Norman Lloyd, compositions extraordinaires

Publié par Jacques Demange le 12 mai 2021
Norman Lloyd - Le cercle des poetes disparus

Norman Lloyd dans Le cercle des poètes disparus (Dead Poets Society) de Peter Weir (1989)

Disparu le 11 mai 2021 à l’âge de 106 ans, Norman Lloyd reste encore méconnu des cinéphiles. Dirigé par Orson Welles au théâtre et par Alfred Hitchcock, Jacques Tourneur, Jean Renoir ou encore Anthony Mann au cinéma, l’acteur proposa tout au long de sa (longue) carrière une série d’interprétations dont la réhabilitation s’avère nécessaire.

 

 

 

Norman Lloyd - La Maison du docteur Edwards

Norman Lloyd dans La Maison du docteur Edwards (Spellbound) d’Alfred Hitchcock, avec Ingrid Bergman et Gregory Peck (1945)

Avant de débuter sa carrière au cinéma (c’est Alfred Hitchcock qui lui offre son premier rôle dans Cinquième Colonne [1942] avant de faire à nouveau appel à lui pour La Maison du docteur Edwards [1945]), Norman Lloyd fut un comédien de théâtre accompli.

 

Il débute sa carrière sur la scène de Broadway à l’âge de 13 ans comme doublure pour la pièce Crime mise en scène par A.H. Van Buren, puis enchaîne les représentations à partir du milieu des années 1930.

 

Parmi ses plus grands succès, on trouve son interprétation du poète Cinna dans l’adaptation du Jules César de Shakespeare par Orson Welles en 1937. C’est ce dernier qui en 1939 l’invite à Hollywood avec d’autres membres de sa troupe du Mercury Theatre alors qu’il prépare son adaptation, finalement avortée, de Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad. Lloyd finit par retourner sur la côte Est, décision qu’il regrettera amèrement puisqu’elle l’empêcha de participer au tournage de Citizen Kane.

 

Son long nez et ses sourcils naturellement arrondis en firent un acteur de complément idéal, particulièrement à l’aise dans les rôles de composition. Hitchcock le fait interpréter un espion nazi dans Cinquième colonne, avant que Jean Renoir ne lui donne le rôle d’un paysan sudiste dans L’Homme du Sud (1945). Jouant de ses attributs naturels, et notamment de l’expressivité plastique de son visage qu’il module en fonction de la nature de ses personnages, Lloyd se spécialise rapidement dans les rôles de méchants, entretenant une fascinante duplicité à l’écran.

 

Sa présence éloquente lui permet par ailleurs de donner un certain relief à ses rôles dans des films historiques (Les Vertes années [1946] de Victor Saville ; Le Livre noir [1949] d’Anthony Mann ; La Flèche et le Flambeau [1950] de Jacques Tourneur ; La Fille des boucaniers [1950] de Frederick de Cordova ; Le Temps de l’innocence [1993] de Martin Scorsese) faisant montre d’une accointance pour le fantasque qui devait ponctuellement l’orienter vers la comédie (Les Feux de la rampe [1952] de Charlie Chaplin ou Crazy Amy [2015] de Judd Apatow, son dernier film).

 

Proche de John Garfield avec lequel il tourne dans Menace dans la nuit (John Berry, 1951), Lloyd se tourne vers la mise en scène à partir du début des années 1950, dirigeant au théâtre la comédie de Sidney Howard Madam, Will You Walk en 1953, puis La Mégère apprivoisée de Shakespeare en 1957. Ces deux tentatives se soldèrent par des échecs, mais l’acteur put parfaire son métier sur le petit écran, réalisant pas moins de dix-neuf épisodes pour la série Alfred Hitchcock présente entre 1958 et 1962 ainsi qu’un épisode de Columbo en 1971.

 

C’est d’ailleurs à la télévision que Lloyd put donner un second souffle à sa carrière d’acteur en interprétant différents rôles dans Hôpital St Elsewhere, Star Trek : The Next Generation, The Practice, Modern Family, ensemble d’interprétations auxquelles s’ajoute la présence de certains rôles emblématiques qui marquèrent la seconde partie de sa filmographie, à l’image du directeur Nolan du Cercle des poètes disparus (Peter Weir, 1989).

 

Souvent oublié par les historiens (son nom est généralement absent des dictionnaires), Norman Lloyd laisse derrière lui une galerie de personnages étonnants que le cinéphile doit absolument redécouvrir.

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