Maps to the Stars de David Cronenberg: critique

Publié par Guillaume Ménard le 21 juin 2014

Synopsis : A Hollywood, la ville des rêves, se télescopent les étoiles : Benjie, 13 ans et déjà star; son père, Sanford Weiss, auteur à succès et coach des célébrités; sa cliente, la belle Havana Segrand, qu’il aide  à se réaliser en tant que femme et actrice. La capitale du Cinéma promet aussi le bonheur sur pellicule et papier glacé à ceux qui tentent de rejoindre les étoiles: Agatha, une jeune fille devenue, à peine débarquée, l’assistante d’Havana et le séduisant chauffeur de limousine avec lequel elle se lie, Jerome Fontana, qui aspire à la célébrité. Mais alors, pourquoi dit-on qu’Hollywood est la ville des vices et des névroses, des incestes et des jalousies ? La ville des rêves fait revivre les fantômes et promet surtout le déchainement des pulsions et l’odeur du sang.

 

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Maps to the Stars de David Cronenberg - affiche

Maps to the Stars de David Cronenberg – affiche

David Cronenberg nous revient deux ans après Cosmopolis. Moins bavard et plus corrosif que son prédécesseur, Maps to the Stars, présenté en compétition officielle au dernier festival de Cannes, dresse une galerie de portraits de personnages torturés évoluant dans la sphère hollywoodienne. Comme son titre l’indique, le cinéaste canadien dépeint une carte d’étoiles sombres dans un ciel chargé de désillusions. On y suit l’arrivée à Los Angeles d’Agatha Weiss, jeune femme énigmatique brûlée au visage, magnifiquement interprétée par Mia Wasikowska. Vouant un culte fasciné pour les stars, Agatha Weiss fait la connaissance de Jérôme Fontana (Robert Pattinson), chauffeur de limousine ayant pour ambition de percer en tant qu’acteur. Avec cette course inlassable à la réussite individuelle qui emprunte la route du cynisme, le ton est rapidement donné. On découvre en effet rapidement que tous les personnages sont rattachés les uns aux autres, Cronenberg tissant ses constellations avec des liens obsessionnels, professionnels ou familiaux. En premier lieu le frère d’Agatha, Benjie Weiss (Evan Bird), enfant-star impitoyable et blasé, managé par sa propre mère (Olivia Williams). Son père, Stafford Weiss (John Cusack), thérapeute de comptoir et auteur de livres New-Age est aussi le coach de vie de Havana Segrand (Julianne Moore), actrice à la dérive cherchant à retrouver la gloire en choisissant d’interpréter un rôle des années 60, incarné par sa défunte mère.

 

Julianne Moore dans Maps to the Stars de David Cronenberg / Photo © Daniel McFadden

Julianne Moore dans Maps to the Stars de David Cronenberg / Photo © Daniel McFadden

 

Dans ce chaos où règnent superficialité, argent et pouvoir, Cronenberg révèle le mal-être familial détruit par l’ambition et les faux-semblants. Les personnages se retrouvent confrontés à leurs démons qui prennent la forme d’apparitions fantomatiques, comme Havana Segrand toujours traumatisée par sa mère morte et les fausses promesses de Benjie Weiss à une jeune fan en phase terminale. Tout ceci donne une dimension aussi obsessionnelle qu’ésotérique, renforcée par le poème entêtant de Paul Eluard, Liberté, répété telle une prière par Agatha Weiss. La figure de ce poète surréaliste confère à l’atmosphère une impression d’être extérieur à la réalité. La mise en scène de Cronenberg, qui a évolué ces dernières années avec A DANGEROUS METHOD et Cosmopolis, se veut quant à elle plus sobre. Le rythme est lent, aussi implacable que le destin des protagonistes. Le cinéaste prend le temps de filmer ses acteurs. Les champs-contrechamps sont souvent utilisés pour mieux souligner les rapports de force et joutes verbales de ces personnages rongés par l’ambition. Les plans sont aussi très souvent serrés. Il parvient ainsi à cerner davantage la douleur en cloisonnant l’espace filmique et ainsi mieux emprisonner la famille Weiss et l’actrice Havana Segrand. Car s’il s’agit bien d’espace confiné dans l’intimité des protagonistes pour traduire l’enfermement, ce même espace se libère lorsqu’il évoque la décadence d’Hollywood (la villa excessive d’Havana, Hollywood Boulevard, les plateaux de tournage).

 

Mia Wasikowska dans Maps to the Stars de David Cronenberg / Photo © Daniel McFadden

Mia Wasikowska dans Maps to the Stars de David Cronenberg / Photo © Daniel McFadden

 

La question des rapports parents/enfants sont également au cœur de Maps to the Stars, et dépeignent avec douleur cette attente écrasante envers les enfants : Stafford Weiss n’ayant plus d’autorité sur son fils acteur qu’il veut voir au sommet, la mère d’Havana et ses demandes incestueuses pressantes. Le propos est d’autant plus appuyé et refroidi par la photographie glacée de Peter Suschitzky, qui avait déjà officié sur Faux-Semblants et Crash, et d’une bande originale lancinante composée par Howard Shore, collaborateur régulier de Cronenberg, qui livre ici une partition organique et menaçante. L’autre thématique sous-jacente dans la filmographie du réalisateur, le sexe, fait office ici de faire-valoir. S’il est présenté de manière désabusée, il révèle surtout cette quête d’amour et de reconnaissance, notamment au travers du personnage de Havana. La performance magnifique de Julianne Moore flirte en outre avec la folie, lui valant de rafler à juste titre le prix d’interprétation à Cannes. Le reste du casting est tout aussi impeccable comme John Cusack parfait en thérapeute obsédé par la réussite, Robert Pattinson de plus en plus à l’aise dans le registre d’auteur tandis que Mia Wasikowska confirme son statut d’actrice à suivre. Ainsi, avec Maps to the Stars, Cronenberg nous sert une oeuvre aboutie et torturée, voyage halluciné vers la folie derrière les projecteurs et les villas dantesques de Los Angeles où on assiste à l’effondrement du rêve américain sur des corps meurtris et des âmes tourmentées.

 

Guillaume Ménard

 

 

  • MAPS TO THE STARS de David Cronenberg en salles depuis le 21 mai 2014.
  • Casting : Julianne Moore, Mia Wasikowska, Sarah Gadon, Olivia Williams, John Cusack, Robert Pattinson, Carrie Fisher, Niamh Wilson, Jayne Heitmeyer, Emialia McCarthy, Amanda Brugel, Evan Bird, Justin Kelly, Joe Pingue, Kiara Glasco…
  • Scénario : Bruce Wagner
  • Production : Saïd Ben Saïd, Martin Katz, Michel Merkt
  • Photographie : Peter Suschitzky
  • Musique : Howard Shore
  • Montage : Ronald Sanders
  • Décors : Carol Spier
  • Costumes : Denise Cronenberg
  • Distribution : Le Pacte
  • Durée : 1h51

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