Ressortie / Festen de Thomas Vinterberg : critique

Publié par CineChronicle le 12 novembre 2018

Synopsis: Toute la famille Klingenfelt a été réunie dans une grande maison pour le soixantième anniversaire de Helge, le patriarche. Au cours du dîner, le fils aîné, Christian, est invité à dire quelques mots…

♥♥♥♥♥

 

Festen - affiche

Festen – affiche

“Familles ! Je vous hais !” écrivait André Gide. Qui ne s’est pas déjà senti mal à l’aise lors d’un repas de famille, dégoûté par les hypocrisies, les non-dits, les mesquineries ? Festen propose au spectateur de retrouver une telle situation. Mais multipliée par cent et éprouvante comme un train fantôme. Dès les premiers plans, Festen désarçonne. le protagoniste, Christian (Ulrich Thomsen), déambule sur la route, portable à l’oreille, avant que son frère Michael (Thomas Bo Larsen) ne le récupère en voiture. L’image a le même grain que les caméscopes, la lumière est aveuglante comme elle peut l’être sur des images de vacances, il n’y a aucune musique… Tout cela, c’est le cas. En effet, Festen est le premier film certifié Dogme95. Dévoilé par Thomas Vinterberg et Lars von Trier à l’occasion du centenaire du cinéma, le manifeste du Dogme95 tient de la blague potache, une pastiche d’Une certaine tendance du cinéma français de François Truffaut sur un ton religieux. Or, la volonté du Dogme95 est d’opposer une réponse cinglante au gigantisme des budgets et au cinéma d’auteur. Ses préceptes ? Ni décors artificiels ni accessoires ; une unité de lieu et de temps absolue ; aucun son ou musique ajoutés en post-production ; que des lumières naturelles ; uniquement porter la caméra à la main, en 35mm ; aucun meurtre ou toute autre action artificielle ; aucun flashback ni flashforward ; pas de film de genre, et le réalisateur ne doit être pas être crédité.

 

Festen

Festen

 

L’idée principale est de concentrer le film sur ses personnages et ses scènes, de porter à l’extrême le cinéma-vérité et de se sortir d’une débauche esthétique. Festen doit être son premier exemple. Or, Thomas Vinterberg “confessera” avoir couvert une fenêtre pendant une scène, violant les deux préceptes sur l’absence d’accessoires et l’utilisation de lumières naturelles. En fait, son irrespect du Dogme qu’il a lui-même édicté va plus loin : le film est entièrement tourné en vidéo et non en 35mm, et il joue dangereusement avec une scène onirique. La post-production étant interdite, pour une scène où Christian tombe dans les pommes, c’est l’acteur qui tient la caméra et pour connoter le vertige par le son, le caméraman a fait tournoyer le microphone dans l’air. Festen a un aspect de film-souvenir tourné par un amateur, ce qui s’accorde particulièrement avec son sujet. Passé cet aspect qui peut en dérouter plus d’un, Festen tient du gigantesque doigt d’honneur adressé à la société danoise, étouffée dans ses conventions et son hypocrisie. Lorsque Christian fait sa révélation, sa famille reste murée dans le silence, sans croire un seul de ses mots et continue à vaquer à ses occupations. L’histoire sera alors celle de Christian déterminé à briser l’image du patriarche, une quête tragique et oedipienne.

 

Festen

Festen

 

Thomas Vinterberg eut l’idée du scénario en s’inspirant de l’histoire d’un jeune homme entendue à la radio, qui s’avéra d’ailleurs complètement inventée. Alors que le réalisateur voyait son film comme un drame, l’histoire d’une lutte contre le secret de famille, le grotesque des situations le transforme en monument d’humour noir. Le premier film Dogme fait sa première au Festival de Cannes 1998, un cadre parfait pour son postulat. Le jury présidé par Martin Scorsese lui accorde le Prix du Jury, récompense la plus prestigieuse d’un palmarès de 28 récompenses au total, à travers les pays. Succès critique, le film, par sa structure, a aussi trouvé une nouvelle vie au théâtre, inaugurée en 2004 à Londres par David Eldridge, et qui a adaptée dans quinze langues.

 

Le Dogme95 produira encore Les Idiots de Lars von Trier, Lovers de Jean-Marc Barr ou Julien Donkey-Boy de Harmony Korine avant de tomber dans un oubli relatif. Thomas Vinterberg, lui, est revenu vers un cinéma plus traditionnel mais toujours aussi salué, avec La Chasse (Prix d’interprétation masculine à Cannes pour Mads Mikkelsen) ou, tout récemment, Kursk. Puisque le Dogme est moribond, autant voir le film qui a tout commencé il y a vingt ans…

 

Arthur de Boutiny

 

 

 

  • FESTEN
  • Ressortie salles : 14 novembre 2018
  • Réalisation : Thomas Vinterberg 
  • Avec Ulrich Thomsen, Henning Moritzen, Thomas Bo Larsen, Paprika Steen, Birthe Neumann, Bjarne Henriksen, Trine Dyrholm, Helle Dolleris, Therese Glahn
  • Scénario : Thomas Vinterberg et Mogens Rukov
  • Production : Brigitte Hald, Morten Kaufmann
  • Photographie : Anthony Dod Mantle
  • Montage : Valdís Óskarsdóttir
  • Musique : Lars Bo Jensen
  • Distribution : Mission
  • Durée : 105 minutes
  • Sortie initiale : Mai 1998 (Festival de Cannes) – 19 juin 1998 (Danemark) – 23 décembre 1998 (France)

 

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