Ressortie/ Vidéodrome de David Cronenberg: critique

Publié par CineChronicle le 22 septembre 2014

Synopsis: Max, le patron d’une petite chaîne érotique sur le câble, capte par hasard un mystérieux programme-pirate dénommé Vidéodrome, qui met en scène tortures et sévices sexuels. Son visionnage provoque peu à peu des hallucinations et autres altérations physiques. La frontière entre réalité et univers télévisuel devient bien mince, et la folie guette…

 

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Vidéodrome de David Cronenberg - affiche

Vidéodrome de David Cronenberg – affiche

La ressortie en version restaurée de Vidéodrome de David Cronenberg le 29 octobre dans les salles obscures fait sans conteste partie des événements cinématographiques intéressants de cet automne, aux côtés de celle de Massacre à la Tronçonneuse. C’est en tout cas l’occasion inespérée de (re)découvrir ici James Woods dans un de ses rôles phares, et de succomber aux charmes de sa délicieuse compagne, une journaliste aux tendances sadomasochistes, interprétée par une splendide Deborah Harry, chanteuse iconique pop rock alors au sommet avec son groupe Blondie. Peu projeté sur les écrans, Vidéodrome avait sombré dans un oubli relatif. A sa sortie en 1983, il connut un échec commercial, le public ayant été rebuté par sa complexité irrationnelle et absconse. Mais pour les inconditionnels du cinéaste canadien, cette œuvre visionnaire, violente et organique, qui a acquis le statut culte au fil des années, occupe une place fondamentale dans sa carrière, après Chromosome 3 (1979), Scanners (1981) et avant le succès total de La Mouche (1986), avec bien sûr ceux qui ont suivi comme Faux-Semblants (1988) ou encore Le Festin Nu (1991). Le créateur et papa de la Nouvelle Chair signe ici un film extrêmement abouti, lié à toutes ses obsessions, à savoir sa fascination pour la violence, les diverses dérives de la science, l’impact des nouvelles technologies, les mutations humaines et animales et les troubles psychiques. Des thèmes forts et polémiques coutumiers du cinéaste qui a toujours aimé sonder les phobies, les pulsions refoulées et les névroses de l’âme humaine et de la société contemporaine. On retrouve ainsi dans Vidéodrome l’avènement de la VHS dans les foyers, les débats sur la sexualité tourmentée et la violence dans les médias, ainsi que son inspiration relatives aux théories de Marshall Macluhan, sociologue spécialisé dans ce domaine et professeur de littérature anglaise. En dépit de cet ancrage contextuel, cette œuvre dingue, dégénérée et viscérale ne paraît cependant jamais trop datée. Bien au contraire. Celle qui a été qualifiée de ‘prophétique’ par sa vision sur les dérives cathodiques, reste encore aujourd’hui toujours d’actualité.

 

James Woods et Deborah Harry dans Vidéodrome de David Cronenberg

James Woods et Deborah Harry dans Videodrome de David Cronenberg

 

Max Renn (Woods) est un homme cynique et las de l’érotisme frelaté des films proposé par sa collègue Macha (Lynne Gorman), une irrésistible vieille rombière à l’accent russe langoureux. Il est en quête de quelque chose de plus trivial et violent, pouvant captiver et choquer les spectateurs de sa chaîne. Son attitude fait parler de lui, au point d’être régulièrement l’invité de talkshows sur la sexualité et les médias. C’est en outre sur un plateau TV qu’il rencontre Nicky, une jolie journaliste provocante. Alors qu’ils deviennent amants, l’associé de Max, Harlan (Peter Dvorsky), découvre un programme clandestin, nommé Vidéodrome. Un show sans scénario fait de violence à l’état pur, un snuff movie avant l’heure. Max pense avoir débusqué la perle rare. Nicky, elle, est littéralement fascinée, étant une grande adepte du fouet et des pratiques sadomasochistes. Tous deux vont tenter d’en savoir plus. Mais leur petite enquête les entraîne dans les abimes de la folie cathodique. Macha, étrangement au fait de la situation, avoue à Max qu’il y a derrière Vidéodrome des enjeux plus politiques. Elle lui donne avec réticence le nom de Brian O’Blivion (Jack Creley), un professeur de science sociale spécialisé dans les médias (alter égo de Marshall Macluhan précité plus haut). Il parvient à communiquer avec lui via des vidéocassettes et acquiert de précieuses informations puisque ayant visionné ce programme, il va être victime d’hallucinations causées par une tumeur. Sa vie est dès lors envahie de phénomènes inexpliqués; cassettes et téléviseur devenant des monstres de chair et de sang.

 

Videodrome de David Cronenberg

Videodrome de David Cronenberg

 

Une thématique comme les médias et leur impact sur les consciences aurait pu être traitée de façon très froide, lisse et intellectuelle. On fait face au contraire à un objet filmique dévastateur multipliant les scènes organiques de body horror, dont les maquillages ont été conçus par le grand Rick Baker (oscarisé deux ans plus tôt pour ceux de Le Loup-Garou de Londres). Loin d’être purement gratuites, elles expriment toute la prise de conscience de la vulnérabilité des corps humains en fusion avec le matériel vidéo. Le ventre de Max s’ouvre en une plaie béante aspirant les cassettes tel un magnétoscope vivant, et l’arme, véritable excroissance – voire extension – de sa propre main, se transforme en chair putréfiée. De fait, toutes les frontières sont bannies. Un mal invisible ronge l’intérieur des corps et la peur les dévore au travers d’images récurrentes d’une bouche démesurée d’une femme prête à l’engloutir. La limite entre fiction et réalité devient ténue et fragile. Littéralement parasité par les images télévisuelles, le quotidien de Max semblait avoir basculé dans une autre dimension avant même qu’il ne commence à être victime d’hallucinations. Véritable plongée nocive au sein des différents canaux cathodiques et de la réalité virtuelle, Vidéodrome comprend finalement peu de décors réels. On ne compte plus les multiples mises en abymes, et les interventions des personnages principaux à l’écran. Malgré toute son étrangeté, cet univers reste une puissante caricature de la société dans sa volonté de produire quelque chose de bien plus troublant et déstabilisant qu’une simple satire dénonçant les dérives contemporaines de l’époque.

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