Borg/McEnroe de Janus Metz : critique

Publié par Erwin Haye le 5 novembre 2017

Synopsis : Tournoi de Wimbledon 1980. Björn Borg et son principal rival, le jeune et talentueux John McEnroe, s’affrontent lors d’un duel légendaire en finale de la compétition. Borg/McEnroe est l’histoire de deux hommes entrés dans la légende du tennis mais aussi du prix qu’ils ont eu à payer pour y parvenir.

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Borg McEnroe de Janus Metz - affiche

Borg/McEnroe de Janus Metz – affiche

Que ce soit sur le ring de boxe entre Joe Frazier et Muhammad Ali, sur les pistes de Formule 1 entre Alain Prost et Ayrton Senna ou sur les routes du Tour de France entre Jacques Anquetil et Raymond Poulidor, la discipline sportive sort toujours victorieuse des rivalités légendaires. Celle entre Björn Borg et John McEnroe sur les cours de tennis ne déroge pas à la règle. L’opposition de « Iceborg » contre « Superbrat » a atteint son apogée dans l’atmosphère pesante d’un 5 juillet 1980 où le feu a littéralement rencontré la glace sur la terre sacrée de Wimbledon. Les « quatre éléments » réunis dans une finale d’anthologie feront définitivement entrer le tennis dans son ère moderne. Documentariste de formation passé par la réalisation d’un épisode de la série True Detective, Janus Metz s’essaie, pour son premier long métrage de fiction, au biopic sportif, exercice ô combien périlleux qui présente de nombreux écueils. Pourtant, en qualité de challenger de la catégorie, le cinéaste danois balaie d’un revers les a priori et s’impose dès les premières minutes en offrant une prestation de qualité. Car plus qu’une redite d’une finale mythique, Borg/McEnroe est avant tout une introspection dans la dure réalité du sport de haut niveau, où la célébrité et les constructions médiatiques diverses forcent au repli sur soi. Caméra à l’épaule, Janus Metz donne à voir un duel qui se joue autant sur le terrain que dans l’intimité de chambres d’hôtel transfigurées, l’espace d’un tournoi, en forteresses de solitude assiégées par le doute.

 

Sverrir Gudnason - Bjorn Borg

Sverrir Gudnason – Bjorn Borg

 

Ce présent oppressant est rattrapé par des passés tout aussi pesants. Propulsé précocement dans le circuit professionnel d’un sport qui commence à starifier ses plus jeunes athlètes, le jeune Borg montre une agressivité inattendue, à mille lieues du personnage au tempérament calme et imperturbable dans lequel il s’est enfermé tout au long sa carrière. Ces perpétuels retours dans son enfance perturbée dévoilent la partie immergée de l’« Iceborg » et démontrent qu’il est au final fait du même bois que son éternel rival. Un montage parallèle pertinent pourtant trop à l’avantage du joueur suédois.

 

Cantonné à une image simpliste d’adolescent rebelle, son comparse américain manque parfois d’égard et de profondeur, créant un sentiment de déséquilibre dans l’opposition. L’acteur qui incarne l’illustre gaucher arrive néanmoins à le magnifier. Écorché vif à la ville comme à la scène, Shia Labeouf s’avère être un choix des plus judicieux. En épurant son jeu de toute caricature et grandiloquence, il tient ici son rôle le plus intéressant depuis longtemps. Sverrir Gudnason a de son côté le précieux atout d’avoir une ressemblance troublante avec le champion suédois, ce qui n’enlève rien à la qualité de son interprétation mais qui lui assure une certaine crédibilité dans son incarnation.

 

Shia LaBeouf - John McEnroe

Shia LaBeouf – John McEnroe

 

Si le grand amateur de tennis pinaille toujours sur des détails et des imprécisions allant jusqu’au type de cordage des raquettes, le profane, lui, est transporté par la méticulosité des costumes et des décors dans les travées du Centre Court à une époque où les cheveux longs et les shorts étaient de rigueur. Quelques années après ce jour de juillet 1980, John McEnroe aurait prétendu que des gens l’ont vu détrôner le demi-dieu suédois. Dans Borg/McEnroe, jamais il n’a été aussi proche de triompher. On se surprend d’ailleurs à penser naïvement que l’Américain finira par l’emporter.

 

En analysant le passé de ces deux joueurs, le film de Janus Metz ne nous présente pas le combat du feu contre la glace mais bien celui de deux puissants volcans, l’un en perpétuelle éruption, l’autre d’apparence endormie prêt à exploser. Cela pourrait paraître insensé de captiver pendant près de deux heures des spectateurs censés connaître l’issue de ce match de légende. Et pourtant, de par son caractère immersif et son regard profondément intimiste, Borg/McEnroe passionne et ferait presque  lever les foules dans la salle de cinéma.

 

 

 

  • BORG/McENROE
  • Sortie salles : 8 novembre 2017
  • Réalisation : Janus Metz
  • Avec : Shia LaBeouf, Sverrir Gudnason, Stellan Skarsgård, Tuva Novotny Mariana, Ian Blackman, Robert Emms, Scott Arthur, David Bamber, Janis Ahern, Jane Perry…
  • Scénario : Ronnie Sandahl
  • Production : Jon Nohrstedt, Fredrik Wikström
  • Photographie : Niels Thastum
  • Montage : Per Sandholdt, Per K. Kirkegaard
  • Décors : Lina Nordqvist
  • Costumes : Kicki Ilander
  • Musique : Jonas Struck, Vladislav Delay, Jon Ekstrand, Carl-Johan Sevedag
  • Distribution : Pretty Pictures
  • Durée : 1h48

 

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Source: CBO Box office

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