This is Comedy de Jacky Goldberg affiche

Journaliste aux Inrockuptibles, cinéaste et producteur, Jacky Goldberg signe un premier documentaire passionnant de 60 minutes, à la fois tendre, instructif et drôle, sur Judd Apatow, l’un des piliers de la comédie américaine. This is comedy retrace le portrait, le parcours et les motivations de cet homme, visionnaire et charismatique, parvenu à reconfigurer les codes et les rites du genre et de l’humour depuis une vingtaine d’années. CineChronicle a eu l’occasion de rencontrer Jacky Goldberg, qui évoque le processus de mise en place, l’évolution de la comédie américaine face à son homologue français et l’émergence de nouveaux talents avec notamment la présence d’une poignée de femmes talentueuses à la plume acérée. Ce film incontournable, qui s’adresse tant aux initiés/passionnés qu’aux néophytes, sera diffusé ce mardi 8 avril à 22h55 sur Canal+ Cinéma, à l’issue de 40 ans : mode d’emploi (This is 40) de Judd Apatow.

 

 

 

 

Jacky Goldberg, scénariste, realisateur et producteur du documentaire This is Comedy

Jacky Goldberg, scénariste, réalisateur et producteur du documentaire This is Comedy

CineChronicle : Tu te places aujourd’hui comme l’un des journalistes spécialistes de la comédie US. Ce documentaire était-il un projet de longue date et la résultante logique de ton travail ?

Jacky Goldberg : Oui complètement. Je suis arrivé aux Inrockuptibles en 2007 et c’est exactement le moment où Judd Apatow est sorti concrètement de l’anonymat même s’il avait réalisé 40 ans, toujours puceau en 2005. Car sont sortis dans la foulée En Cloque : mode d’emploi, Super Grave, Sans Sarah rien ne va, etc. Il s’est trouvé que j’avais un intérêt depuis longtemps pour la comédie américaine notamment pour les frères Farrelly, Ben Stiller… Apatow est arrivé massivement sur la carte et j’ai eu la chance d’écrire de nombreux articles sur lui. C’était donc un sujet qui m’intéressait beaucoup en tant que journaliste de presse écrite. Et je ressentais l’envie depuis un an ou deux de continuer tout ce travail écrit en exploitant les moyens audiovisuels. Mon objectif est aussi de faire du cinéma, j’ai déjà réalisé des courts métrages. J’adore écrire des critiques mais j’aime aussi la forme audiovisuelle. Je souhaitais confronter la parole de Judd Apatow et de ses disciples avec des extraits de films et des images d’archives en posant ma propre voix par dessus qui analyse. C’était l’ambition de ce documentaire.

 

CC : Tu passes à la vitesse supérieure avec ce documentaire de 60 minutes que tu as écrit, réalisé, narré et produit, après plusieurs courts métrages de fiction. Le processus d’écriture et de mise en place a-t-il été plus ardu ?

JG : C’est tellement différent que je ne peux pas vraiment dire si c’est plus ou moins ardu. Je n’ai pas été confronté aux mêmes difficultés. Là il s’agissait surtout de parvenir à convaincre Judd Apatow et les différents intervenants de faire partie du documentaire. Car, ce sont bien sûr des super stars hollywoodiennes avec lesquelles je n’avais pas de contact direct. Tout passe par les agents, et Canal+ n’en avait pas non plus. Ma seule ‘entrée’ était d’avoir interviewé Judd Apatow pour Funny People et d’avoir animé la Masterclass qu’il avait donné à la Fnac. J’avais eu l’occasion d’évoquer ce projet à l’époque et il m’avait répondu ‘Pourquoi pas, dis m’en plus quand ce sera confirmé’. Je suis allé voir Canal+. Il me fallait leur accord ou celui d’une autre chaîne hertzienne pour obtenir le budget, sinon je ne me serais pas lancé dans un tel projet. J’ai pris contact avec Apatow, mais par l’intermédiaire de son agent, il a d’abord refusé. J’ai fini par apprendre, en réussissant à le joindre directement par un autre biais, que mes messages ne lui avaient jamais été transmis. Il était au contraire honoré qu’un journaliste français s’intéresse à son parcours et nous nous sommes retrouvés six mois plus tard pour tourner le documentaire. Le principe a été le même pour les autres intervenants.

