Synopsis : Justin Kemp est sélectionné comme juré aux côtés d’autres citoyens dans un procès pour meurtre très médiatisé. Le jeune mari et futur père de famille va rapidement se retrouver aux prises avec un grave dilemme moral lorsqu’il découvre qu’il est peut-être à l’origine de la mort de la victime. Doit-il se protéger ou se livrer ?
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C’est donc avec Juré n°2, thriller sous couvert de film de procès, où les valeurs morales et le sens de la justice sont interrogées, que devrait se conclure la carrière de Clint Eastwood. Même si rien n’est officiel, le long-métrage mettrait un point final à une riche carrière de plus de soixante ans pour l’acteur, réalisateur, producteur et compositeur de 94 ans. Après des succès comme Sur la route de Madison (1995), Mystic River (2003), Million Dollar Baby (2004), Gran Torino (2008) ou encore American Sniper (2015) et Le cas Richard Jewell (2020), le metteur en scène nous livre ici un huis clos judiciaire reprenant les thèmes eastwoodiens qui lui sont chers : les dilemmes moraux, sociétaux et l’ambivalence de ses personnages. Le film suit Justin Kemp (Nicholas Hoult), jeune mari et futur père de famille, qui est sélectionné comme juré dans une affaire de meurtre très médiatisée. Rapidement, Justin se rend compte qu’il est à l’origine du crime et se découvre alors meurtrier. Dès lors, pris au piège de son propre dilemme moral, il doit choisir entre se dénoncer tardivement pour ce crime accidentel et brisé sa vie de famille, ou ne rien dire mais faire accuser un homme qu’il sait innocent. S’enclenche une quête de rédemption du personnage, qui va essayer de convaincre les autres jurés de l’innocence de cet homme malgré toutes les preuves l’accusant, tout en évitant d’éveiller les soupçons sur lui. Film très intimiste, il est quasiment exclusivement centré sur le personnage joué par Nicholas Hoult (Le Menu, Tolkien, Saga X-Men), à travers lequel Eastwood va questionner le spectateur sur l’innocence et la culpabilité. Il s’agit de suivre les pas de cet homme, d’apparence parfaite, qui se retrouve soumis à des choix complexes et contraint à des actions périlleuses pour s’en sortir. Les jeux de lumière et d’ombre sur Hoult permettent de distinguer les tourments d’un antihéros qui attire autant la sympathie que la détestation. Car sous couvert d’agir pour une bonne cause (l’avenir de sa famille et son enfant), il se retrouve face à un compromis qui peut être jugé égoïste. Mais que ferions-nous à sa place ?
Dans Juré n°2, la notion de justice est centrale. Constamment montrés à l’écran par Eastwood, les différents bâtiments du système judiciaire, à l’image du tribunal ou de la statue de Thémis (déesse de la justice, les yeux bandés et tenant une balance), planent telle une épée de Damoclès au-dessus des personnages ou telle une ombre en arrière-plan. Là où Justin est écrasé par ce poids de rendre justice, l’avocate Faith Killebrew, interprétée avec brio par Toni Collette (À Couteaux tirés, Hérédité), exploite le système judiciaire.
Détachée des enjeux, passant la plupart de son temps sur son téléphone et manquant d’empathie pour le sort réservé à ces êtres humains, elle souhaite voir ce procès médiatique aboutir le plus rapidement possible pour accélérer son ascension politique. Harold Tchaikovsky, joué en toute sobriété par J.K. Simmons (La La Land, Whiplash), est à l’opposé. Son rôle est de questionner et d’exposer les failles du système à travers les révélations d’une enquête bâclée, qui n’a pas pris le temps d’explorer toutes les possibilités.
La réalisation classique et très académique d’Eastwood ancre le récit dans une réalité brutale mais lisible, et malgré des pertes de rythme vers le milieu du long-métrage, permet malgré tout de mettre en avant le travail de ses acteurs. Le montage alterne entre la salle d’audience, le huis clos de la pièce des jurés et les tourments de Justin, retraçant le parcours du crime. Ce jeu fait monter progressivement une tension palpable jusqu’à une fin ambivalente, laissant la conclusion de son histoire à l’imagination de son public.
Si ce thriller judiciaire devait effectivement marquer la fin de l’illustre carrière d’Eastwood, il conclurait celle-ci sur une note sobre mais puissante, plongeant le spectateur dans une réflexion intime sur la culpabilité, la responsabilité et les choix impossibles.
Florian Rouaud
- JURÉ N°2 (Juror #2)
- Sortie : Depuis le 30 octobre 2024
- Réalisation : Clint Eastwood
- Avec : Nicholas Hoult, J.K Simmons, Kiefer Sutherland, Toni Collette, Zoey Deutch, Chris Messina, Gabriel Basso, Leslie Bibb, Cedric Yarbrough, Francesca Eastwood, Amy Aquino, Adrienne C. Moore, Chikako Fukuyama, Hedy Nasser, Drew Scheid
- Scénario : Jonathan A. Abrams
- Production : Clint Eastwood, Adam Goodman, Peter Oberth, Matt Skiena, Tim Moore, Jessica Meier
- Photographie : Yves Bélanger
- Montage : David S. Cox, Joel Cox
- Décors : Ronald R. Reiss
- Musique : Mark Mancina
- Distribution : Warner Bros.
- Durée : 1 h 54


