Livre / Le masochisme au cinéma : critique

Publié par Jacques Demange le 6 novembre 2020

Résumé : Paru en 1978 chez Henri Veyrier, Le Masochisme au cinéma a été interdit à sa sortie : affichage (aucune librairie n’a pu le mettre en rayon), publicité, vente aux mineurs. Ce qui déclencha une campagne de presse en sa faveur : Libération, Le Nouvel Observateur, Le Canard Enchaîné, Le Matin de Paris, etc. Il faudra attendre le 21 mars 1982 pour que Jack Lang, nouveau ministre de la Culture, lève les interdictions. L’essai, réédité en 1990, deviendra culte au fil des ans. L’idée du livre est de mettre en lumière à travers des films, séquences de films ou personnages de films, les principales manifestations de la tendance masochiste. Voilà donc le texte tel qu’il est paru à l’époque, enrichi d’une préface aiguisée de François Angelier. Ainsi que l’écrivait le bulletin du Centre National du Cinéma : « C’est un ouvrage de philosophie du comportement. Il n’est pas nécessaire de s’intéresser à ce sujet en particulier pour le lire. Il ouvre trop d’horizons pour rester un texte spécialisé. » Voyons ce qu’il en est de nos jours.

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Le Masochisme au cinema - livre

Le masochisme au cinéma – livre

Difficile de ne pas considérer cette réédition du Masochisme au cinéma comme un petit événement en soi. Depuis sa première parution en 1978, l’ouvrage de Jean Streff, essayiste, romancier, scénariste et réalisateur, a connu les soubresauts de la censure, avant de reparaître au début des années 1990 tout auréolé de son statut d’œuvre maudite. Il ne faudrait pourtant pas oublier le véritable intérêt de cette somme consacrée à cette perversité aussi ordinaire que sidérante dans ses pratiques les plus extrêmes. C’est justement par le biais de la pratique que Streff interroge la représentation du masochisme au cinéma. Dominatrices et dominé(e)s, docilité et puérilité, versant homo ou hétéro, en groupe ou en solo, le masochisme se présente comme une discipline éclatée en une multitude de particularités. Cette profusion de détails qui fait par ailleurs le prix de la description de son arrière-plan historique (rapporté dans une jolie préface signé par François Angelier, grand représentant du mauvais genre sur France Culture) redouble l’exemplarité de la tâche entreprise par Streff. Car si c’est bien le vice qui détermine l’organisation de la structure, ce sont d’abord les films qui assurent l’accomplissement de la réflexion. Le corpus déjoue ainsi judicieusement les attentes du lectorat. Certes les incontournables répondent présents (la cinématographie bunuelienne parcourt l’ensemble de l’ouvrage), mais on reste pantois d’admiration face aux études des œuvres de Federico Fellini, Laurel et Hardy, ou encore des analyses des représentations de Burt Lancaster. Le riche cahier iconographique inséré au milieu de l’ouvrage permet de prendre le pouls de la recherche iconographique menée par Streff. On s’étonne de redécouvrir le visage tuméfié de Brando dans La Poursuite impitoyable, le corps transpercé de flèches d’Henri Vidal dans Fabiola, le regard benêt de Harry Langdon dans The Chaser, le travestissement de Louis de Funès dans L’Aile ou la cuisse, ou l’enchaînement de Boris Karloff dans La Fiancée de Frankenstein sous l’éclairage insolite du délice masochiste. Si l’on peut regretter que la présente réédition n’ait pas profité de certains prolongements (concernant notamment l’évolution des théories féministes que convoque par moments l’auteur), ce rapide survol des films mentionnés prouve tout l’éclectisme de cet ouvrage dont la portée théorique profite d’un style accessible et relevé.

 

 

 

  • LE MASOCHISME AU CINÉMA
  • Auteur : Jean Streff
  • Préface : François Angelier
  • Éditions: Rouge Profond
  • Collection : Débords 
  • Date de parution : 8 octobre 2020
  • Éditions initiales : en 1978 chez Henri Veyrier, puis en 1990
  • Format : 250 pages
  • Tarifs : 20 € (disponible à la commande en ligne « click & collect » dans ce lien sur le site Librairies Indépendantes)

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