Livre/ Shining au miroir. Surinterprétations : critique

Publié par Jacques Demange le 20 juin 2017

Résumé : Shining est l’unique film d’horreur de Stanley Kubrick. Il aura d’abord déçu les amateurs et décontenancé la plupart des spectateurs puis bénéficié d’une progressive réévaluation jusqu’à devenir une référence majeure. Désorientant ses premiers commentateurs, sa sublime énigmaticité a suscité une puissante et longue vague proliférante d’interprétations, jusqu’aux plus délirantes. Parmi celles-ci deux ont acquis force d’évidence. Soit l’hôtel Overlook et son labyrinthe sont envisagés comme un lieu mythologique, voire métaphysique – la réplique d’un autre lieu cérébral et confiné : le vaisseau Discovery de 2001 : l’odyssée de l’espace. Soit l’hôtel Overlook, fondé sur un cimetière indien, est considéré comme un reflet des États-Unis. En s’appuyant sur une riche iconographie, il revient sur les conditions dans lesquelles certaines interprétations ont pu germer et convaincre, et comment d’autres, délirantes dans leur construction, s’ancrent dans le repérage de détails triviaux (des boîtes de conserve, une machine à écrire, un pull-over) qui finissent par devenir étranges à force de surdétermination. 

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Shining au miroir - couverture

Shining au miroir – couverture

L’œuvre de Stanley Kubrick est sans doute celle qui a suscité le plus grand nombre d’exégèses sérieuses. À l’inégalable ouvrage de synthèse de Michel Ciment (dont la dernière édition remonte à 2011 toujours chez Calmann-Lévy) ont, année après année, répondu différentes études souvent consacrées à un film en particulier. 2001, Eyes Wide Shut, et bien sûr Shining qui, à lui seul, rassemble plusieurs dizaines de textes critiques dont un certain nombre furent publiés dans les seules quinze dernières années. Si du côté français, certaines revues spécialisées veillent au grain (Positif en tête), force est de constater que les recherches anglo-saxonnes dominent largement (dernier exemple en date, l’excellent The Shining. Studies in the Horror Film dirigé par Danel Olson). L’ouvrage de Loig Le Bihan, maître de conférences en études cinématographiques à l’université Paul Valéry de Montpellier, se présente donc comme la première véritable synthèse consacrée au film en langue française. Une synthèse ouverte et plurielle comme le rappelle bien son titre : Shining au miroir et dont les multiples reflets ont déterminé la taille monumentale de l’entreprise. Savamment référencée, l’écriture de Le Bihan parcourt l’ensemble des facettes du film, de sa réception critique à ses prolongements interprétatifs en passant par les différentes étapes de sa création (production, écriture, réalisation). L’étude atteint donc la complétude escomptée. Caractère historique, sources génériques, analyse d’un motif, comparaison avec la mini-série créée par Stephen King, étude topographique et architecturale, tout y passe. L’attention au détail n’oublie jamais le retour à la vue d’ensemble, Le Bihan évitant habilement l’écueil de l’approche universitaire, qui sacrifie parfois la clarté au profit d’une exploration somatique, car par trop solipsiste. Mais à partir de l’exemple de Shining, l’auteur va plus loin encore. Progressivement, c’est en effet la question de l’œuvre qui entre en jeu, assortie du caractère pluriel de son appréhension. Où se situe l’auteur ? La consultation des archives permet à Le Bihan d’esquisser un retour sur la fameuse « méthode Kubrick » et, partant, d’en atténuer les a priori les plus tenaces. À l’image tant de fois décrite d’un réalisateur solitaire et despotique répond une personnalité sans doute démiurgique mais néanmoins ouverte au dialogue (que ce soit avec les techniciens ou les acteurs) et aux changements (en amont ou pendant la réalisation même du projet). La bibliographie clôturant l’ouvrage reflète tout autant l’érudition de l’auteur que la profondeur de son argumentaire. Articles, essais, entretiens, sites internet et documentaires consacrés à Shining ou à Kubrick, auxquels s’ajoutent un corpus civilisationnel, des contenus additionnels disponibles sur le site de l’éditeur, ainsi qu’une partie consacrée à la méthodologie critique dont Le Bihan est le talentueux tributaire. Ajoutons encore un mot sur l’excellent travail de la maison d’édition Rouge Profond qui, comme à son habitude, s’est employée à illustrer magnifiquement l’ouvrage. Le choix pertinent des images, couplée à une intelligente mise en page, balise le parcours du labyrinthe et entérine définitivement la réussite de cet écrit. 

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  • SHINING AU MIROIR. Surinterprétations par Loig Le Bihan disponible aux éditions Rouge Profond dans la Collection « Raccords », depuis le 15 juin 2017.
  • 400 pages
  • 26 €

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