La Résurrection du Christ de Kevin Reynolds : critique

Publié par Antoine Gaudé le 4 mai 2016

Synopsis : Clavius, un puissant tribun militaire romain, et son aide de camp Lucius sont chargés de résoudre le mystère entourant ce qui est arrivé à un Hébreu nommé Yeshua après sa crucifixion. S’ils veulent empêcher une insurrection à Jérusalem, ils doivent à tout prix mettre fin aux rumeurs assurant qu’un messie est revenu d’entre les morts…

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La Resurrection du Christ - affiche

La Resurrection du Christ – affiche

La carrière de Kevin Reynolds à Hollywood n’a rien d’une sinécure. Après avoir été repéré par Steven Spielberg dans les années 1980 (Une bringue d’enfer), réalisé un film d’aventures rapidement devenu culte au début des années 1990 (Robin des bois, prince des voleurs), suivi de Waterworld, l’un des plus gros flops de l’histoire du cinéma, Reynolds n’a, depuis 2006 et l’indigent Tristan et Yseult, plus tourné le moindre long métrage, se contentant en 2012 de la série Hatfields and McCoys avec Kevin Costner et Bill Paxton. Car la confiance des producteurs envers ce cinéaste iconoclaste s’en est allée. Il incarne désormais l’archétype du cinéaste ambitieux et généreux qui, à la suite d’échecs commerciaux à répétition, s’est rapidement vu contraint de réaliser des films plus modestes, voire artistiquement douteux, et qui plus est, de plus en plus rares. Fasciné depuis toujours par les mythes, notamment littéraires — les légendes de Robin des bois et de Tristan et Yseult, Alexandre Dumas, la Bible –, Reynolds aurait sans doute bien aimé se comparer avec un Cecil B. DeMille. Bien que ses derniers budgets (20 millions de dollars pour ce film) aient été drastiquement réduits, Reynolds reste un excellent cinéaste capable, avec une trentaine de figurants, de tourner une scène d’action agréablement découpée et joliment chorégraphiée, comme cette scène d’ouverture de La Résurrection du Christ. Mais le plus surprenant ici, c’est qu’il ne s’agit pratiquement jamais d’un film d’action. Vendu par son studio comme un énième ersatz du péplum fantastique boosté à l’imagerie numérique, La Résurrection du Christ prend rapidement la tangente pour s’aventurer d’abord sur le terrain de l’enquête policière avant de bifurquer vers un cours de catéchisme édifiant et grandeur nature.

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Joseph Fiennes dans La résurrection du Christ de Kevin Reynolds

Joseph Fiennes dans La résurrection du Christ de Kevin Reynolds

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Ainsi, durant sa première partie construite autour de la chasse au Christ à la suite de sa résurrection, emmené par le tandem Sherlock-Clavius (Fiennes) et Watson-Lucius (Felton), le film est servi par une narration efficace. Reynolds choisit le point de vue d’un non-croyant qui rationalise tout ce qu’il peut, à l’image de la police scientifique. C’est donc d’une dialectique « foi et raison » qu’émerge le principal intérêt du récit, même si très vite Reynolds choisit (hélas) son camp, et délaisse progressivement ce personnage de guerrier ambitieux et matérialiste pour le faire renaître en tant que disciple du Christ. C’est là où le bât blesse. Si toutes les scènes d’investigation font preuves d’une avancée dramaturgique pertinente, les scènes censées évoquer des passages de la Bible abandonnent cette dialectique, préférant mettre en relief la toute-puissance de la révélation divine. Le personnage de Clavius ne s’interroge plus sur l’étrangeté ou la part de mystère qui émane de l’Être divin, mais le suit, tel un fanatique, en compagnie des autres apôtres ; le tout sans plus jamais remettre sa divine parole en question. Tout l’intérêt résidait pourtant dans ce point de vue quasi agnostique – en tant que soldat Clavius priait surtout le dieu Mars. Mais en choisissant la pause extatique devant cette présence divine (cf. le plan où Jésus dit au revoir aux disciples), Reynolds annihile les enjeux de sa première partie et termine son film « en roue libre », tentant maladroitement d’adapter certains passages du Texte sacré.

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La résurrection du Christ de Kevin Reynolds

La résurrection du Christ de Kevin Reynolds

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Ce ratage provient du fait qu’en compagnie des apôtres, dont certains sont dépeints comme de véritables ahuris (le pauvre Bartholomé), Clavius devient un suiveur, un simple observateur des puissances divines (la scène du lépreux). Alors que la relation avec le jeune disciple Lucius aurait dû permettre une extension de la dialectique, Reynolds renonce finalement à les faire s’affronter tant physiquement qu’idéologiquement, ce qui ne laisse que peu de doutes sur la position spirituelle du cinéaste. N’ayant ni la vision d’un John McTiernan ni l’écriture d’un Walter Hill, Reynolds ne parvient que rarement à atteindre les nuances, voire l’épaisseur humaine qu’il tente en vain de diffuser à travers une œuvre qui se veut essentiellement universaliste et bienveillante à l’égard des croyants. La première partie a beau donner le change au regard des anciennes adaptations christiques, le dernier acte approuve les croyants. À ce titre, notons que Reynolds coécrit ici le scénario, donc le choix d’une hagiographie en bonne et due forme du Christ est tout autant celui de la production que celui de Reynolds. Mais comment pouvait-il en être autrement à Hollywood ?

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Antoine Gaudé

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  • LA RÉSURRECTION DU CHRIST (Risen) de Kevin Reynolds en salles le 4 mai 2016.
  • Avec : Joseph Fiennes, Tom Felton, Peter Firth, Cliff Curtis, Maria Botto, Luis Callejo, Antonio Gil, Richard Atwill…
  • Scénario : Paul Aiello, Kevin Reynolds
  • Production : Patrick Aiello, Mickey Liddell, Pete Shilaimon
  • Photographie : Lorenzo Senatore
  • Montage : Steve Mirkovich
  • Décors : Stefano Maria Ortolani
  • Costumes : Maurizio Millenotti
  • Musique : Roque Banos
  • Distribution : Sony Pictures Releasing France
  • Durée : 1h42

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