The Party de Sally Potter : critique

Publié par CineChronicle le 12 septembre 2017

Synopsis : Janet vient d’être nommée ministre de la santé, l’aboutissement de toute une carrière. Elle réunit avec son époux Bill quelques amis proches. Mais la fête prend un tournant inattendu.

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The Party de Sally Potter - affiche

The Party de Sally Potter – affiche

Révélée en 1992 avec son Orlando, l’adaptation audacieuse du roman éponyme de Virginia Woolf, ou encore Yes (2004) et Ginger & Rosa (2013), Sally Potter se démarque par la singularité de sa filmographie, tant dans sa forme innovante que par son traitement de sujets épineux. The party, son septième long métrage, ne semble donc pas échapper à la règle. Ce huis clos filmé en noir et blanc, présenté au 67e Festival de Berlin, est un savant mélange des genres, oscillant entre drame, farce et comédie de mœurs grinçante, où la mise en scène se met au service de dialogues savoureux et piquants. Janet (Kristin Scott Thomas) vient d’être nommée ministre de la santé. Pour célébrer l’aboutissement de toute une carrière et de ces années de labeur, elle réunit son groupe d’amis proches dans sa charmante demeure londonienne. Sont conviés l’éternelle pessimiste April (Patricia Clarkson) et son compagnon et naturopathe allemand Gottfried (Bruno Ganz), l’universitaire et vétérane féministe Martha (Cherry Jones), et sa compagne Jinny (Emily Mortimer) enceinte de triplés, ainsi que Tom (Cillian Murphy), un financier de la City marié à la fidèle assistante de Janet, Marianne, qu’on ne verra jamais. Tour à tour, chacun se surpasse dans les discours ampoulés et les félicitations de circonstance, à l’inverse du mari de l’intéressée, Bill (Timoty Spall), qui ne semble pas au mieux de sa forme, à l’annonce de la nouvelle, enchaînant les verres aussi vite qu’il change de disque sur son gramophone. Ce mutisme plombant et une annonce dramatique vont alors briser les non-dits et les faux-semblants et révéler les viles tromperies, plongeant la maisonnée dans le chaos.

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The PartyThe Party

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Dans la lignée des classiques du genre, Qui a peur de Virginia Woolf ou encore Festen, tous les personnages arborent ici une face sombre, un secret bien enfoui que les circonstances extrêmes vont faire ressurgir, jusqu’à briser leur complaisance et leur côté policé dans un final ubuesque. Dans un cadre propice au confinement et à l’escalade des tensions, les personnages s’affrontent alors dans des dialogues crus où les mots acérés et les punchlines s’enchaînent comme autant de coups de poing portés au visage de son adversaire.

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Entre règlements de compte et joutes verbales, The Party sonne comme une métaphore de l’Angleterre d’aujourd’hui et de ses tourments. La réalisatrice annonçait ainsi, avec une prescience troublante, le Brexit, dont le vote, arrivé en plein tournage, a donné une toute autre portée au message du film lors de sa présentation à la Berlinale, en février dernier. La galerie de personnages, comme autant d’archétypes, traduit le basculement qui s’opère lorsque cette part de la société, intellectuelle et bourgeoise, moralement de gauche et bien pensante, perd le contact avec ses principes. En filigrane, le film évoque la crise du système de Sécurité sociale, le désintérêt de la population face à un système démocratique qui a déçu, l’émergence d’une presse tapageuse et la prolifération d’un néo-féminisme qui a bon dos. Vrai parti pris original du film, il soulève également la question de la répartition et de la place des genres. Ici, les femmes sont des personnages forts, symboles de réussite et dominent les échanges, tandis que les hommes, plus instables et en proie au doute, semblent avoir pris un train de retard. Loin de se cantonner à une satire, portrait d’une Angleterre fracturée, The Party offre donc d’autres nuances. On regrette cependant que les multiples thématiques qu’il aborde ne soient réduits qu’à une succession de diatribes violentes qui restent en surface.

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The PartyThe Party

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Le format du huis clos est quant à lui parfaitement maîtrisé. Sally Potter s’amuse de l’unité de temps et de lieu et nous embarque avec sa caméra dans un ballet entre les pièces de la maison, qui apparaissent comme autant d’actes d’une farce tragique. Les acteurs, jouent leur partition et se fondent dans la sobriété des décors et d’une mise en scène qui se met au service de la narration. La très belle photographie en noir et blanc d’Alexey Radionov et les gros plans face caméra permettent  quant à eux de capter plus avant les émotions, expressions et tourments qui traversent les visages des protagonistes, dont les masques tombent à mesure que la tension monte et que les vérités ressortent. Enfin la musique apparaît comme le huitième personnage de ce film, qu’il participe à rythmer par ses notes entre blues, jazz et reggae. Côté casting, le panel de stars offert par Potter n’a pas failli à sa réputation, avec une mention spéciale à Patricia Clarkson dont les attaques piquantes envers Bruno Ganz sont d’un cynisme savoureux.

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Pastiche ou huis clos intelligent ? On ne saurait trancher. Quoiqu’il en soit, The Party reste d’un intérêt certain par la réflexion qu’il induit et le portrait qu’il dresse de la société britannique actuelle.

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Juliette Hay

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  • THE PARTY
  • Sortie salles : 13 septembre 2017
  • Réalisation et scénario : Sally Potter
  • Avec : Kristin Scott Thomas, Timothy Spall, Patricia Clarkson, Bruno Ganz, Cherry Jones, Emily Mortimer, Cillian Murphy
  • Production: Christopher Sheppard, Kurban Kassam
  • Photographie : Alexey Rodionov
  • Montage : Anders Refn, Emily Orsini
  • Décors : Carlos Conti
  • Distribution: Eurozoom
  • Durée : 1h11

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