Atomic Blonde de David Leitch : critique

Publié par Camille Carlier le 15 août 2017

Synopsis : L’agent Lorraine Broughton est une des meilleures espionne du Service de renseignement de Sa Majesté ; à la fois sensuelle et sauvage et prête à déployer toutes ses compétences pour rester en vie durant sa mission impossible. Envoyée seule à Berlin dans le but de livrer un dossier de la plus haute importance dans cette ville au climat instable, elle s’associe avec David Percival, le chef de station local, et commence alors un jeu d’espions des plus meurtriers.

 

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Atomic Blonde - affiche

Atomic Blonde – affiche

Bien que le titre puisse faire douter du sérieux et du talent de l’agent Lorraine Broughton, réduisant aux premiers abords la force du personnage et sa signification, Atomic Blonde tient ses promesses. Celles d’exploser en vol les acquis et l’apparente main basse sur le genre d’espionnage par le masculin, montrant et démontrant tout à fait qu’une femme peut s’occuper de la sauvegarde des relations diplomatiques par la discussion et par les poings. Le tout, sans être seulement dans l’adaptation d’un rôle au sexe opposé mais en lui inventant également ses propres codes. Adapté de la bande dessinée The Coldest City de Sam Hart et Antony Johnston – qui est producteur exécutif –, le nouveau long-métrage de David Leitch est un film d’action nerveux et enivrant, mené par une Charlize Theron en pleine forme. L’action se déroule principalement à Berlin en 1989 à quelques jours de la chute historique du Mur. L’ambiance est pesante, festive, froide et intrigante devant l’imminence de ce qui est sur le point de se produire. Nous nous y retrouvons plongés par le biais d’un flashback (dont l’utilisation est discutable), amené par le rapport de mission de l’agent du MI6 Lorraine Broughton. Suit alors une histoire d’espionnage somme toute classique, qui réserve rebondissements et retournements de situations plutôt prévisibles. Bien que le réalisateur et le scénariste aient tenté d’en faire un méli-mélo suspicieux qui invite le spectateur à réfléchir, l’impact d’Atomic Blonde est surtout visuel. Par la photographie de Jonathan Sela qui, dans le respect de l’esthétique comic, propose des tons froids au fort contraste et aux couleurs vives très eighties mais encore et surtout par ses scènes d’action.

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Atomic Blonde

Atomic Blonde

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David Leitch est un ancien cascadeur –il a été la doublure de Brad Pitt dans Mr and Mrs Smith – et coordinateur de scènes d’action ayant travaillé sur des films comme Hitman, Jason Bourne ou encore Deadpool 2 actuellement en tournage. À ce sujet, l’homme fait montre d’une compréhension de l’espace, d’une analyse pointue de la mouvance de ses personnages et de ce que celle-ci peut trahir. Les scènes de combat deviennent de véritable échanges où le personnage principal, apparu depuis le début impénétrable se révèle. On retient un plan-séquence de neuf minutes impressionnant qui démarre dans une cage d’escalier pour se poursuivre dans les décors étroit d’un appartement où 87EleventAction, le studio de Leitch, a chorégraphié de vraies bagarres jouissives et très graphiques, sans jamais faire l’impasse sur une technique irréprochable. On sent le plaisir de réalisation qu’a eu Leitch dans cette recherche du combat unisexe, sans ménagement pour son héroïne. Le résultat est concluant. Rien n’est épargné à Theron qui n’a pas eu recours à une doublure pour les scènes d’affrontement.

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Atomic BlondeAtomic Blonde

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Atomic Blonde interpelle visuellement, à l’instar de celle qui le mène, Lorrain Broughton.  Invulnérable, calme et impassible, on peine à déceler une émotion derrière le masque que Charlize Theron arbore tout du long. Les seuls moments de libération sont ceux qu’elle passe en compagnie de son amante Delphine Lasalle (touchante et juste Sofia Boutella) ou lorsqu’elle cauchemarde. Dans un contrôle parfait de ses émotions – que peut-être on associe au deuil de son ex-compagnon – Lorraine paraît presque irréelle. Perchée sur ses talons aiguilles ou en cuissardes, elle est présentée comme un alliage de dureté et d’adaptabilité féline à son environnement. Capable de la pire des violences mais également d’une approche subtile et velours, elle est toujours esthétiquement en contraste avec son environnement, blonde dans des ambiances bleutées, brune dans les tons chauds d’un salon parisien. La première fois qu’elle nous apparaît, c’est sortie d’une baignoire de glaçons, le corps meurtri et bleu des coups reçus, sifflant un verre de vodka cul sec. Une hygiène qu’elle répète tout du long, peignant un peu plus son portrait. Certes, Theron est d’une beauté qui n’est plus à prouver, mais loin de s’en satisfaire, l’actrice oscarisée en 2004 pour Monster, s’amuse à casser cette image. C’est donc une approche agréable que celle de proposer un film d’action habité par une femme qui se retrouve confrontée aux mêmes obstacles que la gent masculine, sans que le réalisateur cherche à expliquer ou justifier les compétences de son héroïne.

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La bande-son, soigneusement choisie au moment de l’écriture, finit d’emballer le tout et de nous plonger dans l’ambiance des fêtes berlinoises, dans tout ce qu’elles ont pu avoir de délicieusement excessives. Loin de proposer une révision historique, Leitch reste subtile quant au traitement de la temporalité. Les évènements d’une violence inouïe et le tragique dans lequel se plongent les personnages s’opposent aux scènes de liesse qui embrasent Berlin à la chute du Mur, renforçant la dramaturgie. On regrette tout de même un James McAvoy qui semble fatigué et des éléments maladroits comme le ton faussement décalé qui, on l’imagine, a tenté d’ajouter l’humour un peu trash qui fonctionne actuellement, à l’image de nombreuses production Rated-R.

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  • ATOMIC BLONDE
  • Sortie salles : 16 août 2017
  • Réalisation : David Leitch
  • Avec : Charlize Theron, James McAvoy, Sofia Boutella, John Goodman, Eddie Marsan, Toby Jones, Bill Skarsgård, James Faulkner, Roland Møller, Daniel Bernhardt…
  • Scénario : Kurt Johnstad, d’après l’oeuvre de Antony Johnston, Sam Hart
  • Production : A. J. Dix, Eric Gitter, Charlize Theron, Peter Schwerin, Kelly McCormick
  • Photographie : Jonathan Sela
  • Montage : Elisabet Ronaldsdottir
  • Décors : David Scheunemann
  • Costumes : Cindy Evans
  • Musique : Tyler Bates
  • Distribution : Universal Pictures
  • Durée : 1h51
  • Site officiel du film

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