Livre/ Terrence Malick et l’Amérique d’Alexandre Mathis: critique

Publié par Olivia van Hoegarden le 10 février 2015

Résumé : Qu’est-ce qui fait la spécificité du cinéma de Terrence Malick ? En quoi le territoire américain inspire sa puissance visuelle, ses thématiques, ses légendes, sa morale ? C’est ce à quoi cet ouvrage tente de répondre. À la fois essai de vulgarisation et analyse thématique, il offre de nouvelles perspectives pour appréhender le cinéma de Malick. C’est surtout le premier essai francophone à traiter de l’intégralité de sa filmographie et permet ainsi une étude transversale unique.

 

 

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Terrence Malick et L'Amerique - couverture

Terrence Malick et L’Amérique – couverture

Quand la revue en ligne Playlist Society, un pure player, fait le chemin vers la matérialisation, cela donne une nouvelle maison d’édition papier. Pour la porter sur les fonts baptismaux, un jeune parrain, Alexandre Mathis, qui se penche sur Terrence Malick, dont l’œuvre est le sujet de ce premier ouvrage Terrence Malick et l’Amérique. Son essai tente de définir Malick au cœur de l’American Way Of Life, dans son Amérique à lui, à la fois terre de racines et terre d’accueil (sa mère est américaine, son père est d’origine assyrienne). S’il y avait un alpha dans le travail de Malick, ce serait Les Moissons du Ciel (1979), l’omega en serait THE TREE OF LIFE (2011), Palme d’or à Cannes, qui marque son retour après une longue mise en retrait, destinée à la réflexion et aux voyages (il vit plusieurs années en France). Et pourtant, si sa filmographie est courte, elle est intense et jamais le cinéaste ne cesse d’écrire, de produire, de participer à une œuvre cinématographique riche, longue et originale. Depuis 2011, il est sur tous les fronts avec KNIGHT OF CUPS (le chevalier à la coupe, une figure du jeu de tarot), présenté récemment à la Berlinale, un double documentaire Untitled Malick Project – dont l’un serait commenté par Brad Pitt, l’autre par Cate Blanchett, et Voyage of Time, prévu en 2016. Mais Alexandre Mathis navigue dans un delta qui inclut les deux films précités ainsi que La Balade sauvage (1973), La ligne rouge (1998), Ours d’or à Berlin, Le Nouveau Monde (2005) et A la merveille (2012). Autant de cercles, que tel Dante, il nous faut descendre à la suite de Mathis dans l’exploration abyssale de l’univers malickien. Ou en tous cas dans sa parcelle la plus importante à ce jour malgré son regain d’activité récente.

 

Certes, Terrence Malick, comme Stanley Kubrick à qui on le compare, demeure un personnage et un cinéaste mystérieux. Et d’ailleurs, on en saura peu sur l’homme, à peine la mort d’un frère et l’évocation de son parcours journalistique. Et ce mystère, qui n’occulte pas la vision, Mathis veut le décrypter, et le délivrer au monde en quelque sorte. Il se connecte à son sujet par vagues successives d’évocations mystiques, cosmogoniques, animistes. À chaque chapitre, il revient sur ces lumières éblouissantes, cette nature maternelle, ces rivières qui s’écoulent à l’infini, ces hommes et ces femmes sublimes (Richard Gere, Brad Pitt, Sean Penn, George Clooney, Cate Blanchett, Brooke Adams), cette intemporalité, ces perpétuelles voix-off, ces questionnements : qui suis-je, pourquoi suis-je né, où vais-je ? Le cinéma de Terrence Malick ne tient-il que dans des symboles ? Mathis soupèse, analyse, mais où veut-il en venir ? Il convoque les philosophes, les écrivains, les poètes, la Bible, Rousseau, Thoreau, Godard aussi, et bien d’autres. Il saute de Malick au film d’un autre réalisateur, le décortique en mots hélas souvent pédants et repart de plus belle sur les désillusions de Pocahontas et de John Smith (Le Nouveau Monde), la fuite de Bill et de Linda (Les Moissons du Ciel), le road trip de Kit (La Balade Sauvage), ce tueur né…

 

De fait, Mathis semble être enfermé dans une tour d’ivoire intellectuelle. Il nous parle de Malick et de ses personnages comme s’il les fréquentait tous les jours, comme un privilégié, comme si le lecteur, lui aussi, devait connaître intimement ce petit monde. On se croirait dans un cocktail mondain où chacun s’apostrophe : « Salut tu as vu Terry ? (Malick) », « Non mais j’ai croisé Stan. (Kubrick) » « Et Marina ? Elle est au Mont St-Michel avec Neil », « Neil, sans Jane ? Tu plaisantes ? ». On se sent malheureusement un peu abandonné à l’entrée d’un lieu branché, sans carton d’invitation ni tête de l’emploi. Mais une découverte émerveillée qui donnera l’envie de pénétrer dans un monde inconnu, de voir ou revoir tous les films de Malick, point. Alexandre Mathis possède son sujet sans conteste, il lui apporte toutefois une ferveur un peu scolaire. Ce premier essai prend encore la forme d’un mémoire d’étudiant d’école de cinéma. Les examinateurs éclairés ne manqueront néanmoins pas d’être indulgents et de voir ses capacités potentielles.

 

Olivia van Hoegarden

 

 

  • TERRENCE MALICK ET L’AMÉRIQUE d’Alexandre Mathis disponible depuis le 15 Janvier 2015 aux nouvelles éditions Playlist Society.
  • 192 pages
  • Version Numérique : 7€
  • Version papier : 14€

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