Notre Dame des Hormones de Bertrand Mandico: critique

Publié par CineChronicle le 26 septembre 2014

Synopsis : Deux actrices répètent leur spectacle dans une maison au fond des bois. Lors d’une promenade, elles découvrent une créature hideuse de la taille d’un phoque. Couverte de poils, cette dernière ne communique qu’avec des gargouillements. Les jeunes femmes vont rapidement s’attacher de façon passionnelle à la chose qu’elles adoptent immédiatement en ignorant qu’il s’agit de Notre Dame des Hormones. Leur relation va être totalement bouleversée par cette rencontre inattendue.

 

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Notre Dame des Hormones de Bertrand Mandico - affiche

Notre Dame des Hormones de Bertrand Mandico – affiche

Bertrand Mandico, figure incontournable du cinéma indépendant français, revient aujourd’hui avec Notre Dame des Hormones, ovni filmique d’une durée de 30 minutes toujours situé hors des sentiers battus, qui a été présenté en exclusivité ce dimanche 21 septembre 2014 au Cinéma des Cinéastes. Formé aux Gobelins en 1993, il s’est d’abord essayé au cinéma d’animation. Il concocte en 1998 Le Cavalier bleu. Inspiré de rituels païens, ce court-métrage atypique est une première incursion dans un univers surréaliste et décalé. Celui qui se fait souvent plasticien n’a de cesse d’explorer les frontières entre cinéma et beaux-arts. Sa réalisation s’accompagne toujours d’une recherche esthétique approfondie (dessins, photographies et textes). Il multiplie les casquettes et poursuit son chemin avec Boro in the Box (2011), Living Still Life (2012) et travaille aussi pour Arte. Il est aujourd’hui de retour avec Notre Dame des Hormones, tourné en 16mm, qu’il a écrit pour son actrice fétiche, Elina Lӧwensohn, et pour Nathalie Richard. On fait face à un beau duo d’actrices pour explorer les différentes facettes du désir dans un univers à la fois obscène et féérique. Ce sont deux femmes solitaires. L’une, la quarantaine passée, dit avoir de légers problèmes d’hormones. Beauté un peu fanée, elle passe son temps à contempler avec tristesse les ravages de l’âge sur son visage dans un miroir brisé. L’autre est une femme excentrique, vêtue de façon extravagante. Toutes deux vont s’éprendre d’une brulante passion pour une créature étrange ne ressemblant à rien d’existant. C’est un morceau de chair, poilu et squameux. Elles se jalousent, fantasment et projettent des histoires folles sur cette créature. L’une se persuade qu’elle peut communiquer avec elle, ayant sa faveur au détriment de sa consoeur. Cet amour extatique débouche sur une forme de rituel, Notre Dame des Hormones devenant à terme l’objet d’un culte quasi religieux.

 

Elina Lowensohn et Nathalie Richard dans Notre Dame des Hormones de Bertrand Mandico / Photo Ecce Films

Elina Lӧwensohn et Nathalie Richard dans Notre Dame des Hormones de Bertrand Mandico / Photo Ecce Films

 

Les deux actrices s’emparent ainsi avec délice de cette partition décalée. Elina Lӧwensohn, venimeuse et manipulatrice, excelle dans son registre cinglant. Nathalie Richard est, quant à elle, plus délicate prenant des airs vaporeux et romantiques. Elles offrent un jeu excessif, surligné, loin de toute psychologie car ce film se moque clairement des relations amoureuses et des crises de jalousies. L’objet de convoitise de ces deux femmes se meut en une créature répugnante en lieu et place d’un bel Adonis. Une façon d’évoquer l’irrationalité des sentiments et leur part d’aveuglement. Notre Dame des Hormones expose en fait ce qu’une bluette romantique cherche à dissimuler à tout prix, à savoir toute la crudité des relations. C’est une métaphore obscène du désir pouvant réduire une relation à une forme de sexualité primitive et bestiale. Si cette thématique est intéressante, elle n’est pourtant hélas pas développée suffisamment. Mandico ne cherche pas à creuser l’aspect psychologique dans son scénario. Ce tandem féminin est d’emblée représenté comme deux rivales cherchant à s’accaparer cette chose. On ne dépasse pas ce postulat de départ, malgré l’esquisse d’un ménage à trois. Tout est conçu de manière instinctive par son aspect visuel, plutôt que rationnellement ou intellectuellement.

 

Le film déploie également une autre facette, celle d’un conte de fée malsain, avec pour narrateur Michel Piccoli, nous guidant dans un univers à la fois enchanté et empoisonné. On évolue dans une forêt magique, embrumée, peuplée de créatures étranges. Les arbres semblent prendre vie, les statues dans les jardins s’animent. Cette atmosphère vaguement païenne rappelle celle de contes antiques. Notre Dame des Hormones s’ouvre en outre sur le personnage d’Œdipe, vieillard victime de son propre désir. Et à l’instar des métamorphoses d’Ovide, les bois sont habités de créatures hybrides comme une biche pourvue de seins humains. L’esthétique est très particulière, à la fois sophistiquée et artisanale. L’image devient l’objet de toutes les transformations. Elle est travaillée de façon très plastique par surimpression de couleurs. Traversée par des pluies de paillettes dorées et de plumes colorées, elle passe par des nuances de teintes pastels. Son style est aussi très kitsch et suranné, rappelant un peu le travail de Guy Maddin. Mais Bertrand Mandico se réfère surtout à Cocteau et à son goût pour la féérie, lequel reste néanmoins plus austère et classique malgré sa fantaisie.

 

Notre Dame des Hormones de Bertrand Mandico / Ecce Films

Notre Dame des Hormones de Bertrand Mandico / Ecce Films

 

Notre Dame des Hormones est poussé à l’excès, de l’ordre du débordement. Bertrand Mandico use et abuse des accessoires insolites. La décoration d’intérieur est abracadabrante. Cette ambiance baroque est contrebalancée par une tonalité plus grotesque et outrancier qui frise par moment le mauvais goût, voire la scatologie. Un contraste que ce cinéaste aime cultiver. Mais bien souvent l’esthétique prend le pas sur scénario et le propos. On frôle l’art vidéo et la démarche expérimentale. Il n’est jamais question de basculer dans un autre univers, on reste d’emblée confronté à un monde étrange ayant une très grande homogénéité, mais qui ne nous ménage aucune surprise. C’est une exploration sans rupture, souvent répétitive au travers des effets visuels. Une certaine sobriété aurait été plus efficace pour nous toucher davantage car ce trop plein d’images donne une lourdeur et une artificialité à ce court métrage, qui reste néanmoins hors normes dans le paysage actuel et a tout pour être poétique…

 

 

Laetitia Della Torre

 

 

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  • NOTRE DAME DES HORMONES écrit et réalisé par Bertrand Mandico.
  • Avec : Elina Lӧwensohn, Nathalie Richard et la voix de Michel Piccoli.
  • Production : Emmanuel Chaumet de Ecce Films
  • Photographie : Pascale Granel.
  • Montage : Laure Saint-Marc.
  • Décors : Astrid Tonnelier.
  • Costumes : Sarah Topalian
  • Durée : 30 min.
  • Avec le soutien de France 2 et de Cliclic

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