 

This is 40 afficheCC : T’es-tu nourri essentiellement de tes articles déjà publiés ou as-tu puisé dans d’autres sources ? Car un HS des Inrocks sur le Nouvel Age d’Or de la comédie américaine a garni les kiosques en septembre 2013.

JG : Disons que mes articles ne sont ni plus ni moins que ce que j’ai écrit à une date donnée sur un film sorti à une date précise. Il a fallu dans ce projet que je me replonge vraiment dans toute sa filmographie. Je me suis basé sur trois sources principales : mes propres réflexions sur les films, qui se sont construites au fur et à mesure, le livre d’entretiens mené par Emmanuel Burdeau, Comédie : mode d’emploi publié par Capricci. Ce titre français aurait pu être le mien d’ailleurs mais déjà pris, j’ai opté pour celui américain This is Comedy/This is 40. Dans ce livre, il propose plusieurs entretiens au long cours avec Judd Apatow qui donne énormément d’informations sur son parcours et sa méthode. Et enfin les nombreuses interviews qu’il a données aux Etats-Unis. Si en France il reste un auteur confidentiel qui plait davantage à la critique qu’au grand public, il est très connu outre-Atlantique et chacun de ses films donne lieu à beaucoup de promotions. Mon envie était de rendre accessibles tous ces éléments épars pour concevoir ce film. Il faut savoir aussi qu’aucun documentaire de 60 minutes n’existait encore sur Judd Apatow.

 

CC : L’introduction de ton documentaire avec Judd Apatow et le stand-up m’a renvoyée à la structure de ‘Woody Allen : A Documentary’. Quelles ont été tes références pour concevoir celle de ‘This is Comedy’ ?

JG : Je n’ai pas vu Woody Allen : A Documentary, mais je me suis inspiré de plusieurs documentaires comme ceux de Luc Lagier, qui s’occupe d’un site hébergé par Arte qui s’appelle Blow Up. Son créneau est la critique de cinéma par le cinéma. L’image par l’image. Il a fait plusieurs documentaires, notamment sur le cinéma d’horreur, la nouvelle vague française vue par les Américains. Il y a eu aussi les films d’Olivier Joyard sur les séries TV pour Canal+ et de Clélia Cohen sur les teen movies, qui rejoint un peu le mien. Teen Spirit évoque Super Grave et toute cette vague du cinéma adolescent. Moi qui n’avais pas jamais fait de documentaire, cela m’a permis d’avoir une orientation. J’ai eu aussi une autre source d’inspiration mais probablement plus diffuse, la collection de documentaires sur Les cinéastes de notre temps, produite par André S. Labarthe. J’en ai vu des tonnes. C’est le portrait idéal de cinéastes même si je n’avais pas l’intention de procéder de la même manière. Il se permet une liberté que je n’avais pas forcément. J’avais plusieurs idées de départ car je souhaitais faire des interviews dans des cadres spécifiques et en groupe. Tous les intervenants m’ont dit ‘Ecoute, on va la faire simple, tu m’interviewes en one to one, dans mon bureau’. C’était déjà très bien et ils ont été très généreux dans les interviews, mais je n’ai pas pu formellement me lâcher en les emmenant dans des endroits insolites. La seule avec laquelle j’ai pu le faire a été Linda Cardellini dans le lycée. Le concept des Cinéastes de notre temps est génial car l’idée est de faire en sorte que les films ressemblent à l’œuvre des cinéastes dont c’est le portrait. Je voulais faire pareil. Que serait un documentaire sur Judd Apatow s’il ressemble à un film de Judd Apatow ? Ce serait des types qui discutent entre potes tout en se balançant des vannes. Mais j’ai dû me contenter d’une forme très classique dans laquelle j’ai essayé de mettre ma patte et ma personnalité.

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