Ressortie/ L’Obsédé (The Collector) de William Wyler: critique

Publié par Thierry Carteret le 27 mars 2015

Synopsis : Un jeune employé de bureau, Freddie Clegg, collectionneur de papillons, nourrit une passion éperdue pour une jolie étudiante, Miranda Grey. Tels les papillons, il la prend en filature et finit par l’enlever en l’endormant avec du chloroforme. Il la séquestre dans une cave d’une grande maison isolée et annonce a sa victime qu’aucun mal ne lui sera fait. Il la garde seulement pour lui.

 

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L'Obsede de William Wyler - affiche

L’Obsédé de William Wyler – affiche

À l’occasion de son 50e anniversaire, l’un des chefs-d’œuvre de William Wyler s’offre une nouvelle jeunesse avec une version superbement restaurée visible à nouveau en salles le 1er avril. Loin d’être inédit cependant, L’obsédé est toujours disponible en vidéo dans la collection Les Introuvables chez Wild Side depuis juin 2014. En le redécouvrant aujourd’hui sur grand écran, l’un des derniers films du réalisateur de Ben-Hur et de La Maison des Otages conserve toute sa force et son vénéneux pouvoir de séduction. On le doit notamment grâce à l’interprétation magistrale du duo Terence Stamp et Samantha Eggar, corécipiendaires des prix d’interprétations à Cannes en 1965. Si l’on retrouvera l’acteur trois ans plus tard dans Théorème de Pier Paolo Pasolini, la comédienne reviendra en 1979 dans le terrifiant Chromosome 3 de David Cronenberg. Dans L’obsédé, Terence Stamp alors débutant incarne Freddie Clegg un jeune homme passionné par la collection de papillons, d’où son titre original mieux approprié The Collector. Obnubilé et fou d’amour pour Miranda Grey, la charmante étudiante en Art campée par Samantha Eggar, il finit par la séquestrer afin d’obtenir son amour en retour. La jeune femme devient alors la proie du collectionneur, à l’image de l’un de ses papillons… L’intrigue presque entièrement en huis clos se concentre sur ce face à face entre la victime et son geôlier dans un combat éperdu et tendu, où se mêle peur, incompréhension et manipulation. Véritable bijou de suspense psychologique, à la source de nombreux thrillers par la suite, L’Obsédé demeure une œuvre impressionnante de William Wyler. On frissonne pour la jeune Miranda tout en éprouvant un mélange de crainte et de pitié pour le personnage de Freddie.

 

Terence Stamp dans L'Obsede (The Collector) de William Wyler

Terence Stamp dans L’Obsédé (The Collector) de William Wyler

 

La singularité de ce film est de dresser le portrait d’un psychopathe inédit à l’écran. Bien qu’il soit proche du Norman Bates de Psychose (1960), avec probablement derrière une mère castratrice, presque rien n’est expliqué sur son passé familial. Tout juste voit-on sa débonnaire tante lui annoncer qu’il vient de gagner une fortune à un concours de pronostics. Si Freddie enferme donc sa victime dans le but de se faire aimer d’elle, la conclusion contredit totalement ce postulat de départ, révélant une vérité plus insaisissable et de fait, bien plus vertigineuse sur la psychologie du personnage. L’artifice d’avant-garde est de nous montrer un tortionnaire au visage d’ange. Freddie, avec son regard clair, et malgré sa démarche étrange, aurait pu parfaitement conquérir le cœur de la jeune Miranda en procédant autrement. Le choix de lui opposer un personnage féminin fort est judicieux. Miranda n’est pas la proie si fragile que l’on peut supposer au départ. Elle s’avère pleine d’assurance et de ressources pour faire tomber le masque de cet homme, derrière lequel se cache finalement un monstre pathétique à l’esprit quasi enfantin. Car face à la maturité de cette femme, il finit par inspirer autant l’effroi que la pitié.

 

Samantha Eggar dans L'Obsede (The Collector) de William Wyler

Samantha Eggar dans L’Obsédé (The Collector) de William Wyler

 

En toile de fond, L’obsédé en profite pour dresser une peinture sur la lutte des classes. Cet employé pauvre et ordinaire, qui se retrouve subitement riche, semble appartenir à un autre monde que celui de cette étudiante, venant d’un milieu aisé et cultivé, et dont il ne possède pas les codes. Miranda est la victime de Freddie, lequel devient victime lui-même d’un statut social et d’une éducation. Son désir de la séduire peut être considéré comme un moyen de s’extraire de son passé défavorisé. La véritable prison de Miranda est exprimée par le mur d’incompréhension que lui oppose Freddie. Elle tente de se libérer de son kidnappeur par toutes sortes de stratagèmes, comme lui offrir son portrait en dessin, se confier pour l’attendrir et l’amadouer, voire même tenter une approche charnelle. Mais il lui renvoie une image d’elle idéalisée, sacrée et quasi déifiée, laissant la jeune captive aux prises à un questionnement et à une terreur sans fond. La peur émanant de l’inconnu est matérialisé par Freddie. Cette incompréhension devient donc un danger. S’appuyant sur un texte original de John Fowles de 1963, L’obsédé bénéficie d’une mise en image très soignée et d’une habile construction des plans-séquences. Ce drame ne souffre d’aucun temps mort et propose de multiples rebondissements jusqu’au dénouement proprement terrifiant. La très belle partition musicale de Maurice Jarre parvient à exprimer les conflits intérieurs des deux personnages, notamment ceux de Freddie dont les envolées lyriques et quasi joyeuses offrent un contrepoint glaçant à l’horreur de la situation exposée. Véritable travail d’orfèvre sur le plan du thriller psychologique, ce chef-d’œuvre de William Wyler est à (re)voir impérativement.

 

 

 

  • Ressortie de L’OBSÉDÉ (The Collector) de William Wyler en salles le 1er avril 2015 en version restaurée.
  • Avec : Terence Stamp, Samantha Eggar, Mona Washbourne, Maurice Dallimore, Allyson Ames, Gordon Barclay, David Haviland, Edina Ronay, William Bickley, Kenneth More…
  • Scénario : John Kohn, Stanley Mann d’après le récit de John Fowles
  • Production : Jud Kinberg, John Kohn
  • Photographie : Robert Krasker, Robert Surtees
  • Montage : David Hawkins, Robert Swink
  • Décors : Frank Tuttle
  • Costumes : Brenda Dabbs, Jack Martell, Vi Alford
  • Musique : Maurice Jarre
  • Distribution : Park Circus
  • Durée : 1h59
  • Sortie initiale : 17 juin 1965

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