Never Grow Old d’Ivan Kavanagh :  critique

Publié par Erica Farges le 8 août 2019

Synopsis : Un charpentier et entrepreneur de pompes funèbres irlandais Patrick Tate vit avec sa jeune famille à la périphérie d’une petite ville sur la route de la Californie pendant la ruée vers l’or de 1849. La vie y est dure mais paisible jusqu’à l’arrivée de Dutch Albert et sa bande de Hors-la-loi qui va tout faire basculer et l’obliger à protéger sa famille…

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Never grow old - affiche

Never grow old – affiche

Si le western a connu son âge d’or dans les années 1940-1960, il n’a jamais totalement disparu du paysage cinématographique et ses codes continuent toujours d’inspirer de nombreux réalisateurs. Genre traditionnellement américain, il a tout de même séduit quelques cinéastes originaires du Vieux Continent. Citons, par exemple, les réalisateurs italiens de western spaghetti, le britannique John English, le français George Archainbaud et, plus récemment, Jacques Audiard avec le remarquable Les Frères Sisters. À l’instar de ses aînés, l’Irlandais Ivan Kavanagh porte à l’écran sa propre version de la conquête de l’Ouest dans son premier long-métrage international. Se déroulant dans le village fictif de Garlow, toutes les séquences ont été tournées en extérieur. Pour le tournage dans l’Ouest de l’Irlande et dans la région des Terres Rouges au Luxembourg, l’équipe des décors a reconstitué avec précision l’endroit situé sur la route vers la Californie en utilisant des techniques de construction du milieu du XIXème siècle. Never Grow Old a pour personnage principal Patrick Tate, surnommé « The Irish », un charpentier et fossoyeur d’origine irlandaise qui prend les traits d’Emile Hirsch. Ce protagoniste le distingue des autres films appartenant au genre. En effet, si la figure du croque-mort est récurrente dans les Far West, elle n’y est jamais centrale. Il y a également un changement d’époque. On est en 1849, au début de la ruée vers l’or, et non juste après la Guerre de Sécession, période où se déroulent généralement les westerns. Bien que la majorité des personnages emblématiques (le shérif, le brigand, le pasteur…) soient présents, il n’y a ici aucun cowboy ayant pour mission de protéger son territoire des méchants.

 

Never grow old

Never grow old

 

La réalisation de Kavanagh porte plutôt sur le quotidien rude des immigrants, souvent de première génération, venus de toute l’Europe avec l’espoir d’une vie meilleure, à l’image des paroles que le Révérend Pike (Danny Webb) prêche dans son église, « Ce Monde est nouveau, nous pouvons en faire un paradis. ». Pourtant, malgré cet éloignement temporel, Never Grow Old se rapproche des spectateurs grâce à des personnages davantage accessibles. On remarque aussi une résonance très contemporaine, dans la mesure où il explore des fondements sociaux des États-Unis, qui sont encore d’actualité aujourd’hui : le patriotisme, l’appât du gain financier, le puritanisme, le système de justice inéquitable, les idéaux du rêve américain. Cependant, la thématique qui ressort le plus est probablement celle des armes à feu. Les fusils et pistolets censés protéger d’éventuelles agressions de la part des indiens, qui tout compte fait n’apparaissent jamais, finissent par causer un massacre sanguinolent entre les colons eux-mêmes, engendrant simultanément la destruction de tout ce qu’ils ont construit.

 

Never grow old

Never grow old

 

Les visuels sombres, qui contrastent avec les espoirs portés par les habitants de la bourgade et les décors réalistes rappelant l’âpreté d’un épisode historique souvent idéalisée, confèrent à Never Grow Old un recul important par rapport aux mythes et légendes habituellement associés aux westerns. À travers cette appropriation des codes pour remettre en question les messages, Ivan Kavanagh met en scène la naissance d’un pays de manière sanglante et bouleversante.

 

 

 

  • NEVER GROW OLD
  • Sortie salles : 7 août 2019
  • Réalisation : Ivan Kavanagh
  • Avec : Emile Hirsch, John Cusack, Déborah François, Molly McCann, Quinn Topper Marcus, Sam Louwyck, Danny Webb, Tim Ahern, Blake Berris, Nickel Bösenberg, Sean Gormley, Paul Reid, Antonia Campbell-Hughes, Anne Coesens, Paul Ronan, Leila Schaus, Steve Karier, Manon Capelle
  • Scénario : Ivan Kavanagh
  • Production : Jacqueline Kerrin, Nicolas Steil, Dominic Wright
  • Photographie : Piers McGrail
  • Montage : Dermot Diskin et Bernard Beets
  • Décors : John Leslie et Marc Ridremont
  • Costumes : Jacky Fauconnier
  • Musique : Aza Hand, Will Slattery, Gast Waltzing
  • Distribution : Rezo Films
  • Durée : 1h40

 

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