Livre/ Le Cinéma Infiltré de Grover Lewis: critique

Publié par Olivia van Hoegarden le 13 mars 2015

Résumé : Grover Lewis est un auteur phare du nouveau journalisme. Il a collaboré à Rolling Stone dans les grandes années du magazine et à Play Boy. Décédé en 1995, il a laissé des écrits, essais, romans, poèmes inachevés et de nombreux articles de très haut niveau dont certains sont regroupés dans ce recueil.

 

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Le Cinéma Infiltré - Un Nouveau Journalisme - couverture

Le Cinéma Infiltré – Un Nouveau Journalisme – couverture

Il n’était certainement pas de meilleur hommage à rendre à Grower Lewis, chantre du « Nouveau Journalisme », que de publier un recueil de ses meilleurs articles dans Le Cinéma Infiltré. Après tout, l’homme n’est-il pas l’un des collaborateurs les plus en vue du mythique magazine Rolling Stone et grand spécialiste du cinéma des années 70 ? Pour sa biographie, Jan Reidt et W.K. Stratton se chargent de l’expédier en une préface titrée fort justement Esquisse biographique. Pourtant, le sujet est lourd. Né au Texas en 1934, fils d’une serveuse et d’un chauffeur routier porté sur la bouteille, Lewis est orphelin très jeune. Ses parents s’entretuent, version officielle. Il est recueilli par un oncle et une tante, mais il fugue. Confié à un autre oncle, il parvient à se stabiliser, faire des études, écrire et se lancer dans la mouvance de la contreculture. Avec ses éclats et ses travers. Il boit, se drogue et adopte le style gonzo cher à Tom Wolfe. Il se met en scène dans des interviews immersives, tout au long de papiers interminables, fourmillant d’anecdotes, de ragots glanés sur les plateaux de cinéma, de dialogues échangés entre deux cuites et parle de lui à la troisième personne. « Le Journaliste » va jusqu’à jouer de petits rôles. Il brise dès lors certains tabous d’Hollywood, sa magie en Technicolor, montrant les coulisses du cinéma, la flamboyance et la bassesse de ses stars comme de ses petites mains. Merveilleux observateur de l’envers du décor, intervieweur sans pitié – Mitchum le lui reprochera –, Grover Lewis ne cède sur aucun détail trivial, sur aucune turpitude, ni sur aucune vérité pas bonne à dire. Il a vu, entendu et le dit. Mais loin de lui, le sensationnalisme des tabloïds.

 

Il connaît la littérature, Steinbeck, Tennessee Williams, les auteurs, Roth, Capote ou George Higgins, les grands metteurs en scène, de Peckinpah à Peter Yates en passant par Bogdanovich ou Milos Forman, les scénaristes, Walter Hill, les producteurs, Michael Douglas, les assistants, les maquilleuses… ils ont tous un nom pour Lewis, ils ont tous une âme. Et puis, les acteurs. Sous sa plume, on voit naître Cybill Shepherd et Jeff Bridges, on part à la chasse de Nicholson, de Steve McQueen, des yeux d’Ali McGraw, on écoute les confidences de Stacy Keach. En persistance rétinienne, on voit passer John Huston, David O. Selznick, Bogart, Raoul Walsh… Grover Lewis connaît son cinéma sur le bout des doigts et son Amérique aussi. Si ses observations sont sans concession, sa sévérité ne va pas sans un immense respect à l’égard de ceux qu’il observe. Ainsi, son reportage sur le tournage des Copains d’Eddie Coyle de Peter Yates (1973), qui débouche sur un monologue humaniste et très arrosé de Robert Mitchum, inspire la tendresse et l’empathie. Il suscite une grande émotion avec Les vieux films dans ma tête, un essai jamais publié, une balade qui le mène à travers Hollywood au cimetière où il fleurit la tombe d’un acteur oublié.

 

Lewis ne critique jamais, il ne fait que relater. L’infiltré s’identifie, tout en gardant du recul grâce à l’écriture du gonzo qu’il est et à ses tournures de phrases métaphoriques, à la la réalité distanciée du cinéma. Un monde de tarés alcooliques, défoncés, médisants, paranos, cinglés, déglingués et tellement attachants qui ont su, après le clap de fin, faire rêver le public. Cette incursion dans le grand cinéma des années 70, travelling vertigineux digne de La soif du mal d’Orson Welles, méritait cependant une traduction digne de l’auteur hors norme qu’était Lewis. Malheureusement, le style de la version française, non seulement peine à restituer l’esprit gonzo du nouveau journalisme mais pêche également par de nombreuses inexactitudes et une méconnaissance de la langue américaine. Seul petit défaut de ce recueil qui reste un plaisir à ne bouder en aucun cas !

 

 

 

  • LE CINÉMA INFILTRÉ – UN NOUVEAU JOURNALISME de Grover Lewis disponible en librairie depuis le 6 Février 2015 chez Capricci Editions.
  • Traduction : Pauline Soulat
  • 256 pages
  • 19 €

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