © William Beaucardet

Neuf jours seulement après le drame du Bataclan, qui a endeuillé la France entière, la salle de 2400 places était pourtant quasiment pleine. Alexandre Desplat est monté sur scène, a murmuré un remerciement avant d’annoncer La Marseillaise. La salle, debout, a reçu l’hymne dans toute sa majesté, la force de sa symbolique et celle de son interprétation. En fond d’écran, les couleurs de la tour Eiffel ont drapé le ciel. Puis vint l’hymne de guerre Haka – dont la danse est reprise entre autres par les joueurs des All Blacks – en hommage à Jonah Lomu, décédé le 18 novembre. Tout en percussions, la force de ce thème, qui prépare les participants à la bataille, a galvanisé une salle acquise à une telle intensité émotionnelle.

 

La Philharmonie de Paris est située face à la Grande Halle de la Villette, à côté de la Cité de la Musique. Ce magnifique complexe culturel contemporain, imaginé par Jean Nouvel, est esthétiquement très audacieux : de l’extérieur, il ressemble un peu au crash de l’USS Enterprise de Star Trek. A l’intérieur, il parvient à être totalement aérien, avec des tons de bois qui ravissent le regard avant de séduire l’ouïe. L’acoustique est phénoménale, les instruments sont clairement identifiables. Les violons s’emportent et les grosses caisses vibrent. Un bonheur absolu.

 

 

DE NOMBREUX MOMENTS EXTRAORDINAIRES…

 

The Grand Budapest Hotel - affiche

The Grand Budapest Hotel – affiche

Le programme a permis de visiter l’univers de Desplat, par la grande porte, mais à travers un bien curieux choix de musiques et une gestion des images à l’écran sans grande recherche visuelle. Parmi les très bonnes idées, The Ghost Writer de Roman Polanski (2010),THE GRAND BUDAPEST HOTEL de Wes Anderson (notre critique) et La Jeune Fille à la Perle de Peter Webber (2003) : trois facettes du compositeur oscarisé. La première a démontré son aptitude aux thèmes forts et rythmés – et avec une telle acoustique, la suite était de circonstance. La seconde a apporté sa sensibilité italienne, faisant penser à Nicola Piovani. Et la dernière a prouvé sa capacité à accompagner une comédie dramatique avec panache et discrétion.

 

Un petit moment de magie nous a été offert avec Birth, un très beau film avec Nicole Kidman (2004), malheureusement indisponible en vidéo. Il s’agit de la première réalisation de Jonathan Glazer, derrière le grandiose Under The Skin, avec Scarlett Johansson (2013). C’est sans doute la première fois que Desplat se faisait remarquer internationalement. Les premières images de ce film, à travers la caméra mobile qui sillonne Central Park, accompagnent un morceau qui se démarquait savoureusement des musiques de films du moment.

 

 

… PARMI CERTAINS CHOIX PLUS DÉCEVANTS

 

Harry Potter et les Repliques de la Mort - affiche

Harry Potter et les Repliques de la Mort – affiche

Si l’intensité fut au rendez-vous, certaines propositions ont laissé dubitatifs, comme Godzilla de Gareth Edwards (2014) ou Harry Potter et les Répliques de la Mort – parties 1 et 2 (2010, 2011). Dans les deux cas, on peine à deviner le compositeur, noyé ici sous les clichés et le brouhaha mélodique. On aurait sans doute préféré entendre Otage de Florent Emilio-Siri (2005), un thriller avec Bruce Willis, certes très moyen, mais dans lequel Desplat répondait aux clichés de la musique d’ambiance par une belle personnalité orchestrale.

 

Ce fut loin d’être le cas avec Harry Potter. Désirant éviter l’ombre du thème de John Williams (compositeur du premier opus), il multiplie ici les directions comme le film accentue ses effets spéciaux ; l’ensemble est trop dense, riche, bruyant et présent. Cette sélection est davantage contestable lorsqu’on pense à ceux qui manquent, comme les deux premiers volets de Largo Winch de Jérôme Salle (2008, 2011) ou encore À la Croisée des Mondes : La Boussole d’Or de Chris Weitz (2007), magnifiques exemples d’accompagnement musical d’une superproduction. Rappelons néanmoins que dans le cas de Harry Potter, il faut aussi savoir séparer le succès public d’un film de la qualité de sa bande originale.

 

 

TOUT EN GÉNÉROSITÉ

 

À la direction d’orchestre, Alexandre Desplat s’investit sans compter. On devine qu’il cherche le respect de sa troupe, pourtant depuis longtemps obtenu. Les multiples rappels l’ont laissé déboussolé, incrédule, ne semblant plus savoir comment recevoir cette standing ovation. Une surprise non feinte qui le différencie des vieux routiers de la scène orchestrale, comme Ennio Morricone ou Vladimir Cosma. Pour remercier Roman Polanski, présent dans la salle, le premier rappel fut LA VÉNUS À LA FOURRURE (notre critique). Et en final, la musique de guerre de Godzilla, qui résonnait fortement avec ce mois de novembre tragique. Et pour prendre enfin congé, une pirouette verbale : « Il faut y aller, il y a école demain ». Une jolie touche de légèreté dans une époque trop brutale. Ce fut une très belle soirée.

 

 

PROGRAMME MUSICAL DE LA SOIRÉE

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Hors programme

  1. La Marseillaise
  2. Te Hina O Motu Haka Pahu

Première partie

  1. Un Héros très Discret (1996)
  2. La Jeune Fille à la Perle (2003)
  3. The Queen (2006)
  4. The Ghost Writer (2010)
  5. The Imitation Game (2014)
  6. The Grand Budapest Hotel (2014)

Deuxième partie

  1. Godzilla (2014)
  2. Le Discours d’un Roi (2010)
  3. Pelléas et Mélisande – Symphonie concertante pour flûte et orchestre (2ème mouvement) (2013)
  4. L’Etrange Histoire de Benjamin Button (2008)
  5. Birth (2004)
  6. Harry Potter et les Reliques de la Mort (2010)

 

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