Sortie DVD/ La colline a des yeux de Wes Craven : critique

Publié par Thierry Carteret le 3 décembre 2016

Synopsis : Originaire de l’Ohio, la famille Carter traverse les États-Unis en caravane pour se rendre à Los Angeles. Le père souhaite faire un détour par le désert du Nevada pour visiter une mine d’argent, sans savoir que celle-ci se situe au niveau d’une zone d’essai de l’aviation américaine. Les Carter sont bientôt victimes d’un accident et doivent se séparer pour aller chercher du secours. Mais ce qu’ils ignorent, c’est qu’une étrange famille de cannibales est en train de les espionner…

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La Colline a des yeux de Wes Craven - jaquette

La Colline a des yeux de Wes Craven – jaquette

La colline a des yeux, classique du cinéma d’horreur signé Wes Craven, revient dans les bacs pour son 40e anniversaire dans une édition collector HD restaurée en 4K, bardée de bonus et accompagnée du livre Wes Craven, le droit à l’horreur . La colline a des yeux bénéficie également d’une ressortie en salles depuis le 23 novembre distribué par Carlotta Films. L’éditeur Program Store a soigné son édition, et c’est un véritable plaisir de (re)voir dans de telles conditions le second long métrage du maître de l’horreur, hélas disparu le 30 août 2015. Lorsqu’il entreprend en 1976 le tournage dans le désert de la Californie et sous une chaleur accablante, Wes Craven n’a réalisé qu’un seul film, le sulfureux La dernière maison sur la gauche (1972) produit avec Sean S. Cunningham, le futur réalisateur de Vendredi 13. Associé cette fois au producteur Peter Locke, Wes Craven transforme ici l’essai. Le succès de La colline a des yeux fait en effet de lui l’un des maîtres incontestés du cinéma d’horreur américain. Pour bâtir son scénario, il s’est inspiré d’une légende écossaise du 16e siècle relatant l’histoire de Swaney Bean et son clan de troglodytes cannibales qui décimaient et tuaient les voyageurs de passage pour les voler et les dévorer. Avec ce postulat de départ historiquement « véridique » – quoique contesté par certains -, le réalisateur construit un survival contemporain terriblement oppressant et violent. Le récit se concentre sur une tranquille famille américaine de classe moyenne, les Carter (les parents Bob et Ethel, leur fils Bobby, leur jeune fille Brenda et sa grande sœur Lynn accompagnée de son mari Doug, avec leur bébé Katy et leur chien Beauty). Cette famille arpente le désert du Nouveau-Mexique à la recherche d’une mine d’argent et se retrouve vite traquée par une autre famille, cette fois composée de marginaux cannibales vivants comme à la préhistoire. À leur tête, le père Jupiter (James Whitworth) et sa femme Mama. Celui-ci est le résultat monstrueux des radiations nucléaires causées par les essais de l’armée américaine dans une zone désertique, inspirée de la fameuse Zone 51. Leur progéniture est tout aussi monstrueuse (leurs fils Pluton, Mars et Mercure ainsi que leur fille Ruby). Ils ont également un chien baptisé « La bête ».

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La Colline a des yeux de Wes Craven

La Colline a des yeux de Wes Craven

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On comprend vite que cette famille dégénérée et vivant dans l’isolement des codes de la société, selon leur propres rites, est une sorte de miroir déformé de l’autre famille américaine bien sous tout rapport. Plus qu’un simple film d’horreur, La colline a des yeux devient une réflexion sur la civilisation. Peu à peu, en quittant les frontières de la vie citadine, la famille Carter doit réapprendre à survivre selon le modèle de leurs assaillants, et finir par leur ressembler. Si les actes de ces barbares sont bien sûr immondes, ils sont le reflet des plus sombres instincts de l’homme. La famille civilisée détruit et abandonne ses biens matériels (caravane, voiture, etc) pour survivre face aux sauvages. Retour aux instincts primaires de l’humanité. On pense beaucoup à Massacre à la tronçonneuse. Wes Craven n’a d’ailleurs jamais caché son admiration pour le classique de Tobe Hooper, dont il réutilise ici les accessoires pour confectionner les vêtements en peau de bêtes et d’os de cette famille cannibale. La réalisation en 16mm possède également la même authenticité brute qui confère à cette œuvre, au petit budget de 300 000 dollars, un style quasi documentaire. Cet aspect accentue encore davantage l’impact des séquences gores et violentes.

