Livre / Le cinéma néoclassique hollywoodien : critique

Publié par Jacques Demange le 25 mai 2018

Résumé : Ce travail de recherche étudie le style cinématographique néoclassique. Le terme néoclassique est souvent utilisé pour appuyer une politique des auteurs sur un style et un passé connu et reconnu (le classicisme). Toutefois les cinéastes néoclassiques ne cessent de remettre en question le cinéma classique hollywoodien, de le distancier. C’est pour cela que le cinéma néoclassique intègre d’autres formes cinématographiques comme le maniérisme, le baroque, la modernité, etc. qui ont émergé depuis le classicisme. Le style ne distancie pas seulement le squelette diégètique ou encore l’esthétique du cinéma classique, mais également certains de ses thèmes de prédilection comme le corps. Le corps est une entité considérée dans son ensemble, dans son unité sous le rapport de sa conformation. Le but de ma recherche sera d’englober les différents “corps” thématiques mis en place par le néoclassicisme au cinéma afin de les appréhender et de les comprendre dans leurs figures esthétiques. Car bien que le corps humain représente, pour les réalisateurs comme pour les films, une forme de centre névralgique de la fiction, c’est en le confrontant avec d’autres formes corporelles que ceux-ci parviennent à le (re)définir. Ils donnent ainsi une étude contemporaine du corps humain mais aussi de la figure héroïque. Ils questionnent l’identité dans le monde contemporain, dans le flux des réseaux de communications et tentent ainsi de dessiner l’humain de la génération contemporaine. Ils confrontent le corps classique (celui du cinéma et de la société) au corps moderne confronté aux nouvelles technologies et à la perte des repères. Le cinéma néoclassique dresse, dans sa narration et son esthétisme, le canevas d’un corps contemporain et sa quête d’identité.

 

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Le cinema neoclassique hollywoodien

Le cinéma néoclassique hollywoodien

Cinéma « post-moderne », « maniériste », « néo-classique ». Pour qualifier les productions cinématographiques contemporaines, les étiquettes ne manquent pas. Ce volumineux ouvrage offre un solide état des lieux de la situation esthétique, idéologique, et dramaturgique d’un ensemble de films s’inscrivant dans une mouvance principalement caractérisée par un effet de reconduite et de reprise. Benjamin Flores, docteur en études cinématographiques, analyse ainsi les principales qualités de ce corpus hollywoodien, revenant sur la question du classicisme (histoire, codes formels) pour mieux éclairer la situation cinématographique contemporaine. Entre perspectives générales et études approfondies d’œuvres portées par la singularité d’auteurs (Clint Eastwood, James Gray, Michael Mann…), Flores développe de nombreuses pistes de lecture autour de la représentation du corps (entre aliénation, déterminismes sociaux, carnation, animalité, transfert et dédoublement) et de l’évolution de la figure héroïque hollywoodienne (du processus de démythification à la résurgence de certains principes plus traditionnels). Savamment référencé (entre théories du cinéma et ouvrages philosophiques), l’écrit profite d’annexes particulièrement fournies : photogrammes (en couleurs et étalés sur pas moins de 40 pages)  et retranscription de dialogues assurent la cohérence d’une pensée qui, loin de s’évanouir dans des développements incertains, se concrétise toujours à travers la mention de plans et de scènes symptomatiques de la période étudiée. Les nombreuses analyses de séquences ponctuant l’écriture marquent ainsi la récurrence de certains thèmes, motifs et postures stylistiques permettant d’apprécier la cohérence d’une période en constante (re)définition. On notera par ailleurs la présence d’une bibliographie particulièrement fournie. Multipliant les approches (aux analyses narratives, génériques et esthétiques s’ajoutent des réflexions marquées par l’apport des gender studies ou de relectures plus politisées), Flores traverse avec maîtrise les voies principales et les marges d’un objet d’étude particulièrement sensible aux inflexions et autres effets de bascule. C’est dire l’intérêt de ce volume qui dépasse le seul lectorat universitaire, auquel son origine scientifique semblait de prime abord le limiter, pour toucher un public cinéphile élargi. On regrettera néanmoins le prix assez élevé de l’ouvrage (48 euros quand même), un écueil relativisé il est vrai par la présence d’une version numérique, rendue disponible à moindre coût.

 

 

 

  • LE CINÉMA NÉOCLASSIQUE HOLLYWOODIEN
  • Auteur : Benjamin Flores
  • Éditions : LettMotif
  • Collection : Mémoires et thèses de cinéma 
  • Date de parution : mars 2018
  • Format : 560 pages
  • Tarif : 48 € (papier) – 21,90 € (numérique)

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