Möbius d’Eric Rochant : critique

Publié par Nathalie Dassa le 4 février 2013

Grégory Lioubov, un officier des services secrets russes est envoyé à Monaco afin de surveiller les agissements d’un puissant homme d’affaires. Dans le cadre de cette mission, son équipe recrute Alice, une surdouée de la finance. Soupçonnant sa trahison, Grégory va rompre la règle d’or et entrer en contact avec Alice, son agent infiltré. Naît entre eux une passion impossible qui va inexorablement précipiter leur chute.

 

♥♥♥♥♥

 

Mobius afficheMöbius fait partie de l’un des films français les plus attendus de ce début d’année marquant par là-même le retour d’Eric Rochant derrière la caméra depuis 2006, après une carrière cinématographique en dents de scie. Le cinéaste des Patriotes, qui nous plongeait au sein des services de renseignements du Mossad avec Yvan Attal en 1994, renoue avec le public en signant un nouveau thriller d’espionnage où s’entremêle cette fois une histoire d’amour, intime et secrète, emmenés par un casting prestigieux. S’il a l’ambition dès le départ de frayer les terres de l’œuvre captivante Les Enchaînés d’Alfred Hitchcock, dont il est un admirateur depuis toujours, le traitement narratif a hélas le désavantage de manquer de cohérence et de vraisemblance. Pourtant certains ingrédients sont bien là : la réalisation est efficace et soignée, les prises de vues de Monaco spectaculaires, la photographie somptueuse et intense, l’atmosphère souvent tangible et le duo amoureux envoûtant. Mais le scénario pèche par endroit. On sent qu’Eric Rochant hésite à prendre vraiment les commandes de son récit au rythme lent et à s’investir pleinement dans son intrigue. Möbius, qui possède une belle résonance internationale dans cette histoire d’espions russes, américains et français sur fond de crise financière, ne parvient jamais véritablement à fondre les deux genres pour entraîner le spectateur vers un dénouement efficace et libérateur. A la place, le cinéaste alterne entre espionnage et romance donnant l’impression de ne jamais trop savoir sur quel pied danser. Pourtant il réussit à nous immerger dans l’intimité de ce couple enchaîné à un double jeu de dupes dont ils deviennent malgré eux les proies.

 

Mobius

 

Tout le film d’Eric Rochant s’articule autour de cet enjeu sentimental qui vient court-circuiter les règles et procédures fondamentales de tout agent secret, voué à l’anonymat et au silence. Ainsi sa caméra s’immisce au plus près de cette relation intime, entre regards épris et corps fiévreux, s’abandonnant au désir charnel pour des instants éphémères. Et qui de mieux que Jean Dujardin et Cécile de France pour interpréter ces amants maudits ? L’acteur revient ici dans un rôle de premier plan post-Oscar depuis THE ARTIST (notre critique) en expert charismatique des services secrets russes , à la tête d’une équipe (Emilie Dequenne, Dmitri Nazarov) qui prend contact avec une redoutable et brillante trader, jouée par une Cécile de France d’une beauté étincelante et à la féminité épanouie, afin d’infiltrer le réseau d’un puissant homme d’affaire corrompu (Tim Roth). Si tout semble de prime abord se construire simplement dans un sens, l’intrigue se complexifie rapidement à différents niveaux avec les Américains et la CIA greffés à la mission. Rochant laisse libre cours au jeu classique inhérent au genre, mais en essaime le récit souvent d’une manière maladroite et embrouillée, qui fait perdre hélas le fil de la crédibilité, tout en faisant basculer ces deux êtres. Un précipice provoqué par l’éclosion d’un sentiment inédit pour le personnage de Dujardin qui prend effet dès leur premier contact sensuel dans le bar du Destiny. On peut aussi reprocher au cinéaste de sous développer le personnage et surtout le potentiel de Tim Roth, dont l’interprétation en magnat russe douteux manque ici de profondeur et d’envergure.

 

Mobius

 

Si Möbius possède une intrigue nettement mieux ficelée qu’Agents Secrets de Frédéric Schoendoerffer avec Vincent Cassel et Monica Bellucci mais moins dense et intense que le très bon Espion(s) de Nicolas Saada avec Guillaume Canet, le nouveau thriller d’espionnage romantique du cinéaste de la série Mafiosa laisse surtout au spectateur un sentiment partagé, dont l’action s’efface devant les dialogues et répliques par moments savoureux et cocasses. C’est d’autant plus dommage que la révélation dans le restaurant, entre la CIA, le FSB (ex-KGB) et ces amants perdus, est d’une intensité palpable prenant tout le sens du titre en référence au Ruban de Möbius, surface en forme d’anneau ne possédant qu’une seule et même face. Mais l’installation préalable ne permet pas de pouvoir en bénéficier pleinement jusqu’à son paroxysme laissant l’œuvre ambitieuse d’Eric Rochant à moitié audacieuse et aboutie…

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MÖBIUS écrit et réalisé par Eric Rochant en salles le 27 février 2013 avec Jean Dujardin, Cécile de France, Tim Roth, Emilie Dequenne, John Lynch, Vladimir Menshov, Dean Constantin. Producteurs : Christophe Cervoni, Eric Juherian, Mathias Rubin. Coproducteur : Alain Attal. Photographie : Pierre Novion. Montage : Pascale Fenouillet. Décors : Philippe Chiffre. Costumes : Magdalena Marczynska. Compositeur : Jonathan Morali. Distribution : EuropaCorp. Durée : 1h43.

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