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La Colline a des yeux de Wes Craven

La Colline a des yeux de Wes Craven

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À le revoir, La Colline a des yeux (interdit aux moins de 16 ans) reste encore traumatisant à bien des égards, comme la première attaque qui intervient après une astucieuse mise en place des membres de la famille civilisée. La menace reste alors invisible mais présente à travers la vision de jumelles (d’où son titre). L’ancien étudiant en lettres, Wes Craven, multiplie ici les références à la mythologie (les noms des planètes du système solaire pour la famille arriéré) et la peinture (référence au tableau de Goya « Saturne dévorant son enfant »). Le casting est aussi très marquant avec de vraies gueules, comme Michael Berryman (Vol au-dessus d’un nid de coucou, Une créature de rêve) dans le rôle de Pluton. Son visage étrange est pour beaucoup dans cette fascination ; on se souvient de l’affiche de l’époque. Et là où Hollywood aurait ajouté des maquillages pour ses monstres, Craven préfère le réalisme d’un Tod Browning (Freaks). La future Scream Queen Dee Wallace (Cujo, Hurlements, Alligator 2, E.T.), la vétérane Virginia Vincent (Je veux vivre !), les chevronnés Russ Grieve (Foxy Brown) et John Steadman (Gator) s’ajoutent à un casting d’inconnus, comme Martin Speer, Robert Houston ou encore Janus Blythe. La photographie granuleuse et très réaliste de Eric Saarinen, ainsi que la musique à l’atmosphère lourde et tribale de Don Peake, renforcent l’ensemble. La colline a des yeux reste toujours aussi crade et percutant quarante années après sa réalisation, même si Alexandre Aja réussit un excellent remake en 2006.

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La colline a des yeux - Collector 40e anniversaire

La colline a des yeux – Collector 40e anniversaire

DVD : La restauration 4K de ce Master est belle mais ne peut pas faire de miracles sur un matériel de tournage en 16mm. Reste donc du grain, des tremblements et quelques saletés, mais ils sont en cohérence avec le film. Le son s’en tire de la même façon, avec clarté mais sans effet surround. L’édition est très riche en suppléments. On commence avec une fin alternative inédite en HD, qui fait prendre la mesure du bon choix de montage final. On a droit également à trois commentaires audio passionnants : un premir de Wes Craven et du producteur Peter Locke, un autre des comédiens Michael Berryman, Janus Blythe, Susan Lanier et Martin Speer (40 ans après), et un dernier de l’auteur Mikel J. Coven, qui analyse le film tiré du fait divers. Le journaliste aux Cahiers du Cinéma Stéphane du Mesnildot propose lui aussi une analyse plutôt intéressante dans un entretien de 15 minutes. Le documentaire Wes Craven, grand réalisateur d’Hollywood livre un beau portrait du réalisateur. Un petit segment The Desert Sessions donne l’occasion d’une rencontre avec le compositeur Don Peake. Après un bêtisier, les coulisses du tournage, les bandes annonces et autres spots TV, un second Blu-ray (que nous n’avons pas eu entre les mains) offre un bonus de taille, avec La colline a des yeux 2 réalisée en 1985 toujours par Wes Craven. Cette suite très moyenne est proposée pour la première fois en HD. Le DVD propose également une interview avec le comédien Martin Speer, et un excellent documentaire qui retrace le tournage de La colline a des yeux, à l’aide d’entretiens récents et de documents d’archives. Sans doute l’un des suppléments les plus intéressant de l’édition. Enfin, le livre de 200 pages (que nous n’avons pas pu avoir) Wes Craven, le droit à l’horreur par le critique Marc Toullec complète habilement cette superbe et indispensable édition collector 40ème anniversaire.

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  • LA COLLINE A DES YEUX ( The Hills Have Eyes) écrit et réalisé par Wes Craven disponible en combo Blu-ray/DVD+Livre le 7 décembre 2016 en version restaurée 4K. Il est également ressorti en salles le 23 novembre.
  • Avec : Dee Wallace, Michael Berryman, Russ Grieve, Virginia Vincent, Martin Speer, Robert Houston, James Whitworth, John Steadman, Susan Lanier, Janus Blythe
  • Production : Peter Locke
  • Photographie : Eric Saarinen
  • Montage : Wes Craven
  • Décors : J. Larry Carroll
  • Costumes : Joanne Jaffe
  • Musique : Don Peake
  • Édition collector : Program Store
  • Distribution  ressortie : Carlotta Films
  • Tarif du combo Blu-ray/ DVD+Livre : 39,99 €
  • Durée : 1h29
  • Sortie initiale : 1977 (USA) – 20 juin 1979 (France)

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