Livre / Sylvester Stallone. Héros de la classe ouvrière : critique

Publié par Jacques Demange le 3 septembre 2020

Résumé : Depuis de nombreuses années, Sylvester Stallone est considéré comme un représentant de l’impérialisme américain avec des films comme Rambo II ou Rocky IV. Mais l’acteur-réalisateur-scénariste est un artiste bien plus complexe qu’il n’y paraît. Cet ouvrage propose ainsi une analyse de la filmographie de “Sly” dans le but de prendre le contre-pied des clichés qui lui sont habituellement associés (surtout en France). Car en plus d’être un digne représentant de la classe ouvrière, apprécié des classes populaires, Stallone défend une réelle vision humaniste tout au long de son œuvre. 

♥♥♥♥

 

Sylvester Stallone Heros de la classe ouvriere

Sylvester Stallone – Héros de la classe ouvrière

Parue pour la première fois en 2016, cette monographie consacrée à Sylvester Stallone profite d’une nouvelle édition enrichie de quelques chapitres supplémentaires. Ceux-ci sont consacrés aux derniers films de l’acteur-réalisateur-scénariste, à une analyse de son activité de peintre et de sa communauté de fans, ainsi qu’à ses projets avortés. En choisissant d’aborder son sujet par le biais d’une approche civilisationnelle et sociologique, David Da Silva, docteur en études cinématographiques, diplômé de l’Institut français de presse de Paris et essayiste, prend le parti de battre en brèche les idées reçues. Si Stallone est bien l’héritier d’un cinéma populiste tendance capraesque (rappelons que Capra himself avait chanté les louanges du premier Rocky), son affiliation à la frange conservatrice de l’Amérique demeure sujette à caution. Sans chercher à défendre l’image d’un Stallone démocrate, Da Silva rappelle que la pensée qui anime la plupart de ses personnages est plus complexe qu’elle n’y paraît de prime abord. De fait, ce sont les films idéologiquement marqués de Stallone qui intéresse l’auteur. Dans cette perspective, cette nouvelle édition se propose d’analyser À nous la victoire, film mal connu et mal aimé de John Huston dans lequel Stallone enfile les gants de… gardien de but pour défendre les cages d’une humanité solidaire et revancharde face aux offensives du Troisième Reich. Agrémenté de quelques illustrations de bonne facture et de nombreuses citations de Stallone, l’ouvrage développe sa démonstration sans éviter quelques paradoxes. Car si le chouchou du box-office hollywoodien des années 1980 a bien incarné depuis ses débuts une représentation de la classe ouvrière, son apparente candeur semble parfois rejoindre l’image du blue collar telle que fantasmée par Ronald Reagan (rappelons que ce dernier avait, lors de sa campagne de 1988, tenté de se réapproprier les paroles de la chanson Born in the USA écrite par Bruce Springsteen, autre working class hero de l’Amérique contemporaine).

 

Da Silva évite cependant le risque de la méprise en optant pour une analyse comparative. L’auteur remarque ainsi les nombreux rapports pouvant être établis entre Stallone et Clint Eastwood qui demeure sans doute la figure la plus politiquement ambiguë du cinéma américain depuis les années 1970. 

 

Profitant d’une grande connaissance concernant l’Histoire culturelle des États-Unis (Da Silva a déjà signé d’excellents ouvrages consacrés au populisme américain ou aux Cultural Studies), cette étude interroge et invite à la réflexion. Le fanatique de Stallone se réjouira de découvrir les thématiques de ses films de prédilection analysées avec soin, tandis que le cinéphile prendra un réel plaisir en découvrant sous un angle inhabituel certains films peu considérés par l’intelligentsia critique (bien que Da Silva rappelle que les productions de l’acteur-réalisateur ont récemment profité d’une réhabilitation de la part de ses anciens détracteurs).

 

On notera enfin la présence d’une très complète biographie ainsi que l’adoption d’une approche iconologique (le rapport entretenu par Stallone avec la figure christique, par exemple) qui permet à cette étude de dépasser par moment son postulat premier pour se concentrer sur la figuration de l’acteur à l’écran.

 

 

 

  • SYLVESTER STALLONE. HÉROS DE LA CLASSE OUVRIÈRE
  • Auteur : David Da Silva
  • Éditions : LettMotif
  • Date de réédition : 12 août 2020
  • Première édition : 2016
  • Langues : Français uniquement
  • Format : 240 pages
  • Tarifs : 19 € (broché) -29 € (cartonné + jaquette) – 9,90 € (numérique)

Commentaires

A la Une

Blacula revient d’entre les morts dans une nouvelle version

La MGM et les producteurs Deon Taylor et Roxanne Avent Taylor préparent une relecture de Blacula, classique de l’horreur et… Lire la suite >>

Colin Farrell et Rachel Weisz dans une relecture du mythe œdipien de Todd Solondz

Après The Lobster de Yorgos Lanthimos, Colin Farrell et Rachel Weisz vont se retrouver dans le nouveau film cauchemardesque et… Lire la suite >>

Zoë Kravitz passe à la réalisation avec Pussy Island

Zoë Kravitz fera ses débuts derrière la caméra avec Pussy Island, qui mettra en vedette Channing Tatum dans la peau… Lire la suite >>

Wild West : le nouveau vivier français du cinéma de genre

Cette nouvelle société de production, installée dans le sud-ouest de la France, va se consacrer entièrement aux films et séries… Lire la suite >>

Ned Beatty, acteur dans Délivrance, Network et Superman, nous a quittés

Disparu le 13 juin 2021 à l’âge de 83 ans, c’est en tant que second rôle que Ned Beatty se… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 CONJURING : SOUS L'EMPRISE DU DIABLE 665 476 1 665 476
2 NOMADLAND 125 027 1 125 027
3 LE DISCOURS 121 740 1 121 740
4 THE FATHER 93 583 3 385 143
5 ADIEU LES CONS 88 201 34 1 683 963
6 DEMON SLAYER - KIMETSU NO YAIBA - LE FILM :... 49 311 4 659 599
7 TOM & JERRY 42 542 4 461 621
8 NOBODY 41 594 2 122 034
9 LES BOUCHETROUS 41 435 3 189 754
10 CHACUN CHEZ SOI 40 025 2 129 066

Source: CBO Box office

Nos Podcasts