Grand Froid de Gérard Pautonnier : critique

Publié par CineChronicle le 27 juin 2017

Synopsis : Dans une petite ville perdue au milieu de nulle part, le commerce de pompes funèbres d’Edmond Zweck bat de l’aile. L’entreprise ne compte plus que deux employés : Georges, le bras droit de Zweck, et Eddy, un jeune homme encore novice dans le métier. Un beau matin, pourtant, un mort pointe son nez. L’espoir renaît. Georges et Eddy sont chargés de mener le défunt jusqu’à sa dernière demeure. Mais, à la recherche du cimetière qui s’avère introuvable, le convoi funéraire s’égare et le voyage tourne au fiasco.

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Grand froid - affiche

Grand froid – affiche

Rire de la mort, tel le pari de Gérard Pautonnier pour son premier film. Après un second court-métrage multi-récompensé, l’Etourdissement (2015), le réalisateur réinvestit le thème de la mort et ses ressorts comiques avec un ton décalé et des dialogues affûtés, devenus sa marque de fabrique. Grand Froid, d’après le roman Edmond Ganglion et fils de Joël Egloff, également co-scénariste du film, s’inscrit à mi-chemin entre la comédie loufoque et le road-movie funeste et trouve sa singularité dans une atmosphère unique et un rythme lent, qui servent des échanges verbaux savoureux et teintés bien sûr d’humour noir. Le cœur de ce premier long-métrage se joue ainsi dans la rue principale d’une petite bourgade déserte, quelque part entre le nord et l’est, où seuls subsistent une concession de pompe funèbre et un restaurant asiatique un peu kitch du nom de Chinatown. Dans ce no man’s land où les quelques camions qui passent ne daignent pas s’arrêter, l’entreprise tenue par Edmond Zweck (Olivier Gourmet) éprouve bien des difficultés. Le commerce florissant d’antan a laissé place à la crise et une ambiance morne, à l’image du contexte alentour. Pendu à son téléphone dans l’attente d’une mort prochaine, ce propriétaire désabusé tue le temps en développant des méthodes commerciales douteuses avec l’aide de ses deux comparses, Georges (Jean-Pierre Bacri) et Eddy (Arthur Dupont). La rue, les salles d’attentes chez le médecin, deviennent lieu de toutes les curiosités, de l’action, et de l’espoir de voir la mort poindre, jusqu’au jour où le macchabée tant attendu arrive enfin. Mais sur la route qui les mène au cimetière, le cortège funéraire va perdre de vue la famille du défunt avant de s’égarer totalement, donnant lieu à de nombreux rebondissements.

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Grand Froid

Grand Froid

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Grand Froid séduit par son ton grinçant et ses audaces scénaristiques, qui rappellent à certains égards le cinéma belge par son caractère insolite et original, mais aussi les films de Gustave Kervern et Benoît Delépine ou encore des comédies comme Adieu Berthe de Bruno Podalydès. Mais sa grande force réside surtout dans sa galerie de personnages haut en couleur, portés par un trio de tête : Olivier Gourmet, dont on regrette néanmoins un surjeu inutile, en responsable aigri de la concession, Arthur Dupont (Eddy) en jeune premier naïf et tendre, ainsi que Jean-Pierre Bacri (Georges) en croque-mort passif, obsédé par la mort et l’image qu’il va laisser. Ce dernier est parfait dans le rôle de cet homme cynique au physique creusé qui souhaite s’offrir, avec sa femme, une imposante stèle funéraire pour que les gens se disent, « ce mec, c’était pas un tocard ». À travers eux, Gérard Pautonnier dresse ainsi le portrait d’hommes qui ne parviennent plus à faire face, ne savent plus appréhender le monde des vivants ; ils errent dans un entre-deux, attendant la mort qui pourra finalement les raviver. Le film traduit les éternels questionnements existentiels et métaphysiques qui agitent les êtres et décortique leurs angoisses avec dérision et non sans une certaine poésie.

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Grand Froid

Grand Froid

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Une fois les décors et les personnages posés, la seconde partie de Grand Froid prend alors la forme d’une fable surréaliste avec des scènes à huis clos qui font la part belle à des dialogues finement travaillés et à des situations cocasses. Les personnages secondaires s’avèrent tout aussi loufoques, à l’image de Sam Karmann en prêtre mielleux et hyper connecté ou Françoise Oriane, formidable en Madame Sisca. Gérard Pautonnier affiche sa maîtrise de la mise en scène offrant des plans léchés et un décor sans fard. Avec sa caméra, le réalisateur nous embarque ainsi dans les grandes plaines enneigées, au milieu des lacs gelés et du blizzard (notamment polonais, lieu de tournage) où le vide et l’espace font sens dans des plans graphiques et esthétiques. La rue principale nous transporte, elle, dans un western absurde, où les regards se croisent et les comiques de situation s’enchaînent, renforcés par une bande son aux accents blues. Hormis les quelques défauts, propres à un premier long qui pêche par son rythme inégal et son dénouement hâtif, Grand Froid est une oeuvre audacieuse qui rafraîchit les esprits dans le paysage cinématographique français.

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  • GRAND FROID de Gérard Pautonnier en salles le 28 juin 2017.
  • Avec : Jean-Pierre Bacri, Arthur Dupont, Olivier Gourmet, Féodor Atkine, Marie Berto, Philippe Duquesne, Sam Karman, Alix Bekaert, Wim Willaert, Simon André, Clara Bekaert, Françoise Oriane
  • Scénario : Gérard Pautonnier et Joël Egloff d’après son oeuvre
  • Production : Denis Carot
  • Photographie : Philippe Guibert, Zoé Vink
  • Montage : Nassim Gordji Tehrani
  • Décors : Katarzyna Filimoniuk
  • Costumes : Frédérique Leroy, Claudine Tychon
  • Musique : Christophe Julien
  • Distribution: Diaphana
  • Durée : 1h26

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