Synopsis : Tireur d’élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d’innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de « La Légende ». Cependant, sa réputation se propage au-delà des lignes ennemies, si bien que sa tête est mise à prix et qu’il devient une cible privilégiée des insurgés. Malgré le danger, et l’angoisse dans laquelle vit sa famille, Chris participe à quatre batailles décisives parmi les plus terribles de la guerre en Irak, s’imposant ainsi comme l’incarnation vivante de la devise des SEAL : « Pas de quartier ! » Mais en rentrant au pays, Chris prend conscience qu’il ne parvient pas à retrouver une vie normale.

 

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American Sniper - affiche

American Sniper – affiche

Qu’on se le dise, à 84 ans, le grand Clint Eastwood en a toujours dans le barillet. Après sa première incursion dans la comédie musicale avec JERSEY BOYS (notre critique) l’an passé, le cinéaste vétéran légendaire, ce républicain, ce Dirty Harry, ce Maître de Guerre, marque un retour manifeste à ses premières amours avec une œuvre forte, complexe et polémique qui divise l’opinion. Raflant déjà le pactole au box office, American Sniper, nommé dans 6 catégories aux Oscars, prend sa source de l’autobiographie de Chris Kyle, coécrite avec Scott McEwan et Jim DeFelice. Ce sniper le plus redoutable de l’histoire militaire américaine, surnommé ‘La légende’ par ses défenseurs et ‘Le Diable’ par ses ennemis, est connu pour avoir atteint le record de 160 tirs létaux (chiffre officiel confirmé par le Pentagone) sur des individus en Irak, entre 2003 et 2009. La volonté de porter à l’écran ce livre, resté plusieurs semaines en première position dans la liste des bestsellers du New York Times, émane de Bradley Cooper, qui en a acquis les droits, avec initialement Steven Spielberg prévu à la réalisation avant son désistement. Cité à l’Oscar, l’acteur américain délivre certainement la meilleure performance de sa carrière. Si les retombées invoquent la glorification du héros de guerre, la vénération pour l’armée et l’apologie de la violence sans proposer de nouvelles réflexions, on y perçoit davantage ici un grand film d’horreur réaliste post-11 septembre. Car derrière l’objectif, l’impitoyable Eastwood, connu pour avoir souvent eu la gâchette qui démange, donne sa vision frontale, expéditive et sans détour. Il rend compte, à travers des images brutes et éloquentes, de l’horreur humaine dans tout sa réalité courante et récursive.

 

Bradley Cooper dans American Sniper

Bradley Cooper dans American Sniper

 

Après Stone (Platoon, Né un 4 juillet), Cimino (Voyage au bout de l’Enfer), Coppola (Apocalypse Now), Malick (La Ligne Rouge) ou encore plus récemment Bigelow (Démineurs et ZERO DARK THIRTY – notre critique), American Sniper ne nous apprend certes rien de plus sur la guerre et les traumatismes inhérents qui en découlent. Mais Eastwood ne se lance finalement pas tant dans une volonté d’analyse que de surligner à juste titre ses fondements répétitifs. Autour de cet homme ambigu, il fait graviter de nombreux personnages alliés et ennemis, dont il donne le point de vue sans parti pris, brouillant consciencieusement les pistes de pensées du spectateur, confronté émotionnellement aux images qui défilent. Car rien n’est rassurant ni encourageant dans American Sniper, qui pourrait être le pendant militaire d’American Psycho. C’est un cauchemar palpable, à la fois moral et politique, dont on aimerait s’échapper. En cela, l’adaptation est une véritable réussite puisqu’elle scinde l’audience face à cette complexité dérangeante, confrontant tels quels, les meilleurs atouts aux pires travers de la culture américaine.

 

Dans une mise en scène caractéristique du cinéaste de Million Dollar Baby et d’Impitoyable, le récit démarre en alternant passé et présent pour expliciter les motifs de l’enrôlement de Chris Kyle chez les Navy SEAL, avec lesquels il a oeuvré dans quatre conflits majeurs en Irak. Filmé souvent en gros plan pour signifier ses choix, Bradley Cooper, la carrure volontairement bouffie, dont le doux regard bleu azur n’a plus rien d’apaisant, nous plonge dans ce champ de bataille déshumanisé et déshumanisant, avec pour première visée un enfant et une mère voilée. Le ton est donné. Tout en sauvant la vie de nombreux compatriotes, il se révèle ainsi à la fois effrayant et fascinant, dans la peau de ce cowboy de rodéo texan, fils d’un père chasseur, inébranlable, observateur, taciturne et un peu beauf aussi, qui revendiquait son amour pour les armes et les cibles vivantes.

 

Bradley Cooper dans American Sniper

Bradley Cooper dans American Sniper

 

Si Eastwood et son scénariste Jason Hall dépeignent la trajectoire de ce tireur d’élite qui n’a soi-disant jamais commis d’erreur, ce héros de guerre au service de son pays devient progressivement une machine à tuer sans remords dans le déroulement narratif. La seconde partie resserre ainsi l’étau et nous livre des moments de suspense intense avec quelques scènes-choc. On est dès lors emportés dans un duel entre deux snipers où se mêlent représailles, patrie, famille et Dieu. Cependant, lors de ses brefs retours au pays, on peut regretter en parallèle un discours trop fonctionnel dans sa relation avec son épouse, campée par Sienna Miller dans un rôle semblable à celui du récent FOXCATCHER (notre critique), autre histoire funeste véridique. Au final, American Sniper reste ancré dans le cinéma eastwoodien, jouant pleinement sur l’ambivalence entre ombre et lumière, face au destin de ce symbole patriotique, tué par un ancien Marine atteint de troubles post-traumatiques, actuellement en procès aux Etats-Unis.

 

 

  • AMERICAN SNIPER de Clint Eastwood en salles le 18 Février 2015.
  • Avec : Bradley Cooper, Sienna Miller, Luke Grimes, Jake McDorman, Kevin Lacz, Cory Hardrict, Navid Negahban, Keir O’Donnell…
  • Scénario : Jason Hall d’après le livre American Sniper : The Autobiography Of  The Most Lethal Sniper In U.S. Military History coécrit par Chris Kyle, Scott McEwan et Jim DeFelice.
  • Production : Bradley Cooper, Clint Eastwood, Peter Morgan, Andrew Lazar, Robert Lorenz
  • Photographie : tom Stern
  • Montage : Joel Cox, Gary Roach
  • Décors : Clarisse Cardenas, James J. Murakami
  • Costumes : Deborah Hopper
  • Son : Alan Robert Murray, Bub Asman
  • Distribution : Warner Bros
  • Durée : 2h12


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