Valérian et la Cité des Mille Planètes de Luc Besson : critique

Publié par Yvan Lozac'hmeur le 28 juillet 2017

Synopsis : Au 28ème siècle, Valérian et Laureline forment une équipe d’agents spatio-temporels chargés de maintenir l’ordre dans les territoires humains. Mandaté par le Ministre de la Défense, le duo part en mission sur l’extraordinaire cité intergalactique Alpha – une métropole en constante expansion où des espèces venues de l’univers tout entier ont convergé au fil des siècles pour partager leurs connaissances, leur savoir-faire et leur culture. Un mystère se cache au cœur d’Alpha, une force obscure qui menace l’existence paisible de la Cité des Mille Planètes. Valérian et Laureline vont devoir engager une course contre la montre pour identifier la terrible menace et sauvegarder non seulement Alpha, mais l’avenir de l’univers.

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Valerian - affiche

Valerian – affiche

Descendu par une partie de la presse, flop au box office américain, le Valérian de Besson ne remporte pas les suffrages. C’est pourtant une oeuvre qui mérite plus de considération, en dépit de ses nombreux défauts. La série de bandes dessinées de science-fiction de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières est devenue emblématique et populaire dans les années 1970, considérée comme l’un des grands classiques du neuvième art. C’était donc avec une certaine excitation mêlée à une appréhension que l’on attendait l’adaptation des aventures de ces deux agents spatio-temporels sur grand écran. Avec Valérian et la Cité des Mille Planètes, Luc Besson renoue avec le space opéra après le Cinquième Élément tout en réalisant un projet intime. Les bandes dessinées de Valérian et Laureline, vendues à plus de 2 500 000 exemplaires, ont en effet accompagné son enfance et son adolescence, prenant une grande place dans la construction de son imaginaire. Le cinéaste leur rend ici un hommage plutôt fidèle se dotant du budget le plus imposant du cinéma européen jamais rassemblé (près de 200 millions d’euros). Le rendu se révèle aussi bigarré que les travaux originaux de la coloriste Evelyne Tranlé. L’aventure débute avec un générique d’ouverture remarquable dévoilant la construction progressive de l’ISS au fil des années, pour devenir une titanesque station aussi imposante que la Lune tandis que les rencontres extra-terrestres autour d’elle se multiplient. Cette ouverture, emmenée par la chanson mythique de David Bowie, Space Oddity, nous plonge rapidement dans une rêverie en apesanteur. Valérian, jeune soldat du XXVIIIe siècle au service de Galaxity, et Laureline, sa compagne et coéquipière intrépide, nous embarquent alors dans une épopée dépaysante dont les multiples décors sont visuellement réussis, comme Mülh qui scintille à l’écran avec ses habitants aux airs de Na’vis de James Cameron. Car Besson retient finalement, de cette vingtaine d’albums parus, l’abondante exobiologie spatiale tout en rajeunissant ces deux personnages humains mythiques.

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Valerian

Valerian

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Dane DeHaan et Cara Delevingne parviennent à trouver une bonne synergie au regard de leur alter ego d’encre et de papier, même si leur relation manque de conviction. Quant au reste du casting, Besson convie pléthore de stars et d’amis proches, comme Louis Leterrier, Rutger Hauer, Alain Chabat, Xavier Giannoli, Sam Spruell, Benoît Jacquot ou encore Ethan Hawke et même Rihanna, qui offre ici une prestation honorable. Mais ce n’est rien comparé au bestiaire foisonnant de plus de mille espèces extraterrestres plus ou moins intelligentes, qui prennent vie en 3D dans l’Alpha, cette Cité des mille planètes qui « accepte l’altérité », comme l’a toujours formulé le co-créateur Pierre Christin. Dans cette aventure interplanétaire, Besson propose en outre des éléments narratifs intéressants et novateurs, comme la séquence du Big Market, rempli de boutiques situées en plein désert, qui dévoile l’utilisation que le futur aurait trouvée à la réalité virtuelle.

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L’esthétique bessonnienne reste d’ailleurs intacte et les clins d’œil au Cinquième Élément sont légion. Rappelons que le dessinateur Jean-Claude Mézières avait déjà travaillé sur le film de 1997. Mais si le réalisateur puise dans son univers graphique, dans cette avalanche d’effets spéciaux et numériques, on retrouve aussi beaucoup d’Avatar, de Star Wars ou encore des Gardiens de la Galaxie, sans réellement trahir la bande dessinée. Tout comme l’humour particulier de sa filmographie, porté tour à tour par certains de ses personnages populaires, comme Korben Dallas, Enzo Molinari ou encore le commissaire Gibert, et que Valérian et Laureline se réapproprient ici, sans vraiment trop de choix. Son style marqué se prête donc à l’esprit pulp jubilatoire dont a hérité la BD de Christin et Mézières, entre exotisme, aventure dantesque, humour potache et héros tout puissants. La composition d’Alexandre Desplat reste sans doute trop discrète, accompagnant malgré tout les multiples sauts d’un monde à un autre au gré des péripéties. Mais le récit héroïque de Valérian pêche véritablement par manque d’enjeux ; l’antagoniste incarné par Clive Owen est dénué d’envergure. Les intentions malveillantes de ce personnage sont trop vite dévoilées et sa vilénie trop peu exposée pour fonctionner correctement. Valérian et Laureline nous transportent certes dans un univers plaisant et esthétiquement soigné, mais qui peut aussi parfois frôler le kitsch. Si leur aventure manque de suspense, elle survole surtout la force des thèmes explorés dans les cases des albums des créateurs.

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Néanmoins,  Valérian et la Cité des Mille Planètes reste une évasion attrayante, issue de cet imaginaire collectif créé il y a cinquante ans, qu’aucun autre réalisateur français n’a encore offert dans le cinéma tricolore. Et c’est important de le souligner.

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  • VALÉRIAN ET LA CITÉ DES MILLE PLANÈTES (Valerian and the City of a Thousand Planets) réalisé par Luc Besson en salles le 26 juillet 2017.
  • Avec : Dane DeHaan, Cara Delevingne, Clive Owen, Rihanna, Ethan Hawke, Kris Wu, Sam Spruell, Alain Chabat…
  • Scénario : Luc Besson d’après la bande dessinée de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières
  • Production : Virginie Besson-Silla
  • Photographie : Thierry Arbogast
  • Montage : Julien Rey
  • Décors : Hugues Tissandier
  • Costumes : Olivier Bériot
  • Musique : Alexandre Desplat
  • Distribution : EuropaCorp
  • Durée : 2h18

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