The Danish Girl de Tom Hooper: critique

Publié par Laurianne de Casanove le 21 décembre 2015

Synopsis : À la fin des années 20 au Danemark, Einar Wegener est un peintre réputé à qui tout réussit. Il vit avec sa femme, Gerda, artiste elle aussi. Pour rendre service à cette dernière, il accepte un jour de poser vêtu de bas et de chaussons de danse. Mais le contact de la soie sur sa jambe est comme un électrochoc. Ce jour-là naît Lili, son alter ego féminin. Les deux amants s’en amusent d’abord. Einar se travestit et Gerda sourit. Mais peu à peu, le peintre se rend compte que Lili a toujours été là, tapie au fond de lui. Commence alors un long voyage qui fera d’Einar Wegener la première femme transgenre de l’histoire.

 

♥♥♥♥

 

Danish Girl - affiche

Danish Girl – affiche

The Danish Girl de Tom Hooper est le type d’œuvre dont les Oscars raffolent. Il y a d’abord l’incroyable performance d’Eddie Redmayne dans le rôle de Lili Elbe, première femme transsexuelle de l’histoire. Vient ensuite un réalisateur plusieurs fois récompensé (Le Discours d’un Roi) et surtout un sujet controversé, traité de façon suffisamment distanciée pour le rendre grand public. Or, ce côté hollywoodien, un peu lisse et brillant, est peut-être ici son principal défaut ; on ressent la peur de déplaire. Lorsqu’il évoque la transsexualité, Hooper reste un brin trop poli. Il n’a pas le culot d’un Xavier Dolan dans Laurence AnywaysThe Danish Girl se dévoile alors comme un mélodrame qui ne déroge pas aux règles du genre : respect du déroulement narratif, musique romantique, pathos et grandes scènes romanesques. Pourtant, si l’on parvient à dépasser ce vernis, on découvre une œuvre profondément sincère. Le récit s’inspire de la vie d’Einar Wegener, peintre danois des années 1920. Après avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle, il devient Lili Elbe et meurt à l’âge de 48 ans des suites d’une transplantation d’utérus. The Danish Girl choisit de conter ce fait réel sous l’angle de la romance, une façon de toucher un plus large public. Mais cette approche exige des compromis et l’intrigue se recentre progressivement sur Gerda (Alicia Vikander), la femme de Lili. En outre, comme le laisse entendre Hans (Mathias Shoenaerts), l’ami d’enfance d’Elbe, c’est elle la Danoise dont parle le titre.

 

The Danish Girl - Universal PicturesThe Danish Girl - Universal PicturesThe Danish Girl - Universal PicturesThe Danish Girl - Universal Pictures

 

Malgré ce choix de scénario, la mise en scène nous rappelle à chaque instant la métamorphose d’Einar. Elle le fait sans tomber dans le voyeurisme, et l’unique scène de nudité est entièrement justifiée. Car ici, tout est suggéré. Ainsi, l’identité floue du peintre est soulignée par la façon dont Redmayne est filmé. Tant qu’Einar/Lili ne sait pas qui il/elle est, son visage nous apparaît à moitié caché ; tantôt dissimulé derrière des tutus, tantôt déformé par le reflet d’une vitre sale ou d’un miroir usé. La photographie, très soignée, souligne elle aussi cette transformation. Si dans le premier acte, le choix des lumières donne à l’ensemble l’aspect d’un tableau de Vilhelm Hammershoi, autre peintre danois célèbre pour ses pièces presque vides et ses camaïeux de gris et de bruns, les couleurs se réchauffent par la suite. De ce point de vue, les costumes aussi ont leur importance. En tant qu’homme, Einar se vêt de manière stricte et sombre. Il évolue engoncé dans de hauts cols rigides. Devenu femme, sa garde robe s’éclaire et bouge, les écharpes s’envolent et le roux flamboyant de sa perruque illumine l’image.

 

Dans cette transformation, Eddie Redmayne joue une fois de plus les caméléons ; un talent qui lui a déjà valu un Oscar pour son interprétation de Stephen Hawking dans Une merveilleuse histoire du temps. Si son jeu est ici moins technique, il reste remarquablement subtil et précis. Face à lui, Alicia Vikander est aussi admirable en épouse délaissée qui doit renoncer au grand amour de sa vie. Au final, The Danish Girl, renforcé par la musique d’Alexandre Desplat, parle de courage. Mais bien plus encore qu’une qualité morale, ce courage est une sorte de panache. Si l’œuvre se révèle un peu conventionnelle, ce qu’elle dit ne l’est pas. Peu de grandes productions osent aborder de tels sujets et ouvrir ainsi la voie à plus de tolérance. Et s’il n’y avait qu’une seule raison d’aimer ce film, ce serait celle-là.

 

 

  • THE DANISH GIRL réalisé par Tom Hooper en salles le 20 janvier 2016.
  • Avec : Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Amber Heard, Mathias Schoenaerts, Ben Wishaw, Sebastian Koch, Russe Silberg, Adrian Schiller…
  • Scénario : Lucinda Coxon d’après l’œuvre de David Ebershoff
  • D’après l’oeuvre de : David Ebershoff
  • Production : Tim Bevan, Eric Fellner, Gail Mutrux, Anne Harrison, Tom Hooper
  • Photographie : Danny Cohen, Paul McGeachan, John Evans
  • Montage : Mélanie Oliver
  • Décors : Eve Stewart
  • Costumes : Paco Delgado
  • Musique : Alexandre Desplat
  • Distribution : Universal Pictures
  • Durée : 2h


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Source: CBO Box office

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