Synopsis : XIXe siècle, une ferme isolée à la lisière d’un maquis. Un enfant est laissé seul par ses parents. Survient un homme, blessé, qui cherche à échapper à un groupe de soldats. Dès lors, le jeune garçon se retrouve pris au piège de la violence des hommes.

 

♥♥♥♥♥

 

Mateo Falcone de Eric Vuillard - affiche

Mateo Falcone de Eric Vuillard – affiche

Présenté aux festivals de Turin et d’Angers, Mateo Falcone est un premier long-métrage comme on en voit peu. Presque exempt de dialogues, le film d’Eric Vuillard présente également une durée inhabituelle d’une heure. Pourtant, plus que ce temps resserré de l’intrigue, c’est sa mise en espace qui étonne et s’avère le point le plus marquant de cette tragédie âpre et filmée sans autre forme de procès. En adaptant la nouvelle éponyme de Prosper Mérimée, le cinéaste en a conservé l’ambiance ; de ce ciel malade dévoilant peu à peu l’orage ou l’éclaircie aux maquis épais et touffus, décrit par l’auteur de Colomba et Lettres d’Espagne. En parallèle, aucun prénom n’est cité, contrairement à l’œuvre de Mérimée. Pas de Mateo Falcone, ni de Fortunato ou encore de Gianetto Sanpiero. Seules les natures de ces êtres restent identifiables : un enfant, un meurtrier et voleur en fuite, un père impitoyable, des soldats… Mais les desseins des personnages se lisent surtout dans ce ciel gris et ces champs venteux à la couleur ocre, semblant tout droit sorti d’une toile impressionniste. De ces panoramas à ces longs plans fixes et larges, Vuillard expose clairement la scène du drame comme un protagoniste à part entière. Ce parti pris a de quoi séduire car il est rare de contempler un tel cadre, de l’observer en train d’évoluer en un temps d’action aussi court.

 

Hiam Abbass et Patrick le Mauff dans Mateo Falcone de Eric Vuillard

Hiam Abbass et Patrick le Mauff dans Mateo Falcone de Eric Vuillard

 

Et c’est bien cet incroyable décor naturel qui accompagne et nourrit la latence parcourant le récit. Eric Vuillard l’utilise même pour y distiller quelques belles idées de mise en scène. Il faut par exemple citer ce moment où le criminel en fuite, caché dans le maquis, aperçoit un cheval… puis un soldat, avant que toute une armada d’hommes armés et leurs montures n’apparaissent dans les broussailles dorées. Qu’importe leur nombre, au milieu de cet horizon riche d’un ciel déchiré et d’une terre envahissante qui reste à la fois le théâtre et l’oracle d’un dénouement implacable. Le fait que le film soit quasiment muet donne encore plus de poids et de force à la mise en scène de Vuillard. A l’instar de ceux qui le peuplent, le paysage n’a pas d’appartenance géographique clairement identifiée, quand Mérimée plaçait son histoire au cœur de Porto-Vecchio, dans la Corse du Sud de 1829. Vuillard, lui, retire complètement la dimension sociologique de ses personnages. En bon scénariste – on lui doit le script de La vie nouvelle de Philippe Grandrieux -, il passe même outre les phrases que Mérimée faisaient dire à son anti-héros et à sa progéniture maudite. Ses choix ont le mérite de mettre en avant le comportement impitoyable de ces adultes et la cruauté du dénouement, déjà perceptible dans l’écriture de Mérimée. Car il n’est nul besoin de paroles pour se rendre compte du décalage de ces tendres échanges du début entre les parents et leur unique fils et ce geste inouï qui vient ponctuer tout ce qui a précédé.

 

Mateo Falcone de Eric Vuillard - Aloest Distribution

Mateo Falcone de Eric Vuillard – Aloest Distribution

 

S’il évite de justifier telle attitude au détriment d’une autre, Vuillard ne parvient pas totalement à garder le point de vue de l’enfant en exergue. C’est pourtant ce dernier qu’il favorise dès les premières minutes, après que les sons stridents de quelques violons n’aient ouvert le film en oiseaux de mauvais augure. Sans doute souhaitait-il par la suite laisser à chacun décider de qui, entre le fugitif et l’enfant qui le trahit, est le premier innocent de Mateo Falcone. La culpabilité se conjugue elle aussi au pluriel, sur les visages de ces soldats à la force brute également filmés en gros plans. Les réactions expressives priment sur les explications, lesquelles manquent parfois à l’appel. Quid notamment de la réputation de Falcone que Mérimée évoque dans sa nouvelle et qui, sans le cautionner, conditionne son acte final ? Expérience du ressenti plus que du sentiment, Mateo Falcone atteint à la fois ses limites et ses plus gros atouts dans ces attraits vierges de toute reconnaissance historique. Entre cauchemar et évasion onirique, apaisement illusoire et tension extrême, la violence des hommes n’a plus d’époque. Si son exposition des êtres en question peut laisser perplexe, Vuillard ne passe en tout cas pas à côté de son décor. Il a trouvé en ces Causses d’une beauté inouïe, un chantre de premier ordre.

 

 

  • MATEO FALCONE réalisé par Eric Vuillard en salles le 26 novembre 2014.
  • Avec : Hugo de Lipowski, Hiam Abbass, Patrick le Mauff, Florian Cadiou, Thierry Levaret, Pierre Moure, Pascal Durozier, Barthélemy Goutet, Olivier Barascud…
  • Scénario : Eric Vuillard, d’après l’œuvre de Prosper Mérimée.
  • Producteurs : Emmanuel Schlumberger, Catherine Jacques.
  • Photographie: Johann Charrin.
  • Son : Yves Capus.
  • Montage : Juliette Haubois.
  • Distribution : Aloest Distribution.
  • Durée : 1h05.

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